Au travail ! Le Parlement européen au quotidien

Le Parlement européen semble être comme absent de la campagne électorale. Un livre récent lui est consacré, reposant sur de solides enquêtes empiriques.

Il y a plusieurs manières d’entrer en campagne pour les élections européennes : envoyer une lettre, rédiger une pétition, organiser un meeting, et même faire une liste ; pour proposer la création d’un Parlement de la zone euro, appeler à la suppression du Parlement européen, suggérer la transformation du Conseil européen en deuxième chambre...

L’électeur, lui, entrera en campagne comme dans un hall de gare, bruyant, où les trains sont alignés, nombreux : mais quel est le bon ?

En salle d’attente, il trouvera dans le livre collectif publié sous la direction de Sébastien Michon, Le Parlement européen au travail. Enquêtes sociologiques (Presses Universitaires de Rennes, 2018), une bonne photographie de la destination finale : le Parlement européen lui-même. Ce livre offre en effet une compréhension précise de ce que sont, de ce que font les députés européens, ou plus exactement le Parlement européen : plus de 700 élus, 4 000 assistants, 5 000 fonctionnaires ; et de leurs relations avec les institutions bureaucratiques, les groupes d’intérêts, les partis politiques, etc. Chaque chapitre offre une porte d’entrée différente dans l’hémicycle, au cœur du « travail parlementaire européen », scruté à travers différentes enquêtes empiriques.

Au fil des années, Sébastien Michon et Willy Beauvallet nous ont en effet beaucoup appris sur la structuration interne du Parlement européen et ses effets politiques. Dans les deux premiers chapitres, respectivement cosignés avec Victor Lepaux, Céline Monicolle (« Les logiques du recrutement et de l’investissement politiques au Parlement européen ») et Julien Boelaert (« Qui contrôle le Parlement européen ? Contribution à une sociologie du pouvoir dans l’Union européenne »), quelques faux semblants s'évanouissent d’emblée sur le « profil-type » du député européen. Ni maison de retraite, ni noviciat politique, le Parlement européen donne accès à un premier mandat électif pour des professionnels de la politique au profil européanisé et féminisé, suivant néanmoins des voies relativement distinctes d’un État membre à l’autre. En revanche, l’accès aux principales positions de pouvoir parlementaire au sein des groupes et des commissions est étroitement lié à la longévité de la carrière au sein de l’assemblée. Tous les partis politiques nationaux n’offrent pourtant pas les mêmes opportunités à leurs députés européens, et le Parlement européen connaît à chaque élection un fort renouvellement. Que deviennent alors les députés sortants non élus ? Pour beaucoup, ils poursuivent des carrières politiques nationales, ou locales. Mais comme le montrent Hélène Michel et Victor Lepaux (« Devenir lobbyiste après un mandat de député européen. Quelques éléments sur le ‟revolving doorˮ des parlementaires à l’issue des élections européennes de 2014 »), une proportion importante d’entre eux se convertit au lobbying, fonction de leur propre insertion dans ce monde parlementaire. Ainsi, tous les députés européens ne se saisissent pas de leur rôle de manière uniforme et univoque. Le lecteur pressé trouvera même, en annexe, un portrait synthétique de cette diversité, que tous les chapitres analysent en détail : la manière dont les députés investissent le Parlement européen et s’investissent dans leur travail, dans les rapports, dans les contrôles, dans les débats, dans les votes et donc dans la législation.

Il ressort de la lecture une image contrastée du député européen. L’électeur y trouvera néanmoins la conviction que son bulletin ne peut se résumer à n’être qu’un bon de réduction pour un aller simple (et sans retour) pour Bruxelles, mais qu’il s’agit bien d’un mandat : un véritable contrat de travail.

Sébastien Michon, Le Parlement européen au travail. Enquêtes sociologiques, Rennes, Presses Universitaires de Rennes (coll. Res Publica), 2018.

Introduction. Sébastien Michon, « Analyser le travail parlementaire européen »

Chapitre 1. Willy Beauvallet, Sébastien Michon, Victor Lepaux et Céline Monicolle, « Les logiques du recrutement et de l’investissement politiques au Parlement européen »

Chapitre 2. Willy Beauvallet, Julien Boelaert et Sébastien Michon, « Qui contrôle le Parlement européen ? Contribution à une sociologie du pouvoir dans l’Union européenne »

Chapitre 3. Cédric Pellen, « Le Parlement européen saisi par les élargissements. Profils et pratiques des eurodéputés polonais (2004-2016) »

Chapitre 4. Laure Neumayer, « Les entrepreneurs de mémoire anticommunistes au Parlement européen : dispositions à agir et sens du jeu parlementaire »

Chapitre 5. Hélène Michel et Victor Lepaux, « Devenir lobbyiste après un mandat de député européen. Quelques éléments sur le ‟revolving doorˮ des parlementaires à l’issue des élections européennes de 2014 »

Chapitre 6. Francisco Roa Bastos, « Quand le Parlement européen travaillait au noir. Les europartis et leurs équipes politiques (1974-2004) »

Chapitre 7. Yohann Morival, « Ceux qui font du Parlement européen une institution ‟politiqueˮ. Les concurrences entre les acteurs ‟techniquesˮ et ‟politiquesˮ de l’Europe au sein d’organisations patronales françaises »

Chapitre 8. Yiorgos Vassalos, « Quand le Parlement européen et les groupes d’intérêt coopèrent : le cas de la révision de la régulation des instruments financiers en 2012-2014 (MiFID 2) »

Chapitre 9. Marylou Hamm, « Lorsque le Parlement européen enquête la Troïka. Genèse d’un rapport parlementaire sous contraintes »

Conclusion. Didier Georgakakis, « Entre technocratie et démocratie ? Ce qu’une analyse structurale (du champ de l’Eurocratie) nous dit du Parlement européen, et le contraire »

Quatrième de couverture. Le Parlement européen serait une institution sans intérêt, dominée et délaissée par des députés peu impliqués et peu présents. Pourtant, lors des sessions parlementaires, un tout autre sentiment domine : le bâtiment ressemble à une ruche. Dans cet ouvrage, il s’agit de restituer un ensemble de logiques de production du travail parlementaire européen à partir d’enquêtes sur ceux qui le produisent : les élus mais aussi un ensemble d’agents du Parlement européen (administrateurs, assistants parlementaires...) ou extérieurs à l’institution (agents des groupes d’intérêt...). Contribution originale aux études parlementaires, l’ouvrage pose les jalons d’une sociologie du Parlement européen au travail à partir de deux grilles d’analyse : d’une part l’analyse d’un espace de pratiques des parlementaires ; d’autre part une analyse de la co-production du travail parlementaire par un ensemble de « permanents » du champ de l’Eurocratie en concurrence pour faire advenir la législation européenne.

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