Thomas Cantaloube
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Billet de blog 9 oct. 2009

Obama, prix Nobel des bonnes intentions

Dans leur longue histoire, les jurés d'Oslo n'ont jamais craint de se ridiculiser, comme en témoignent les prix Nobel de la Paix attribués à Henry Kissinger, Yasser Arafat et Shimon Perès, Frederik DeClerk ou Theodore Roosevelt, des hommes qui, dans leur carrière, en dépit d'un retournement ponctuel, ont davantage oeuvré pour la prolongation des conflits que pour leur solutions pacifiques. (Captain Obamerica, par Damien Glez)

Thomas Cantaloube
Journaliste à Mediapart
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Dans leur longue histoire, les jurés d'Oslo n'ont jamais craint de se ridiculiser, comme en témoignent les prix Nobel de la Paix attribués à Henry Kissinger, Yasser Arafat et Shimon Perès, Frederik DeClerk ou Theodore Roosevelt, des hommes qui, dans leur carrière, en dépit d'un retournement ponctuel, ont davantage oeuvré pour la prolongation des conflits que pour leur solutions pacifiques. (Captain Obamerica, par Damien Glez)

Ils n'ont jamais craint non plus d'arriver après la bataille (prix remis à Nelson Mandela en 1993) ou de manquer des évidences (rien pour Gandhi).

Pourtant, malgré ces ratages, le prix Nobel de la Paix récompense fréquemment des personnes et des institutions méritantes, parfois ignorées du grand public. Cetteliste-là est longue, très longue. Pour ne prendre que ces dix dernières années : Mohammed Yunus, Wangari Maathai, Médecins sans Frontières, Kim Dae Jung... C'est donc pour cela qu'en dépit des errements passagers du comité d'Oslo , le prix Nobel de la paix compte, et que son prestige n'est pas totalement galvaudé, comme d'innombrables récompenses internationales.

Que dire alors de l'édition 2009 attribuée au président des États-Unis Brack Obama ? Le premier mot qui vient à l'esprit est " saugrenu ". Pourquoi un chef d'État en poste depuis neuf mois, qui se trouve à une période charnière de son mandat, celle où tous les efforts entrepris se heurtent à des obstacles susceptibles de tout faire échouer, est-il ainsi honoré ? Les sages Norvégiens se veulent sans doute prescients, espérant qu'Obama va établir la paix au Moyen-Orient, se désengager d'Irak sans heurts, éliminer Al Quaïda au Pakistan et en Afghanistan, serrer la main d'Ahmadinejad, généraliser l'assurance-santé à tous les Américains, et peut être même éradiquer la faim dans le monde, refroidir la planète et changer l'eau en vin. Mais, en attendant, il n'a rien fait de tout cela et l'inverse est toujours probable. En dépit de ses surnoms (The One, The Messiah...), de ses slogans (Yes we can !) et de quelques beaux discours (celui du Caire notamment), Obama n'a encore rien achevé de ce qu'il a promis. Il a reçu le Nobel des bonnes intentions.

Les jurés d'Oslo sont apparemment toujours enfermé dans leur anti-bushisme, qui les a conduit à remettre le prix à Jimmy Carter (2002), Mohammed el-Baradei (2005) et Al Gore (2007), des personnalités qui, malgré le respect que l'on peut porter à leur travail, étaient surtout des épines dans le pied de la Maison-Blanche (ils avaient déjà fait la même chose en 1997 en désignant Jody Williams et la campagne contre les mines antipersonnelles, à une époque où Bill Clinton refusait de signer le traité international interdisant ces armes). Le Nobel 2009 fait penser à un individu qui continue à insulter un automobiliste lui ayant grillé la priorité, longtemps après que celui-ci a disparu. Quand Obama méritera vraiment le prix Nobel de la Paix - s'il atteint un ou deux de ses objectifs - que lui remettra-t-on alors comme hochet ?

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