McChrystal demande plus de troupes en Afghanistan. Obama hésite encore.

    Le moins que l'on puisse dire concernant la situation présente des États-Unis et de leurs alliés en Afghanistan, c'est qu'il ne manque pas de rapports – et de spécialistes les ayant rédigés – pour décrypter la situation et offrir une marche à suivre pour sortir du bourbier.

 

 

 

 

Le moins que l'on puisse dire concernant la situation présente des États-Unis et de leurs alliés en Afghanistan, c'est qu'il ne manque pas de rapports – et de spécialistes les ayant rédigés – pour décrypter la situation et offrir une marche à suivre pour sortir du bourbier.

Le dernier en date est l'un des plus notable, puisqu'il émane du généralStanley McChrystal, le patron des troupes américaines dans le pays. Cette « évaluation initiale du commandant », envoyée au Pentagone le 3 août dernier, a « fuité » dans le Washington Post dimanche soir. (on peut télécharger le rapport en version PDF en anglais en cliquant ici)


Sans surprise, le général McChrystal recommande l'envoi de troupes supplémentaires - de 10.000 à 45.000 soldats de plus, selon le New York Times - sans lesquelles il estime ne pas pouvoir mener à bien sa mission. Mais il est également suffisamment lucide pour comprendre que ce n'est pas la puissance militaire seule qui sortira les occidentaux de l'impasse : « Des ressources insuffisantes aboutiront probablement à l'échec. Néanmoins, sans nouvelle stratégie, la mission ne devrait pas recevoir de ressources supplémentaires. » Autrement dit, pas la peine de continuer à envoyer des soldats en Afghanistan pour continuer sur la même ligne.

 

S'il prend soin de laisser ses supérieurs hiérarchiques définir une nouvelle stratégie, McChrystal prend soin d'en définir les bases (en gros, l'application des principes de la contre-insurection), et surtout les obstacles qui existent à l'heure actuelle. Le rapport pose clairement la question de l'inefficacité des forces del'OTAN et de la paralysie entraînée par les multiples commandements. Les forces de l'OTAN « n'appliquent pas la bases de la contre-insurrection de manière adéquate », celles-ci consistant à « placer les intérêts des Afghans au premier plan.» Et il ajoute : « les forces de la coalition doivent passer aussi peu de temps possibles dans leurs véhicules blindés ou derrières les murs de leurs bases avancées. (...) La coalition ne peut réussir si elle n'est pas disposée à partager les risques, de manière égale, avec la population. » Cette critique est une pierre dans le jardin, entre autres, des forces allemandes, hollandaises ou italiennes, dont les règles d'engagement sont telles que les soldats ne se retrouvent pratiquement jamais au contact de la population afghane.

 

Le rapport de McChrystal n'épargne pas non plus le gouvernement afghan : « La faiblesse des institutions d'État, l'action malveillante de ceux qui détiennent le pouvoir, la corruption omniprésente et les abus de pouvoir de la part de nombreux hauts fonctionnaires, de même que les erreurs del'ISAF [les forces de l'OTAN], n'ont pas donné aux Afghans beaucoup de raisons de soutenir leur gouvernement. »

 

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Comme il se doit, le commandant américain termine sur une note un peu plus optimiste, expliquant que, bien que «grave », la situation peut s'améliorer et la mission aboutir au succès. À la condition que « deux changements fondamentaux soient effectués »: premièrement, que l'ISAF se rapproche des besoins de la population et, deuxièmement, qu'elle le fasse avec davantage de troupes et dans les endroits les plus sensibles (et non pas les moins dangereux, comme souvent jusqu'ici).

 

La réponse de l'administration Obama à ce rapport a pour l'instant été des plus prudentes. La ligne officielle demeure « Nous étudions toutes les options », et le président lui-même, qui était l'invité de la plupart des émissions politiques ce dimanche, n'en a pas dit davantage sur la question de l'envoi de soldats supplémentaires. « La première question que nous devons nous poser est : poursuivons-nous la bonne stratégie ? », a-t-il expliqué sur CNN. « Quand nous serons au clair là-dessus, alors la question deviendra : comment déployons-nous nos ressources ? ».

 

D'une certaine manière, Barack Obama se retrouve dans la même situation que George W. Bush début 2007 au sujet de l'Irak. À l'époque, le président des États-Unis était confronté à une guerre qui allait de mal en pis, une opinion publique qui le lâchait dans son aventuremoyen-orientale , une opposition remontée, et de plus en plus de sceptiques au sein de son propre camp. Alors que plusieurs rapports et avis d'experts lui suggéraient un retrait rapide et programmé, Bush avait décidé, suivant l'avis de quelques militaires, de la « surge » (la poussée), l'envoi de troupes supplémentaires et la redéfinition de la stratégie militaire américaine. Obama se retrouve aujourd'hui devant le même type de décision : retrait ou doublement de la mise. Tout en sachant que (presque) rien n'est comparable entrel'Irak et l'Afghanistan. Ce qui semble marcher dans un cas ne marchera pas forcément dans l'autre.

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