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Beuveries collectives dans les parcs, un samedi soir à Lausanne

PHÉNOMÈNE | 00h14 Whisky, tequila, vodka et autres alcools forts permettent à ces mineurs de se soûler rapidement, sans se ruiner dans les établissements publics. Cette pratique, de plus en plus courante à Lausanne, inquiète les milieux médicaux comme les policiers, confrontés à une augmentation des délits violents commis par des jeunes gens ivres.

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CHRIS BLASER | De plus en plus de jeunes s'adonnent au "binge drinking": boire beaucoup en très peu de temps juste pour être ivre.

MARTINE CLERC | 14 Avril 2008 | 00h14

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Un décolleté, des talons hauts et un sac à main rempli de bouteilles. Nora, 17 ans «et demi», détaille la marchandise: «Vodka, Passoa, vodka lemon, jus d'orange.» Ce samedi soir-là, à cause de la pluie, elle retrouve ses copines dans l'entrée du parking de Montbenon, au centre de Lausanne. Il est 22 h 30. «Ça fait trois ans qu'on boit tous les week-ends. Et même beaucoup!» Eclats de rires. Estelle, Andrea et les autres ont pour la plupart 17 ans. Assises sur le sol humide, un bloc de béton en guise de pouf, elles font les mélanges dans les bouteilles de soda. Wallis boit à la bouteille. «Après, on ira peut-être en boîte.»

Quand il fait plus beau, elles restent dehors: c'est de toute façon moins cher que de consommer dans des bistrots ou en disco. Deux d'entre elles ont acheté les «'teilles» à la gare, les autres se cotisent pour les rembourser. «Si on ne boit pas, on n'arrive plus à s'amuser! Chaque week-end, il y en a une qui vomit», rigole Estelle, entre deux gorgées.

C'est un samedi soir, «normal», à Lausanne. Ingurgiter un maximum d'alcool en un minimum de temps dans le but de se soûler est devenu un sport à la mode depuis deux ou trois ans dans les villes de Suisse. Du binge drinking ou alcool-défonce, comme il se pratique depuis longtemps en Europe du Nord, dans les pays anglo-saxons ou en Espagne. Filles et garçons sont à la même enseigne. «Ils boivent comme on prend des drogues, c'est une consommation de l'ordre toxicomaniaque», s'inquiète Francis Rapin, directeur de la Croix-Bleue romande. En Suisse, cinq adolescents en moyenne finissent chaque jour aux urgences à cause de l'alcool.

Ivresses plus violentes

Au centre-ville de Lausanne, le phénomène est omniprésent, à des degrés divers. A Saint-François, trois jeunes de 20 ans mélangent jus de pommes et Passoa. «Pas pour se bourrer, mais pour des raisons économiques», explique l'un deux. Dans un bus, de jeunes ados, déjà ivres en début de soirée, hurlent, bouteilles de vodka en main.

Des beuveries qui riment aussi avec incivilités. L'an dernier, la police lausannoise a dénombré une hausse de 36% des délits avec violence commis par des mineurs, «dont beaucoup étaient sous influence de l'alcool», constate Jean-Marc Granger, chef de la brigade de la jeunesse. Poubelles incendiées, rétroviseurs cassés, bagarres de jeunes qui n'ont plus conscience de leurs actes. «Ils se mettent en danger eux et les autres», note le policier.

A Montbenon, une patrouille de police traverse la pelouse. Benjamin, Lancelot et les autres, tous âgés de 16 à 17 ans, planquent les bouteilles de tequila, whisky, et autre Passoa. Les policiers ralentissent le pas mais ne s'arrêtent pas. La consommation d'alcool par les mineurs n'est pas illégale. A l'inverse de la vente bières et vins interdits aux moins de 16 ans, alcools forts aux moins de 18 ans. «On se chauffe dans le parc, après on va au bistrot, on commande une fois puis on remplit les verres avec nos bouteilles.» L'hiver, ils se retrouvent régulièrement dans le parking de la gare de Lausanne. Ils parlent de «meufs», titubent un peu. La plupart sont apprentis. «Etre bourré, c'est trop cool, sourit timidement Benjamin. Ça donne dans le cerveau, je me sens bien!» Un autre: «Moi, c'est la galère. Je me suis fait foutre dehors de chez moi.»

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