Le treize septembre 2013 marque les 20 ans du processus d'Oslo. Il nous a semblé que cela devrait être l'occasion d'une véritable réflexion politique non seulement sur le bilan de ces vingt longues années,  mais aussi sur les différentes perspectives d'avenir que l'échec des promesses de ce processus ouvre  pour la région.Nous avons demandé a plusieurs personnalités de contribuer par leur analyse à ce petit brainstormingL'Agence Média Palestine, en partenariat avec l'Alternative information Center, publiera ces tribunes durant ce mois, sur l'espace club de Médiapart.

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Par Alima BOUMEDIENE THIERY, juriste Internationale spécialiste du droit humanitaire, ex-parlementaire, militante associative BDS

1993 pour beaucoup de militantes et militants de la cause palestinienne, c’était le temps de l’espoir … un espoir déçu!

Aujourd’hui, il me semble que ces accords ont juste le mérite d’exister, en ayant cependant permis une reconnaissance mutuelle entre le gouvernement israélien et l’Organisation de Libération de la Palestine, reconnu internationalement par plusieurs États de l’ONU, avec à sa tête Yasser ARAFAT jusque là considéré comme « terroriste ».

Si les principaux bienfaits des Accords d’Oslo sont la reconnaissance de l’OLP, la visibilité du peuple palestinien, et le retour de 300 000 familles palestiniennes, ce qui fut évidemment une avancée incontestable pour le combat du peuple palestinien, nous ne pouvons que constater, que 20 ans après le conflit persiste.

Les Palestiniens sont toujours privés de leur État comme de leurs Droits, l’impunité dont bénéficie Israël dans sa violation des résolutions de l’ONU et du Droit International se poursuit depuis 65 ans, la colonisation s’étend toujours plus, les maisons sont détruites, la liberté de circulation est sans cesse bafouée par des centaines de check points, l’occupation militaire reste une réalité douloureuse, les ressources naturelles sont détournées ou encore polluées, … La vie quotidienne du peuple palestinien se dégrade.

En Palestine occupée, la situation s’aggrave, la pauvreté s’intensifie. Parallèlement, l’expansion des colonies confisquant tant de terres et créant de nombreux bantoustans, les arrestations arbitraires avec leur lot de détentions sans jugement, le blocus de Gaza,… font que la colère gronde !

Face à cette situation, on a l'impression que ces Accords n'auront finalement servi qu'à radicaliser encore plus la lutte du peuple palestinien !

Comment alors parler d’un État Palestinien ?

Plus que jamais je suis convaincue que le pouvoir israélien n’acceptera jamais de démanteler leurs colonies pour rendre les terres aux palestiniens, ni n’acceptera une négociation fondée sur l’égalité des Droits et le respect des résolutions internationales, et jamais n’acceptera à ses côtés un État laïque qui pourrait, un jour, remettre en cause leur «Etat Juif ».

En clair, après tous ces échecs de négociations et en l’état des terres colonisées, il est évident que la création d’un État Palestinien est malheureusement impossible.

Mes nombreux voyages en Palestine Occupée me font penser que beaucoup de Palestiniens aujourd’hui sont conscients de cette réalité. Il me semble que seule l’opinion internationale fait semblant d’y croire encore !

Trop de questions restent sans réponse : le retour des réfugiés, le statut de Jérusalem, les prisonniers politiques, l’eau et la restitution des terres, le démantèlement de plusieurs colonies pour permettre une continuité du territoire, le contrôle des frontières de 1967, le mur de l’apartheid, le contrôle de l’économie palestinienne et de son commerce extérieur, l’accès à la mer, l’organisation de la police et des services de sécurité, l’organisation du système judiciaire, les pouvoirs de l’armée et de la défense palestinienne….

En fait, tout ce qui relève d’un État indépendant et souverain !

Toute négociation qui ne mettra pas toutes ces questions sur la table est vouée à l’échec.

Pour ces raisons, les négociations actuelles n’ont aucune chance d’aboutir !

Mais y a t il une véritable volonté politique pour aboutir à une solution ?

Tout le monde sait qu’il n’y a « pas de Paix sans Justice », néanmoins le pouvoir israélien continue à vouloir l’ignorer ! Pour toutes ces raisons, nous devons continuer à mettre la pression sur les pouvoirs politiques et à poursuivre notre appel au boycott des produits israéliens jusqu'à la fin de l'apartheid et que Justice soit rendu au peuple palestinien.

Ainsi apparaît aujourd’hui une évidence: la nécessaire reconstitution de la Palestine historique offrant un seul État laïque et démocratique à l’ensemble du peuple vivant entre la Méditerranée et le Jourdain, reconnaissant à tous ses citoyens et ses citoyennes une véritable égalité des droits quelque soit son origine, sa religion, sa culture… toutes ces différences constituant la richesse et le dynamisme de cet État commun binational.

Quelque soit le temps que cela mettra, je suis certaine que l’avenir est là, et comme l’a dit Victor Hugo : « les utopies d’aujourd’hui sont les réalités de demain ».

Alima Boumedienne a contribué à l adoption de la résolution européenne sur le gel des accords d associations UE-Israël en 2002 et est également militante associative bds.

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Pour poursuivre la réflexion l'Agence Média Palestine et l'Alternative Information Center recommandent le film  "Etat commun, conversation potentielle [1]" de Eyal Sivan 

Un dispositif remarquable  qui met en place des conversations potentielles entre des interlocuteurs palestiniens et israéliens passionnants . Une brassée d'idées nouvelles et de visions originales sur les conditions d' une coexistence. 

En salles a Paris  et en régions voir calendrier ci dessous :

http://www.zeugmafilms.fr/etatcommun.html

Sortie nationale: le 09 Octobre à Paris au cinéma Saint Michel

Extrait: http://youtu.be/WSaaBtq5DBY

http://cineday.orange.fr/images/film/237x_/2013/08/20/un-etat-commun-conversation-potentielle_52129c962a924.jpg

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/03/Delautrecote.gif La revue "De l'Autre Côté"  éditée par  l'Union Juive Française pour la Paix (www.ujfp.org)  publiera un recueil de  ces tribunes .

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

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Une lettre à remettre à nos commerçants :

Tous les commerçants ne sont pas informés du caractère illégal et immoral de la vente de produits exportés par l’occupant israélien.


Cher commerçant, Chère Commerçante,

En tant que client, je voudrais attirer votre attention sur la campagne internationale de boycott des produits exportés par Israël. Cette campagne qui se développe dans le monde entier est basée sur le droit et sur l’éthique.

En effet, une grande partie des produits exportés par Israël, qu’il s’agisse de fruits et légumes, de fruits secs, ou encore des machines à gazéifier l’eau Sodastream, NE PROVIENNENT PAS D’ISRAEL, MAIS DES COLONIES ILLEGALEMENT INSTALLÉES DANS LES TERRITOIRES PALESTINIENS.

Ces produits sont donc illicites au regard du droit international, mais aussi illégaux au regard de la législation française qui oblige tous les commerçants à indiquer la provenance exacte des produits frais et des fruits secs.

Quand vous étiquetez « Origine Israël » des avocats, des mangues, des dattes ou pommes de terre, vous participez à une tromperie des consommateurs, car la plupart de ces produits ne proviennent pas d’Israël, mais de Palestine occupée, ce qui est condamné par l’ONU, la France et par les directives européennes du 17 juillet 2013. Même chose pour Sodastream, fabriqué dans la colonie de Maale Adumim, en toute illégalité, comme cela a été reconnu par les tribunaux.

Outre cet étiquetage frauduleux, nous attirons votre attention sur le fait qu’il n’est guère éthique de proposer à la vente des produits venant d’un Etat qui commet en permanence, et depuis des décennies, des crimes de guerre, qui occupe et colonise tout un peuple, l’enferme, le torture, le prive de nourriture, d’eau potable, détruit ses maisons et villages, et bombarde des populations civiles.

Ainsi, vendre des lingettes pour bébé « Made in Israël » alors qu’Israël bombarde au phosphore blanc des bébés, n’est pas digne d’un commerçant qui se respecte, et qui tient à être respecté par sa clientèle.

Face à ces persécutions, à la torture quotidienne des enfants palestiniens dans les prisons israéliennes (voir les rapports de l’UNICEF* et autres grandes ONG), nous sommes de plus en plus nombreux à refuser d’acheter ces produits. Et cela tant que durera l’occupation et la colonisation. Ceci n’a rien à voir avec la religion. Il s’agit d’une campagne pour le droit et la justice, auxquels nous espérons que vous serez sensibles.

http://www.europalestine.com/spip.php?article8667

Document de l'Unicef : Enfants dans les prisons militaires israéliennes :

http://www.unicef.org/oPt/UNICEF_oPt_Children_in_Israeli_Military_Detention_Observations_and_Recommendations_-_6_March_2013.pdf