Vingt ans après Oslo (5). Nicole Lapierre: pari perdu, espoir défait

Le treize septembre 2013 marque les 20 ans du processus d'Oslo. Il nous a semblé que cela devrait être l'occasion d'une véritable réflexion politique non seulement sur le bilan de ces vingt longues années,  mais aussi sur les différentes perspectives d'avenir que l'échec des promesses de ce processus ouvre  pour la région.

Nous avons demandé a plusieurs personnalités de contribuer par leur analyse à ce petit brainstorming

L'Agence Média Palestine, en partenariat avec l'Alternative information Center, publiera ces tribunes durant ce mois, sur l'espace club de Médiapart.

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Par Nicole Lapierre, socio-anthropologue, directrice de recherche émérite au CNRS, a notamment publié dans la collection "Un ordre d'idées" qu'elle dirige chez Stock l'ouvrage autobiographique de Michel Warshawski : Sur la frontière.

Revenant aujourd’hui sur les documents de l’époque pour montrer l’ambiguïté de ces accords qui laissaient en suspens les questions les plus litigieuses et ouvraient le piège d’une période intérimaire repoussant aux calendes israéliennes la création d’un État palestinien, des spécialistes, des analystes, des militants nous disent pourquoi cela ne pouvait que mal finir. Les faits, accablants, leurs donnent raison, rétrospectivement. Cependant, cette raison-là, comme celle de toute chronologie historique d’ailleurs, élimine les autres éventualités d’une histoire non advenue.

Les dirigeants israéliens étaient-ils d’emblée déterminés à ne jamais accepter un État palestinien et à continuer la politique du fait-accompli dans les colonies ? Les dirigeants de l’OLP étaient-ils naïfs, dupes ou acculés à accepter ? Peut-être, bien que cela soit sans doute un peu trop simple. Et surtout, c’est considérer qu’il n’y avait pas, alors, d’autre évolution possible, pas de dynamiques imprévisibles, pas de futurs indécidables. Or, l’histoire ne dépend pas seulement des dirigeants politiques, de leurs intentions, réelles ou supposées et des protocoles signés. Elle peut surgir aussi de l’espoir et de la voix des peuples qui veulent réinventer leur destin.

Les accords d’Oslo, bien que décriés par certains, ont soulevé dans une grande partie des populations palestinienne et israélienne un véritable enthousiasme. Celui-ci n’était pas simplement l’effet médiatique et éphémère de la fameuse poignée de main, au demeurant hautement symbolique, entre Arafat et Rabin devant la Maison blanche. Souvenirs et documents d’époque témoignent de la liesse qui s’exprimait alors dans la rue, chez les uns et les autres, à la perspective de la paix. Dans ces accords, si imparfaits soient-ils, il y avait un pari, aléatoire par définition, et un espoir, profond. Le premier ayant été perdu et le second défait, les lectures rétrospectives, dans leur implacable logique, ont tendance à les oublier.

Un tel oubli n’oblitère pas seulement la connaissance du passé, il pèse également sur le présent. Que les Palestiniens se soient sentis de plus en plus floués et désespérés se comprend aisément. Mais que s’est-il passé du côté de ces Israéliens du mouvement « La paix maintenant ! » qui avaient fêté l’événement sur les places de Tel Aviv et de Jérusalem ? Mission accomplie selon eux, ils ont cessé de faire pression sur leur gouvernement pour que de nouvelles étapes soient franchies. Un laisser-faire qui fut aussi largement celui des chancelleries étrangères. De ces démissions-là, il faut tirer les leçons.

Tout n’était pas écrit et condamné d’avance, encore eut-il fallu faire résolument pression pour aller dans le bon sens. Et il n’est pas inutile de rappeler ces moments où il y eut des fraternisations, des rapprochements, un recul de la méfiance et de la peur qui laminent en profondeur la société israélienne, car cette peur est peut-être le pire ennemi de ce pays. Bref, si, en dehors de la visibilité du peuple palestinien et de sa cause, il ne reste rien, aujourd’hui, des accords d’Oslo, il importe « d’attiser pour le passé la flamme de l’espérance » selon la belle expression de Walter Benjamin, en reprenant l’engagement pour la paix là où il a été abandonné. Une paix qui rende justice, enfin, au peuple palestinien.

Nicole Lapierre

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Pour poursuivre la réflexion l'Agence Média Palestine et l'Alternative Information Center recommandent le film  "Etat commun, conversation potentielle [1]" de Eyal Sivan 

Un dispositif remarquable  qui met en place des conversations potentielles entre des interlocuteurs palestiniens et israéliens passionnants . Une brassée d'idées nouvelles et de visions originales sur les conditions d' une coexistence. 

Prochainement en salles a Paris ( Projection presse à l'Espace Saint-Michel le Mardi 24 Septembre à 10h30) et en régions voir calendrier ci dessous :

http://www.zeugmafilms.fr/etatcommun.html

Sortie nationale: le 09 Octobre à Paris au cinéma Saint Michel

Extrait: http://youtu.be/WSaaBtq5DBY

http://cineday.orange.fr/images/film/237x_/2013/08/20/un-etat-commun-conversation-potentielle_52129c962a924.jpg

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/03/Delautrecote.gif La revue "De l'Autre Côté"  éditée par  l'Union Juive Française pour la Paix (www.ujfp.org)  publiera un recueil de  ces tribunes .

 

 

 

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