Adios

Je décline toute responsabilité, toute affiliation et toute relation avec la campagne de Mélenchon et cette France trop peu insoumise.

Le tour clairement bonapartiste pris par la candidature de Mélenchon est une rupture évidante avec la tradition de lutte collective du mouvement ouvrier. Elle ne peut déboucher que sur de nouvelles déceptions. Mais jusqu'ici je me suis retenu de toute critique publique contre la dernière mouture de mélenchonite aigüe qui sévit par ici. La volonté de ne pas désespérer les camarades qui, de toute bonne foi, se sont engagés - une fois de plus - dans une impasse, quand par ailleurs, je sais que le chemin pour sortir de notre marasme sera long et incertain. 

Je n'ai donc pas apprécié que l'édition "Faits et Arguments pour le socialisme" se transforme en une opération politique qui tourne le dos au socialisme comme mouvement collectif d'auto-émancipation. "Il n'y a pas de sauveur suprème, ni Dieu, ni César, ni tribun..." Je l'ai fait savoir à Boudinovitch avec quelque vigueur, puis je me suis rendu à ses arguments circonstanciés et j'ai simplement demandé à la direction de Mediapart de supprimer tout lien entre mon nom et la campagne de la France soi-disant insoumise. Boudinovitch a tenu ses engagements, mais rien n'est encore fait du côté de Mediapart et je suis toujours associé indûment à la présente édition. 

Je suis patient, j'aurai pu continuer à me taire.

C'est alors que surviennent les manifestations de policiers, cagoulés avec brassard et armes de service. Policiers qui n'hésitent même pas à effectuer à Paris des contrôles d'identité le long de leur manifestation. Sans doute des spectateurs qui ne manifestaient pas assez d'enthousiasme.

Il est toujours bon de comprendre les motivations des uns et des autres. Que les policiers soient eux aussi victime des politiques libérales et de la montée des violences au sein de notre société, c'est certain. Mais la direction politique vers laquelle leur mouvement actuel tente de pousser notre société est toute aussi certaine. Le renforcement du contrôle de la police sur la population. De l'état d'urgence à l'état policier. Avec la complicité des principaux politiciens et ... la compréhension bieinveillante de Mélenchon! C'est trop, beaucoup trop, pour que je puisse continuer à me taire et encourager par mon silence cette mortelle confusion.

Non, les policiers ne sont pas des travailleurs comme les autres. Ils remplissent certes des fonctions socialement indispensables dans notre société capitaliste. L'antiquité gréco-romaine elle, n'a pas connu de police. Mais la police est, avec l'armée, un pilier de l'état bourgeois, chargée de la répression contre toutes les formes de contestation de l'ordre existant. Et précisément, avec la montée du libéralisme et des inégalités, avec l'état d'urgence, sa fonction répressive ne cesse de se déveloper au détriment des autres fonctions qui, soit sont sacrifiées faute de moyen, soit sont privatisées. 

On pourrait rêver d'une mobilisation des policiers qui se tourne vers les travailleurs et les jeunes des quartiers. Nous assistons à l'inverse. Et nous savons très bien, vu les leçons du sanglant vingtième siécle, que devient une société où la police fait la loi.

La poition prise par Mélenchon sur ces évènements n'est pas une erreur après d'autres erreurs. Ce n'est pas seulement une faute, mais un révélateur de ce qu'il défend en réalité comme modèle républicain.

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