Les poules françaises sont mal logées

Une réglementation européenne de 1999 sur la dimension des cages des poules pondeuses lance un débat en France : celui du mal logement de ces volailles. Le texte, entré en vigueur le 1er janvier 2012, modifie les règles en la matière. Faute de se conformer à cette disposition, la France risque une amende et un gel de ses exportations.

En pleine saison hivernale, un nouveau problème de logement fait irruption. Un mal logement particulier puisqu'il concerne les poules pondeuses élevées en France. Une réglementation européenne de 1999, entrée en vigueur au début de cette année, impose de nouvelles dimensions concernant le minimum d'espace vital dont doit bénéficier une poule pondeuse. Objectif : éviter que les poules soient détenues dans un environnement appauvri à l'extrême et un espace de vie ne dépassant pas la surface d'une feuille de format A4 comme c'est encore parfois le cas. Dorénavant, au sein de « cages aménagées », les poules disposeront de 250 cm2 supplémentaires soit la surface de deux tickets de métro ! Au total, chaque poule disposera de 750 cm2. De quoi permettre à l’animal de se tenir debout ou couché. Les poules auront en outre une mangeoire d’au moins 12 cm de long chacune, ainsi que l’accès à un abreuvoir.

Une avancée insuffisante

Un texte qui, s'il améliore les conditions de vie des gallinacés, ne satisfait pas certaines associations de défense des animaux. Ainsi l'association L214, met actuellement en ligne sur son site Internet une vidéo dénonçant l'hypocrisie de ce texte. Selon ce mouvement, aucun changement significatif sur les conditions de vie des poules n'est à noter et les violences entre poules persistent. Une pétition lancée par l'association pour la protection mondiale des animaux de ferme (PMAF) circule aussi sur le net. Pour L214, c'est le tout le système de l'élevage en batterie qui doit être revu.Voir même supprimé pour que se mette en place un avenir sans cage. Certains pays européens, comme l'Allemagne depuis 2010, ou encore la Suisse (document PDF) depuis 1991, ont déjà pris des mesures de ce type. Une idée qui n'est pas à l'ordre du jour en France.

Les producteurs français traînent la patte

Pour l'heure, le gouvernement s'engage à faire appliquer cette réglementation par les aviculteurs français. Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture, avait d'ailleurs annoncer en septembre 2010 une aide financière de 20 millions d'euros pour aider les producteurs dans la mise en norme. La raison :  la France n'est pas bonne élève en la matière et a du retard dans la prise en compte de cette nouvelle règlementation. De plus, certains aviculteurs traînent la patte. Une situation réfutée par le Centre national de la promotion de l'œuf (CNPO), qui assure dans un communiqué de presse, relayé par l'hebdomadaire la France Agricole, que 90% des poules pondeuses vivant en France le sont dans des conditions conformes à la nouvelle directive européenne.

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Les oeufs produits en batterie portent le code imprimé numéro 3.
Un bon moyen de les reconnaître.
Crédit photo : Georges Bernard Shaw (Flickr)

La France mise en demeure

En France, selon la Commission Européenne, ce sont encore 3,7 millions de gallinacées sur un total de 44,5 millions, qui vivent dans l'illégalité. Ce qui  représente une centaine d'élevages. La Commission a donc décidé de lancer un dernier avertissement. Jeudi 26 janvier, elle a sommé la France mais aussi 12 autres pays européens de mettre fin à toute carence dans ce domaine sous peine de poursuites. Le non respect des nouvelles normes ne pose pas uniquement des problèmes de bien-être animal, mais aussi de distorsion de concurrence par rapport aux éleveurs qui ont investi pour s'y conformer. Un gel des exportations est donc envisageable. D'ailleurs à titre transitoire, certains pays européens ont déjà annoncé stopper leurs exportations.

Julien Chaillou

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