Le FN peut-il gouverner?

Le 21 avril 2002 se produisait ce séisme politique appelé à devenir un lieu commun de la politique politicienne : on entend depuis ce jour-là conjurer la perspective d'un "nouveau 21 avril" avec la même fréquence qu'on nous promet des yalta de ceci, des plan marshall de cela et autres grenelles et états généraux de tout le reste...

Le 21 avril 2002 se produisait ce séisme politique appelé à devenir un lieu commun de la politique politicienne : on entend depuis ce jour-là conjurer la perspective d'un "nouveau 21 avril" avec la même fréquence qu'on nous promet des yalta de ceci, des plan marshall de cela et autres grenelles et états généraux de tout le reste... Pour moi le 21 avril, c'est avant tout un souvenir précis : Malek Boutih et Guy Bedos qui, à 20h05, disent de concert avec une voix résignée que, bien sûr, il n'y a pas d'autre alternative que de voter Chirac. Ce que je ne fis pas. J'en expose les raisons, tues par l'humoriste et par le socialiste, et probablement pas pour les mêmes raisons.

 

21 avril 2002, 20h pile...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La raison statistique : Les deux candidats portés au second tour l'ont été avec le score le plus faible de la cinquième République, en pourcentage et en nombre de voix, et ce avec une abstention record pour ce type d'élection. Il était absolument évident que le FN ne pouvait être élu sur les seules voix des électeurs du Front National.

Les raisons liées au fonctionnement des institutions : faisons un peu de politique-fiction. Jean-Marie Le Pen est élu, il nomme un premier ministre qui forme, comme il se doit, un gouvernement. Ce gouvernement tout à la joie du pouvoir enfin acquis, promulgue ses premières lois. Ces lois passent à l'assemblée. A défaut de majorité parlementaire, les propositions sont rejetées.

Le gouvernement, furieux, invoque l'article 49-3 pour passer en force, ce qui engage la responsabilité du gouvernement. La majorité parlementaire républicaine, ne se laissant pas faire, dépose une motion de censure qui est le contre-pouvoir équilibrant le 49-3. Adoptée au 3/5ème, la motion de censure fait tomber le gouvernement.

Le Président souhaitant pouvoir gouverner avec une majorité parlementaire, dissout l'assemblée nationale (tiens, tiens!). Et retour à la case départ. Soit le FN obtient une majorité parlementaire malgré la participation écrasante de tous les électeurs républicains, et dans ce cas la France est gouvernée par une formation légitime; soit, comme c'est plus probable, le FN n'obtient pas de majorité et c'est la cohabitation. Dernière solution : soulever l'armée. Mais même le plus antimilitariste conviendra que, contrairement au cliché, l'armée n'est pas constituée en majorité de nervis fascistes.

 

Du front républicain

 

L'arme absolue des partis dits républicains pour barrer la route aux ennemis de la démocratie, c'est le front républicain, à savoir un appel des partis éliminés à voter contre le parti républicain qui se maintient, éventuellement assorti d'un désistement en cas de triangulaire dans le cas d'une élection locale. Pour la petite histoire, ce procédé a cours depuis... 1956, avec l'efficacité de long-terme que l'on sait. Que vaut le front Républicain aujourd'hui ? C'est l'objet d'un article à venir...

 

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