Pôle emploi, ANPE Assédic une union contre nature (l'enfer pour beaucoup)

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Certains affirment que la fusion entre l’ANPE et l’Assédic est « un rapprochement en soi logique »… Interrogeons-nous sur cette soi-disant évidence de la logique de mettre dans la même main le pouvoir de payer, et celui d’accompagner les personnes qui ont perdu un emploi, c'est-à-dire respecter le deuil de cet emploi (réseau, rémunération, identité sociale…), aider à se reconvertir (orientation, formation) et recherche d’un emploi adapté et conforme à ses choix et possibilités (de déplacement…) ?

La fusion –qui est très onéreuse- n’était non seulement pas nécessaire, mais aussi pas souhaitable. D’ailleurs un rapport de l’IGAS le disait il y a plusieurs années déjà. Seulement, les présidentiables à la recherche de slogans accrocheurs et rassembleurs à partir de « clichés », ont trouvé (entres autres) la fusion comme poudre aux yeux et poudre de Perlimpinpin. En effet, le « guichet unique » existait déjà presque partout, c’est-à-dire une proximité géographique (- de 200m) entre l’ANPE et l’Assédic, et des services étudiés en complémentarité. Nul besoin de fusionner c’est-a-dire dépenser sans compter (nouveau mobilier, nouveau locaux, nouvelle identité visuelle…) et de casser le service publique.

L’organisation Internationale du travail spécifie que les services de l’emploi doivent être indépendants. Pôle emploi est de statut privé, la volonté de détruire le statut public des ex-ANPE (statut déjà amputé en 92 et en 2003) pour faire valoir un statut privé - autorisant les plans de licenciement, donc la pression sur le personnel pour un contrôle coercitif.

Que dire des actifs et actives salarié-e-s ; quel intérêt –financier- Pôle emploi a-t-il à s’occuper d’eux (les servir comme on disait au XXème siècle) ?

La fusion, Pôle emploi donc, est une usine à broyer du chômeur (cf ses outils et la législation*) et de l’agent public. Une marche de plus vers la privatisation des services.

Faut-il le rappeler, Privatisation = baisse de la qualité du service rendu (réduction des frais de personnel notamment, précarisation du même personnel (CDD conditionnel à des résultats –même faux…) et augmentation des coûts pour la collectivité (cf la privatisation des services d’eau, de gaz, des traitements des déchets…).

Quel-le républicain-e et démocrate peut s’en féliciter ?

 

*Exemples d’outils : 1/Le système informatique qui radie automatiquement pour absence à convocation. 2/ L’outil statistique informatique « Mon marché du travail » qui exclut les offres publics (!!!) et dont les données remontent à deux ans ! 3/ Pour permettre la reconversion professionnelle des ex-Assédic vers le métier complexe du conseil à l’emploi, l’outil informatique à simplifier les gestes et décisions professionnelles à outrance avec des menus (choix d’actions à entreprendre par les personnes) ne laissant pas la place à la liberté.

Exemple législatif : « l’offre raisonnable d’emploi » http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/edition/anti-buzz/article/281008/au-2-janvier-2009-ouverture-des-soldes-chez-pole-emploi-instit

Le contexte est le suivant : Depuis le gouvernement Villepin et avec l’accélération du gouvernement Sarkozy (qui oserait dire Fillion ?), le contexte de l’action de l’ANPE, de l’Assédic puis de Pôle emploi, est de contrôler et sanctionner les chômeuses et chômeurs, car à défaut de leur proposer des emplois quasi inexistants, le seul moyen de faire baisser les chiffres du chômage, c’est d’exclure les personnes des institutions par la radiation automatisée.

Donc instauration du « suivi mensuel personnalisé ». C’est quoi ? Les demandeuses et demandeurs d’emploi doivent se rendre à l’Agence ou l’Assédic, Pôle emploi maintenant, (à leur frais et jusqu’à plusieurs dizaines de kilomètres), pour justifier de leurs recherches d’emploi. La suspicion de fainéantise est sur tous et toutes, au lieu de la volonté de les aider.

Les moyens alloués (à la formation notamment) sont réduits à peau de chagrin et soumis non pas au choix étudié et construit d’un projet professionnel, mais aux impératifs soi-disant économiques du bassin ou de la région. Quelle égalité sur le territoire français ? Aucun. Quelle liberté de choix de son travail (droit inaliénable affirmé par la déclaration des droits de l’homme et de la femme – (1) ? Aucun.

Quels outils à disposition des conseillères et conseillers de l’ANPE ?

- « Mon marché du travail » outils statistique qui exclut les offres publics ( !!!) et dont les données remontent à deux ans !

« l’Offre raisonnable d’emploi » : « Le demandeur d’emploi, en contrepartie (de son indemnisation), s’engage à ne pas refuser plus de deux offres raisonnables d’emploi, définies dans son projet professionnel à partir de critères dont certains prennent en compte la durée du chômage :

- le salaire de l’emploi proposé doit représenter au moins 95% du salaire antérieur après trois mois de chômage, au moins 85% après 6 mois, au moins le montant de l’allocation perçue après un an.

- Il ne peut être inférieur au salaire normalement pratiqué dans la région et dans le domaine d’activité et ne peut contrevenir aux règles législatives et réglementaires relatives au salaire minimum ; après un an sans emploi, le chômeur sera obligé d’accepter tout emploi rémunéré "à hauteur du revenu de remplacement " versé par les Assedic, ou par l’Etat (Allocation spécifique de solidarité) s’il est en fin de droits.

- sur le plan géographique, après six mois de chômage, l’offre est valable si le lieu de travail est distant du domicile d’au plus 30 km ou une heure de transport en commun. […] »

Quels sont ces secteurs en tension pour lesquels les chômeurs doivent se solder ???

- Des offres à temps partiel, donc des bribes de SMIC, aux horaires découpés. Des emplois difficiles, non gratifiants, dans des conditions qu’un ministre n’accepterait pas (froid, chaleur), au milieu des autres (société de prestation de services aux autres entreprises – cela multiplie les hiérarchiques et les risques de tensions interpersonnelles). Des boulots durs et mal payés.

- « [Le salaire] ne peut être inférieur au salaire normalement pratiqué dans la région et dans le domaine d’activité et ne peut contrevenir aux règles législatives et réglementaires relatives au salaire minimum » Ce sont souvent des temps partiels ! Bel artifice Messieurs-Dames les députés-ées UMP-Médef-Modem !

- Reprendre un boulot c’est faire garder ses enfants, s’habiller, se déplacer, se nourrir hors de chez soi. Ca coûte cher ! Si le boulot qu’on te propose te met sur la paille, tu fais quoi ? Tu le refuses. Mais si tu le refuses, on te coupe tes allocs, donc t’es sur la paille.

Alors, est-ce que cela va de soi de payer et d’aider avec les mêmes mains ?

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