COME AND DANCE !

« If I can’t dance in your revolution, I’m not coming ! » Magnifique phrase, prêtée à l’anarchiste Emma Goldman, qu’elle n'a probablement jamais dite ni écrite ! Emma Goldman, qui a créé avec son compagnon Alexander Berkman la revue Mother Earth aux Etats-Unis en 1906, avant qu’ils ne soient explusés en Russie en 1917.

 

 « If I can’t dance in your revolution, I’m not coming ! »

Magnifique phrase, prêtée à l’anarchiste Emma Goldman, qu’elle n'a probablement jamais dite ni écrite ! Emma Goldman, qui a créé avec son compagnon Alexander Berkman la revue Mother Earth aux Etats-Unis en 1906, avant qu’ils ne soient explusés en Russie en 1917.

Mais peut être qu’il est temps de faire le point sur ce que nous fabriquons ici… et pour donner une idée de l’enjeu, citons une autre phrase, de la féministe Ynestra King, dans Rocking the Ship of State, en 1989 :

« Voila pourquoi l’une des tâches entreprises par le féminisme est la refonte délibérée de la politique du point de vue des femmes, et ici la politique a plus en commun avec l’art qu’avec la science. »

YES ! C’est un peu ICI qu’on en est toujours, 28 ans plus tard : refondre et refonder la politique au moyen du féminisme, oui, mais aussi de l’art, de la poésie, de la fiction, de l’image… et de nouveaux territoires de la pensée découverts dans l’intervalle.

Territoires vastes et encore largement inexplorés dont il est impossible pour le moment de dresser la carte, encore moins d’en faire la synthèse! D’ailleurs, rien n’est simple et tout se complique! L’art est notre outil pour explorer le politique, comme l’écrivait Ynestra King, mais réciproquement l’ouverture de nouveaux territoires nous amène à explorer et questionner les devenirs de l’art.

Où en sommes-nous ? ICI ! En pleine action ! Au milieu de ce désert, de cette friche, de cette jungle. Explorateurs, découvreurs, rassembleurs, démolisseurs aussi, nous nous battons pour ouvrir un espace complexe, multiple, mal délimité mais foisonnant, un espace qui sera le lieu, demain ou après-demain, de la reconstruction. Après deux siècles de politique capitaliste de la terre brûlée, de la terre éventrée, de la terre plastifiée.

Nous faisons le constat que les jeux de la 'politique traditionnelle' nous mènent droit dans le mur. Pourquoi ? Parce que 'socialisme' ne veut plus rien dire, et 'démocratie' n'a pas le sens qu'on lui prête. ['Pouvoir du peuple' n'est qu'une traduction erronée –le concept de peuple n'existait pas– de ce qui signifiait a Athènes 'partage du pouvoir entre aristocrates mâles', une autre forme de l'oligarchie, donc.] Parce que le problème est économique bien plus que politique, et philosophique bien plus qu'économique. Parce que c'est tout notre rapport au monde qui est a revoir, intégralement, et d'urgence !

Démolisseurs (de toutes ces constructions mensongères et absurdes), mais aussi archéologues, le nez dans la poussière une brosse à dent à la main, à la recherche des traces de sens, ensevelies sous les décombres monstrueux de ce qu’on a appelé un jour la civilisation occidentale : traces d’une culture, d’un langage, ou même plus fondamentalement d’un accord animal, primitif, au monde.

Peut-être bien qu’il est trop tard. Peut-être que cet accord nous l’avons perdu pour toujours. Peut-être que nous sommes trop nombreux. Peut-être que la mécanisme de la machine à retardement que nous avons mise en route –avec nos expériences d’apprentis sorciers sur la matière, avec la fission et bientôt la fusion de l’atome, s’est emballée. (Comme à Fukushima) Peut-être !

Peu importe ! Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre. Etait-ce l’idée du Che quand, quittant Cuba il a embarqué (via l'Afrique) pour sa dernière aventure bolivienne ? La vie sans la révolution ne vaut pas la peine d’être vécue, disait-il. Parce que, oui, finalement le combat se suffit à lui-même. Il est notre raison de vivre, notre accord au monde. Notre manière d’être présents, d’être vivants ! Notre façon de crier nous aussi notre cri de guerre : PRESENTE !

C'est vrai que la tâche est démesurée mais notre chance, c’est que d’autres, que nous croisons souvent, suivent des chemins proches du nôtre, partout sur la face de la terre. Et c’est aussi un des rôles de ce blog, de faire des liens, et de montrer d’autres lignes.

Come and dance !

RM

 

 

 

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