NEWS FROM MARS (TWO)

NEWS FROM MARS est une fiction directement inspirée du 'News from nowhere' de William Morris, un texte qui date de 1890, dans lequel un londonien d'opinion anarchiste (Morris, donc) rentre chez lui, un soir d'hiver, apres une discussion politique animée, et se reveille le matin dans une autre époque, ou toute trace de civilisation industrielle a miraculeusement disparue...

Rappelons rapidement les aventures de notre heros. Dans le premier épisode il sortait d'une reunion hivernale de Nuit Debout, place de la République puis rentrait chez lui en longeant le canal saint Martin. Au matin, il ouvrait la fenetre et était frappé par une sensation de printemps.... il descendait dans la rue et... tout était différent. Etait-ce un reve? Ou bien son désir de voir des temps nouveaux l'avait-il propulsé un siecle plus tard durant la nuit ?

...

On marche dans les prairies le long du canal, sous les arbres en fleurs. Je découvre une nouvelle ville, absolument inconnue de moi. Des bâtiments se dressent au milieu des parcs, mais à vrai dire 'se dresser' n'est pas le bon terme puisqu'ils ne sont pas très haut et que leur forme n'a vraiment rien de rigide. Bâtiment ne colle pas vraiment non plus d'ailleurs, ni immeuble, ni maison, et en fait la séparation entre espace intérieur et extérieur n'est pas bien nette. Ces 'constructions' semblent se dissoudre progressivement en un espace végétal, sans que j'en discerne les articulations, un peu comme si on avait à faire à un organisme vivant qui se développe à l'infini sous des formes et dans des matériaux toujours different. J'aperçois de loin en loin ce qui ressemble à un vieil immeuble haussmanniens enchâssé et comme à demi-digéré par la ville-organique. On passe près d'une véranda ouverte sur le parc ou se tient ce qui ressemble à une guinguette. Une trentaine de personnes sont assises autour d'une table parlant joyeusement tous ensemble ou se servent de différents mets que quelques cuisiniers et cuisinières en tablier bleu clair déposent sur un buffet. Comme je m'arrête intrigué pour les regarder Zarathustra se retourne vers moi et me dit, au fait tu as déjeuné ? Non, pas eu le temps ce matin, je suis descendu dans la rue et puis… Allons-y alors. Je le suis et je le regarde embrasser les garçons et les filles qui travaillent là, puis il se tourne vers moi, reste indécis une seconde avant de lancer, et puis lui c'est Rémi, il... il est tombé de la lune ce matin. Et il éclate de rire. Les autres me donnent l'accolade sans poser de question et sans curiosité particulière, comme si Zarathustra leur amenait des clients un peu spéciaux tous les jours, et ils nous passent des assiettes et des bols. Je me sens une faim terrible tout à coup et je me jette sur les crêpes et le miel et me verse une boisson chaude parfumée d'un thermos. On s'assied à la table et Zarathustra rejoint la conversation avec ses voisins qui discutent de la possibilité pour les saumons de remonter le canal. Je me sens légèrement mal à l'aise à l'idée de profiter gratuitement du déjeuner et j'essaie de comprendre les règles, de deviner comment peut fonctionner cette société sans argent. Par échange de services ? Dans ce cas que puis-je leur offrir ? On verra bien ! J'oublie ma culpabilité et dévore mes crêpes au miel. Je pense une seconde au pancakes hollandais et une envie de lard me traverse soudain mais je n'ai rien vu qui ressemble à une nourriture animale sur le buffet. Bon ! Cela faisait déjà longtemps que je voulais renoncer à la viande ! Profitons de l'occasion ! Un peu plus tard on reprend notre chemin qui sinue à travers la ville-jardin. J'aperçois de loin de sortes de plateformes qui se déplacent au ras du sol sans bruit emportant quelques personnes. Lorsqu'une de ces plateformes passe près de nous Zarathustra saute dessus et me fait signe de le rejoindre puis il échange quelques mots avec les passagers pour connaître le trajet. Les plateformes circulent sur des bandes du même matériau solide sans être dur sur lequel je m'étais réveillé après avoir perdu connaissance. Pas de rails apparents et je devine que les passagers peuvent choisir leur direction sans comprendre comment ils se mettent d'accord. Tellement de questions ! Mais, sans en avoir pris la décision, je reste muet. Je concentre mon attention et tente de capter le plus possible de ce moment qui ressemble tellement a un rêve. J'ai l'étrange sensation que je me remplis de tout ce qui m'arrive sans que cela passe forcement par les yeux ou les oreilles. Comme si la conscience des choses s'insinuait en moi à travers la peau, les os, les muscles. Est-ce comme ça qu'un bébé perçoit le monde… qu'il le mange, le digère, et s'en nourrit ? Ou bien alors suis-je dingue ? A moins que les deux ne reviennent au même, finalement. Les passagers descendent de la plateforme et d'autres montent, sans que je comprenne comment et par qui son trajet est déterminé. Au bout d'un moment Zarathustra saute à terre et je le suis. Comme je me retourne pour regarder le véhicule s'eloigner, il me demande si j'aime bien les veepeevee. Les quoi ? Les véhicules à petite vitesse. Nous sommes devant un bâtiment ancien qui parait monumental à cause de la rigidité de ses formes, mais malgré tout curieusement adapté au paysage. A moins que ce ne soit le paysage qui se soit adapté à son style épuré et rigoureux. Il me semble reconnaître l'ancien prieuré qui a hébergé pendant des années le conservatoire des arts et métiers.

Zarathustra me précède dans le bâtiment et me guide jusqu’à une grande salle plongée dans la peenombre et dans laquelle une vingtaine de sphères grésillent de lumière colorée. A travers la bulle semi-opaque sur laquelle se projettent des images, j'aperçois des silhouettes immobiles, qui semblent suspendues a un faisceau de cables fixé a différents points de leur crâne. Zarathustra me guide vers l'une des sphères, plus sombre que les autres, l'entrouvre, me laisse passer, puis tapote sur un écran à peu près invisible jusqu’à se que s'affiche un catalogue ou apparaissent en caractères gras et rouges des dates. Il m'explique que je dois choisir un film avant de m'installer. Je parcours la liste de titres et certains titres, 2032 : catastrophe ITER, 2019 : terraformation de Mars, 2047 : grande pandémie, etc. me font dresser les cheveux sur la tête. Terrifié à l'idée d'être plongé dans un cauchemar je choisis un documentaire dont le titre 'from offshore to Mars' me rappelle mes intérêts martiens à l'époque ou je réfléchissais au devenir de l'image, c'est à dire hier, ou bien il y a un siècle, je ne sais plus très bien. Zarathustra m'aide à m'installer dans mon fauteuil de cosmonaute. Cosmonaute... ça tombe au poil pour mon film, non ? Il m'aide à positionner sur ma tête un casque léger et ajouré d'ou s'échappent plusieurs câbles électriques souples qui pendent du sommet de la bulle. Je dois avoir l'air quelque peu anxieux parce qu'il se met à rire en voyant ma tête puis prend le temps de m'expliquer le fonctionnement et de me rassurer : non il n'y a rien de dangereux à sa connaissance, en tout cas si tu ne regarde pas 100 films à la suite. Les électrodes produisent des micro champs magnétiques qui, parce qu'ils sont situés au bon endroit du crâne, communiquent au cerveau des sensations diverses. Je peux toujours suspendre la diffusion si je ne me sens pas bien en fermant les yeux longuement. C'est parti ! Je m'attends un peu à un documentaire classique mais ce n'est pas du tout ça et tout de suite je suis scotché à mon siège. En fait, avant même de comprendre exactement ce qui m'arrive, j'ai l'impression d'être projeté dans l'espace. Je me trouve à bord d'un avion ou plutôt d'un hélicoptère qui tourne autour d'une petite ile tropicale avant de se poser au milieu des palmiers. La sensation des mouvements de l'appareil est tellement forte qu'elle me donne presque le vertige. Le son du rotor est très puissant et je crois même ressentir les vibrations de l'engin dans tout mon corps. On est maintenant dans une grande salle sans fenêtres et je ressens le froid de la climatisation. Quelques écrans, plusieurs personnes parlent. Dans le coin droit de l'image les noms des sociétés domiciliées dans ce bureau défilent sur un menu déroulant. Il y en a des dizaines. Si je tourne les yeux de ce coté les noms viennent au milieu de mon écran virtuel, si je regarde à gauche apparaît la carte d'un archipel et le nom Vanuatu, Mélanésie, si je regarde les types en T-shirt je m'approche instantanément d'eux et je peux suivre la conversation comme si elle s'adressait à moi. L'un explique en anglais d'un ton plutôt cool que la mise en place du FATCA, le Foreign Account Tax Compliance Act americain et de l'AEOI, l'échange automatique d’informations, ont changé la donne et modifié la carte des Paradis Fiscaux. J'ai un peu de mal à rendre la sensation globale d'être immergé dans une scène réelle augmentée par des informations supplémentaires que je peux aller chercher à la périphérie de mon espace visuel, sans compter des différentes commandes vocales présentées sur mon écran avant de démarrer et qui me permettent de ralentir, de revenir en arrière, ou même d'obtenir l'explication des termes ou des sigles employés. Il s'agit d'une expérience mentale qui peut se révéler tout à fait épuisante si on tente de capter la totalité de l'information. Zarathustra m'expliquera après coup qu'avec un peu de maitrise, on peut moduler la densité des informations à sa convenance, un peu comme hier encore je ralentissait instinctivement la vitesse de mon véhicule pour profiter du paysage. Je décide de passer directement à la suite et le défilement rapide provoque une sensation apaisante de flottement accompagnée d'une sorte de chant des baleines qui me détend instantanément. Ouf ! Les noms de différentes régions du monde, dont pas mal me sont inconnues je l'avoue, défilent devant mes yeux, Iles Caïman, Nauru, Turcs et Caicos, Antigua and Barbuda, etc. et soudain Mars. J'arrête l'avance rapide et j'atterris, plutôt je me pose en douceur sur la planète rouge... mais c'est au contraire une lumière bleutée qui m'accueille. Je regarde vers le haut, vers le ciel… qui ne ressemble pas tout à fait à un ciel. Je me trouve au milieu d'une végétation dense. Toutes les sensations sont étranges. Sons à peine audibles, cristallins. Je marche (ça marche, je suis marché) ou plutot je me déplace par sortes de bonds à travers la végétation, les arbres tropicaux, bananiers, manguiers, et d'autres que je ne connais pas, une odeur douce vaguement écoeurante me saisit, ou bien est-ce que je l'imagine ? Une pluie très fine grésille sur les feuilles près de moi, mais je ne sens rien à part un peu de fraicheur, je sens la fraicheur due à la vaporisation, ou bien est-ce que je l'imagine ? Mais finalement imaginer ou sentir, est-ce tellement different ? Je continue ma balade sans but à travers toutes sortes de végétations, toutes sortes de cultures, je choisis la direction de mon déplacement sans hésitation… est-ce par le mouvement de ma tête ou de mes yeux, ou par la pensée ? Je n'en suis pas certain. Je parviens peu a peu a une maitrise passable de l'amplitude de mes bonds J'entends des insectes, j'entends des oiseaux qui se chamaillent dans les branches, j'en aperçois quelques-uns en levant les yeux, comme des éclats de couleur, je traverse un champ de plantes à larges feuilles foncées qui ressemblent un peu à celles des betteraves, devant moi il n'y a plus que le ciel qui n'est pas un ciel. Je tends la main et je touche une surface dure, puis je me rappelle que je suis dans une bulle en plastique, mais ce que je vois à travers cette surface translucide ce ne sont pas les allées du musée du film, c'est un désert de sable et de rocs jaunâtres dans lequel sont posés des quadrilatères brillants qui doivent être des habitations ou des ateliers. Je devine de drôles de petits engins brillants eux aussi qui se déplacent sur de grosses roues et agitent leurs bras articulés dans des taches qui m'échappent. Je me sens totalement épuisé tout à coup, je ferme les yeux, et comme par magie toutes les sensations prennent fin en même temps que l'image disparaît. Je reste un long moment les yeux fermés, à demi terrorisé à l'idée de replonger dans un rêve d'une telle prégnance. Je ne sais d'ailleurs plus très bien qui je suis. Il me semble que je rêve un rêve, ou bien est-ce moi qui suis rêvé ? J'ai l'impression d'avoir la fièvre et je gémis doucement malgré moi. Je sens une main sur mon épaule et la voix de Zarathustra me ramène à la réalité, à cette réalité en tout cas. J'ouvre les yeux, tourne lentement la tête et le regarde, il me fait un signe et je le suis docilement, privé de volonté personnelle. Nous traversons ce qui me semble être un labyrinthe et nous retrouvons dehors dans un jardin ensoleillé ou sont installées des tables couvertes de boissons colorées et de nourriture. Imitant toujours Zarathustra je prends une coupe au hasard, m'assied sur l'herbe et laisse couler le liquide épais et nourrissant, vaguement sucré, dans mon gosier, ce qui me calme instantanément. Je m'allonge dans l'herbe et m'endors sans doute quelques minutes puisque quand je les rouvre je ne vois plus Zarathustra à coté de moi. Je m'affole pendant quelques secondes, je cherche de tous cotés et finalement l'aperçois à un autre bout du jardin, discutant tranquillement au milieu d'un petit groupe. Je respire à fond et puis souffle tout l'air de mes poumons plusieurs fois. Je touche mes pieds, mes jambes, mes bras, je suis en vie, je pleure sans chercher a me controler, et laisse s'écouler hors de moi toute l'angoisse accumulée. Je m'aperçois que je chantonne une vieille chanson talisman, black dog, de Nick Drake. Quand Zarathustra revient il me regarde avec attention sans parler, puis s'assied auprès de moi. Il m'explique qu'il a fait partie de l'équipe du musée, a un moment. Tout à coup les mots sortent de moi comme un fleuve.

Moi : wow ! C'est incroyable ces… trucs… ces images. Est-ce qu'on peut appeler ça des images ? Lui : Bah, je sais pas comment l'appeler… c'est vraiment archaïque… et puis j'aime pas trop ce sentiment d'être isolé comme ça… d'être seul dans ta bulle… Moi : quand même c'est vraiment euh… immersif… tu te sens vraiment dans le truc, non ? Lui : peut-être que tu es au milieu du truc, OK, mais tu peux pas vraiment toucher, tu es vraiment seul, tu te sens total impuissant ! Moi : mais vous avez pas développé ça, enfin je veux dire on n'a pas développé cette technique plus loin ? Lui : Non je crois pas mais je sais pas exactement. Il faudrait que tu demandes à mon grand-père. Il a 110 ans, lui, il doit savoir ça. En tout cas au moins depuis la génération de mes parents on s'intéresse à tout autre chose, tu sais… Moi : comme quoi ? Lui : Ben tous les possibilités psychiques, tu sais bien, la télépathie, la communication mentale avec tout le vivant, la communication silencieuse, etc. Moi : mais vous avez bien des télés des ordis, des photos, des images ? Lui : ouais, on a des trucs comme ça dans les musées, des peintures des photos, des films, même des vieux vieux films en noir et blanc sans le son, on en a conservé quelques-uns… c'est drôle d'ailleurs quand je regarde ces trucs, une photo par exemple, c'est tellement réducteur comme manière de voir le monde, c'est tellement… étroit, tu sais ? Moi : euh… Lui : oui, c'est totalement abstrait ! Ça n'a rien à voir avec la vie ! Moi : mais pour toi la vie c'est comment ? Lui : ben, c'est comme on est la… (il ferme les yeux, respire lentement, étend ses bras largement ouverts, pivote un peu à droite et à gauche, rouvre les yeux, sans me voir il me semble) tu sens l'air, tu sens la lumière, tu sens la présence de l'autre, tu peux savoir des tonnes de choses sur lui si tu fais gaffe, tu peux savoir si il va bien, si il est heureux, si il a peur, et c'est vrai pour tous les autres autour, et puis tu sens la présence des plantes, des animaux, les matériaux, eux aussi ont une vibration bien particulière… tu sens ce qu'ils te renvoient, chaleur, froid, douceur, dureté… et ce qui nous intéresse nous c'est plutôt ça… l'ensemble de tout ça, on l'appelle gesthalt… c'est un vieux mot allemand je crois, qui veut dire forme. C'est vrai que si tu te détends complètement tu peux le voir comme une forme, une couleur, une lumière, et avec toutes les sensations contenues la dedans ! Moi : attends ! Doucement ! explique-moi ! Tu sais, dans mon souvenir j'ai pas mal écrit sur l'image, sur le numérique, les algorithmes, sur un truc qu'on appelait postimage à ce moment la, parce qu'on savait pas comment l'appeler… Lui : numérique ? Moi : ben oui, tu sais bien, les ordinateurs, l'intelligence artificielle, tout ça… Lui : Bah ! Non, désolé mais ça me dit rien en fait… Moi : mais vous les utilisez, dans vos veepeetruc par exemple, ça marche forcement avec des ordinateurs, des programmes, non ? Lui : Bah, oui, bien sur, mais c'est la technique de base, tout ça, rien de très excitant ! On a pas besoin de tellement de machines, tu as vu, on utilise que des trucs très simples, qui demandent pas beaucoup d'énergie. J'ai vu un film ou il y avait des grands trucs partout, tu sais avec une hélice, qui produisaient de l'électricité, Moi : ah oui, tu veux dire des éoliennes ! C'est vrai que c'est moche ! Lui : mais on a tout démonté, je crois vers 2050, c'était juste n'importe quoi, et puis bruyant, en plus, si tu vivais dessous… On essaie de pas trop utiliser d'énergie, tu vois, la plupart des trucs marchent au solaire. Même ça, quelqu'un a calculé que si on en utilise trop, on risque de modifier le climat. Moi : attends, ça m'intéresse ton idée sur l'image… gesthalt… tu veux dire que c'est comme ça que tu vois le monde… Lui : que tu vois ? Moi : que tu perçois ? Lui : mais c'est pas une relation passive, c'est un échange permanent, en fait on pourrait dire que c'est comme ça que tu actives un monde en même temps que tu le reçois… Moi : tu veux dire c'est un truc cybernétique, ça change tout le temps, c'est ça ? Lui : oui, bien sur ça change à chaque instant, tu sais bien, par exemple si tu passes à l'ombre, tu as froid, et tu as l'impression que l'espace se resserre… Moi : ok, je comprends, mais comment tu échanges, comment tu partages ces formes avec les autres ? Lui : hmmm. Je peux peut être te donner une idée de ça… par exemple j'aime bien grimper dans la fourche d'un arbre dans le parc que tu as vu près du canal. C'est un arbre très beau, très vieux, un tilleul. Quand je suis dans ses branches c'est comme si j'étais un enfant, je me sens protégé. Mais je sais que l'arbre a conscience de ma présence aussi. Moi : mais un arbre n'a pas de cerveau ! Lui : non, bien sur, ou alors disons que tout l'arbre est un cerveau, un sytème nerveux. Pendant une tempête par exemple, tu crois qu'il ne sent rien ? D'ailleurs c'est vrai pour nous aussi, tu sais ! Notre conscience vient de tout notre corps… le cerveau c'est un truc qu'on n'a jamais trop su utiliser en fait… c'est à dire que quand on a voulu l'isoler, on est parvenu dans une impasse… Moi : mais si tu es avec ton grand-père, par exemple, comment tu peux lui faire savoir ce que tu ressens ? Lui : J'essaie pas… en fait je sais ce qu'il sent, et lui sait ce que je sens. Et quand on est ensemble on sent ensemble, c'est à dire qu'on partage une conscience commune du monde, sans que ce soit exactement la même… Moi : tu veux dire que vous créez une gesthalt commune ? Lui : oui, je crois qu'on peut dire ça… si tu veux.

 

 

 

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