Billet de blog 1 févr. 2009

Faisons le point sur la concentration de la presse et des médias !

Nous assistons ces dernières années à une concentration croissante des entreprises de presse, nuisant au pluralisme de l’information. De surcroît, ces médias sont détenus en majorité par des groupes industriels et financiers qui dépendent économiquement par leurs marchés de l’Etat, donc du pouvoir politique. Ces deux facteurs représentent une réelle menace pour notre démocratie.

Marie-Anne Kraft
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Nous assistons ces dernières années à une concentration croissante des entreprises de presse, nuisant au pluralisme de l’information. De surcroît, ces médias sont détenus en majorité par des groupes industriels et financiers qui dépendent économiquement par leurs marchés de l’Etat, donc du pouvoir politique. Ces deux facteurs représentent une réelle menace pour notre démocratie.

Le grand nombre de titres de presse écrite, de chaînes de télévision, d’éditeurs de livres masque l’ampleur de la concentration dans les médias et ses effets dévastateurs. Les médias sont en majorité intégrés à des groupes industriels (Lagardère, Bouygues, Dassault, ...) :


- TF1, contrôlée par Bouygues, est en position dominante, représentant plus du tiers de l’audience totale de l’ensemble des chaînes de télévision en France. Bouygues dépend de contrats d’Etat, de collectivités locales, dans ses activités de bâtiment, de construction. La famille Bouygues, dont nous connaissons la proximité avec l’actuel président de la République, est le premier actionnaire du groupe. Les groupes Pinault et Arnault sont aussi actionnaires de Bouygues.


- L’alliance Vivendi-Lagardère domine dans la télévision payante (Canal Plus, Canalsatellite). Lagardère contrôle en propre cinq chaînes de télévision et produit et distribue des programmes pour la télévision. Le groupe Lagardère dépend de commandes de l’Etat dans le domaine de l’armement.


- La concentration connaît la même ampleur dans le secteur de la presse écrite : l’avionneur Dassault a pris le contrôle de la Socpresse (80%) qui jusqu'en 2004 détenait 70 titres de presse dont l’Express, le Figaro, Valeurs Actuelles ainsi que plusieurs quotidiens nationaux et régionaux. Suite à des cessions la Socpresse s'est réduite au groupe Le Figaro et des activités d'imprimerie. Les liens de ce groupe avec l’Etat sur le marché de l’armement sont évidents. Lagardère, également présent dans l’armement, a aussi une position dominante dans la presse au travers de Hachette-Filipacchi (Paris-Match, Elle, le Journal du Dimanche, La Provence, Ici Paris, Nice Matin,...), Fayard, Grasset, Hatier, Hazan, La Masque, Marabout, Pluriel, Stock, Le Livre de Poche, Larousse, Armand Colin, Dalloz, Dunod... Environ 47 magazines et quotidiens (Nice Matin, la Provence, etc.). Il est le 3ème éditeur mondial depuis février 2006 (rachat de Time Warner Book Group). Il est aussi le premier éditeur de livres et le deuxième libraire de France (réseau Relay, magasins Virgin).
Enfin en 2007 Bernard Arnault, détenteur de la Tribune, a racheté au groupe Pearson du quotidien financier Les Echos et domine à présent la presse financière.


Ces groupes sont eux-mêmes liés entre eux : certains administrateurs de groupe Lagardère sont administrateurs du groupe Bouygues. Arnaud Lagardère lui-même est administrateur de LVMH qui appartient au groupe Arnault, lequel est actionnaire de Bouygues ! Arnaud Lagardère est aussi actionnaire de EADS qui dépend de commandes également liées à l’Etat.



Le pouvoir politique dépend du pouvoir télévisuel en même temps que les groupes contrôlant les médias télévisuels peuvent utiliser le pouvoir conféré par la télévision au bénéfice de leurs autres activités (défense, bâtiment, téléphone...). La législation anti-trust et anti-concentration est manifestement insuffisante pour entraver cette concentration et les liaisons dangereuses entre les activités industrielles et le contrôle de la télévision.

Rappel des lois anticoncentration :La loi française interdit à un groupe de dépasser un seuil de 30% de la diffusion totale de la presse quotidienne d'information politique et générale.
La règle dite des "deux sur trois" interdit à un même groupe de posséder à la fois une télévision de diffusion nationale, une radio de diffusion nationale et un quotidien de diffusion nationale, et ne lui autorise le contrôle au maximum que de deux de ces trois médias.

Face à ce constat, qu'ont dit les Etats généraux de la presse ?

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(voir le livre vert des Etats généraux de la presse (EGP), remis par Bernard Spitz le jeudi 8 janvier à la Ministre de la Culture, Christine Albanel)

1- Les Etats généraux n'ont pas suivi Nicolas Sarkozy dans sa volonté de faire sauter les verrous de concentration pour constituer des grands groupes multi-médias.

Ils n'ont pas pu éluder le problème de concentration et font même le constat du problème de dépendance de la presse et des médias à l’égard de puissances financières dépendant de commandes de l’Etat, sans pour autant faire de proposition pour empêcher cet état de fait. Notons dans un paragraphe de la synthèse, qui ne donne lieu à aucune recommandation :"La détention de quotidiens par des groupes extérieurs aux médias, dont certains dépendent de la commande publique et peuvent donc apparaître comme plus sensibles aux pressions, pose la question de l’indépendance des rédactions et de la confiance que le public place dans la presse dans son ensemble."

Sont visés les groupes Dassault (Le Figaro), Bolloré (Direct Matin et Direct Soir), ou encore Lagardère (pas de quotidien, mais les journaux cités plus haut).

Malgré le constat, aucune recommandation n'a été faite pour assurer le souci d'indépendance du pouvoir et notamment :

- rien sur l’assurance d’une indépendance entre les groupes de presse et le pouvoir politique via celle des puissances financières,

- rien sur l’assurance d’une indépendance des rédactions de presse à l'égard de leur actionnaire, des pressions qu'elles peuvent subir, - rien sur le problème de protection des journalistes, notamment de la protection des sources, alors qu'ils subissent de plus en plus de pression et d'intimidations.

2- Le constat ainsi que les propositions sont essentiellement orientées sur les aspects économiques, le risque de faillite de la presse écrite notamment papier, mais pas sur des questions fondamentales sur le rôle de la presse et ce qu'en attend le public, la problématique de l'offre. ette orientation est conforme au cadrage fait par Nicolas Sarkozy qui a lancé en personne ces Etats généraux.

3- Et comme l'a fait remarquer Médiapart, ces Etats généraux n'en sont pas

au sens historique de ce terme. L'assemblée des Etats généraux était composée de députés des différents états provinciaux répartis selon les trois ordres, c'est-à-dire la noblesse, le clergé et le tiers état. On aurait peu s’attendre à voir représentées toutes les parties concernées : non seulement l’Etat et les directions d’entreprises de presse, mais aussi les journalistes et les lecteurs. Or, à la lecture des participants aux EGP, nous remarquons l’absence de représentants des journalistes (syndicats notamment, exception du chroniqueur Ivan Levaï et d’un journaliste à l’AFP, et de quelques rédacteurs en chef) ainsi que des représentants du public (sociétés de lecteurs, à l’exception de celle du journal Le Monde). Ce sont essentiellement des présidents et directeurs d’entreprises de presse, ainsi que quelques élus (députés et sénateurs), et ponctuellement des professeurs ou consultants, qui ont participé aux EGP.
"la pieuvre médiatique" illustrant cette concentration de la presse et des médias (date de 2004, avant cession du PSG par Canal+ et rachat des Echos par B.Arnault), à imprimer de préférence en couleur et en A3.

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