Entretien avec Alberto Manguel, directeur artistique d’ATLANTIDE, Les Mots du Monde à Nantes

Pour le grand écrivain, né à Buenos Aires en 1948, « la littérature nous raconte notre réalité, nous donne des mots pour nommer nos tragédies et bonheurs quotidiens ».

Alberto Manguel Alberto Manguel
Pourquoi avoir accepté cette direction artistique ?
Parce que je crois que nous pouvons construire à Nantes un festival littéraire différent des autres. Chaque lecteur bâtit, pour ainsi dire, sa propre bibliothèque. Un festival littéraire est un peu comme une bibliothèque dans laquelle sont réunis non pas des auteurs cachés derrière une page mais des auteurs présents en chair et en os. Comme toute bonne bibliothèque personnelle, un festival littéraire réussi est une réunion d’amis.

N’est-ce pas un festival de plus ?
C’est vrai, il y a aujourd’hui des milliers de festivals littéraires ! – ce qui n’était pas le cas même il y a dix ans. Mais chaque festival est différent, réussi ou non réussi à sa manière. Des festivals comme Étonnants Voyageurs à St-Malo, Les Assises Internationales du Roman à Lyon ou America à Vincennes sont un succès parce qu’ils ont chacun leur propre voix. J’ose espérer qu’Atlantide aura une voix différente des autres, si ce n’est parce que « mes » goûts littéraires ne sont pas nécessairement partagés par tous. J’espère pouvoir, avec mes choix, rendre le public nantais, déjà bien habitué à l’étonnement, encore plus curieux.

Comment définiriez-vous la ligne éditoriale d’Atlantide ?
La littérature est un dialogue entre l’auteur et le monde, entre l’auteur et ses lecteurs et entre les lecteurs et le monde. Nous avons l’envie et l’ambition qu’Atlantide participe à la circulation des paroles et des idées sur des sujets d’actualité, comme, par exemple, le rôle du citoyen aujourd’hui, la liberté d’expression avec ou sans limites, la différence entre fiction et mensonge ou encore le pouvoir de la littérature face aux idéologies totalitaires. L’écrivain est un artisan de la parole qui se sert des mots du monde pour nous proposer sa vision et ses rêves d’un monde meilleur…

Nantes était-elle prédisposée pour accueillir un tel festival ?
Toute ville a l’identité des histoires qu’elle choisit de raconter et d’entendre. Nantes est à la fois une ville d’histoire et de culture, au passé politique aussi fort que sa tradition créative. La ville de Jules Verne me semble un lieu idéal pour laisser libre court à notre imagination et à notre engagement dans le monde.

Comment l’actualité, notre présent, peuvent-ils trouver leur place dans un festival des littératures ?
Cervantès écrit quelque part dans le Quichotte que l’Histoire est mère de la vérité… La littérature nous raconte notre réalité, nous donne des mots pour nommer nos tragédies et bonheurs quotidiens. Elle ne nous donne pas de réponses, mais elle nous aide à nous poser des questions…

Quelle est selon vous le rôle de la littérature à l’heure de Facebook, Twitter ou YouTube ?
Qu’elle soit imprimée ou virtuelle, sur un morceau d’argile ou sur un rouleau de papyrus, si les différents supports que nous avons inventés tout au long de notre histoire ont bien sûr une influence sur nos lectures, la littérature en elle-même ne change pas. Nous sommes obligés d’imaginer le Monde pour essayer de le comprendre, et tant que notre espèce existera, nous continuerons à nous raconter des histoires, comme celles qui seront partagées à Atlantide !

Qu’attendez vous d’Atlantide ?
Des lecteurs, des lecteurs, des lecteurs. Et encore des lecteurs.

Alberto Manguel est citoyen canadien né à Buenos Aires en 1948. Il a vécu en Israël, Argentine, Italie, Angleterre, Tahiti, Canada et habite en France depuis 2000. Il est l’auteur de cinq romans : Dernières nouvelles d’une terre abandonnée (Prix McKitterick en Angleterre et Prix de l’Association d’auteurs canadiens), Stevenson sous les palmiers – Un retour – L’amant très vétilleux et Tous les hommes sont menteurs. Il est aussi l’auteur de plusieurs essais, parmi lesquels Le dictionnaire des lieux imaginaires (avec Gianni Guadalupi) – Une histoire de la lecture (Prix Médicis essai) – Dans la forêt du miroir (Prix France-Culture) – Le livre d’images, Chez Borges (Prix Poitou-Charentes) – Pinochio et Robinson, et La Bibliothèque, la nuit. Alberto Manguel a reçu le Premio Germán Sánchez Ruipérez en Espagne pour l’ensemble de son oeuvre critique. En France, il a obtenu le Prix Roger Caillois et a été élu au grade d’Officier des Arts et des Lettres. Il est docteur honoris causa des universités de Liège en Belgique et Anglia Ruskin, Cambridge, en Angleterre. Récemment nommé directeur de la Bibliothèque Nationale d’Argentine, il prendra ses fonctions en juillet.

Du 10 au 13 mars
au lieu unique et dans la ville

Programme complet : www.atlantide-festival.org

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