Portraits pictaviens "changer de voie" (2/15)

A l'occasion des débats organisés à Poitiers sur le thème "Changer de voie" du 27 au 30 septembre à l'Espace Mendès France, L'université d'été 2010, est allé à la rencontre de quinze personnes habitant Poitiers pour leur demander ce que leur inspirait l'expression "Changer de voie"Portraits pictaviens "Changer de voie" (2/15) : Germain, 29 ans

A l'occasion des débats organisés à Poitiers sur le thème "Changer de voie" du 27 au 30 septembre à l'Espace Mendès France, L'université d'été 2010, est allé à la rencontre de quinze personnes habitant Poitiers pour leur demander ce que leur inspirait l'expression "Changer de voie"

Portraits pictaviens "Changer de voie" (2/15) : Germain, 29 ans

Germain, 29 ans.

 

Professeur de physique, Germain a renoncé à la fonction publique lassé de courir après le Capes.

Attiré par l'enseignement et ayant des facilités en physique, Germain a opté pour ce métier sans se poser trop de questions. Son CDD d'un an est renouvelé tous les ans, il est donc tributaire des besoins de l'école, des changements de programmes et de l'état des budgets. Mais il n'est pas inquiet, il travaille depuis 6 ans dans le même établissement privé qui fonctionne très bien, « ce qui est intéressant pour moi dans le privé c'est que j'enseigne à des élèves qui ont un niveau plus élevé, ils sont tous déjà bacheliers. Et si ce métier devient trop compliqué dans quelques années, je pourrais toujours me recycler, être formateur dans un autre milieu. »

 

Changer de voie, à titre personnel ? Citadin d'adoption épanoui, il n'imaginait pas quitter la ville, mais en couple avec une jeune femme ne rêvant que de campagne, il admet jovial, qu'il faudra bien qu'il change de voie pour la suivre, et ironise en sa présence : « j'aime bien acheter mon Libé le matin sans avoir 30 minutes à faire et que mon Iphone capte partout. J'aime aussi faire tout à pieds, je ne me sers jamais de ma voiture. »

 

Pour ses collègues de la fonction publique Germain est bien moins optimiste et pense que « tôt ou tard nous passerons à un système globalement privé. Cela risque de devenir un peu comme en Angleterre. On va supprimer des matières, les langues par exemple, des postes, les budgets vont diminuer ».

Dans son établissement, il ne sent pas de restrictions, l'école se doit de tenir le programme du ministère, les parents payent pour que leurs enfants soient aptes à passer les concours, car, paradoxalement « l'Etat ne propose pas de formations publiques pour les secteurs para-médicaux et médicaux. En théorie tout bachelier peut passer un concours para-médical, sauf que dans la réalité c'est impossible, un bachelier n'a pas le niveau requis. Il s'agit donc de concours publics pour travailler dans la fonction publique, où les postulants sont obligés de passer par le privé. Et pour cela il faut de l'argent, cela coûte quand même 3000 € par an. Certains élèves travaillent pour payer cette école mais avec 30 heures de cours par semaine, plus les devoirs... »

 

Germain souligne pourtant les besoins très importants en kinés, en personnels de radiologie, en infirmières, « idem pour les médecins, mais le numerus clausus reste inchangé. Le système table sur le fait que tous ces postes, seront de toutes façons, pourvus par des migrants, moins bien payés, ce qui est déjà le cas. Avec les nouvelles réformes de la médecine, cela va devenir bien pire, il est déjà prévu de supprimer des effectifs. Je le vois côté enseignement avec la réforme LMD, tout a été fait au dernier moment. En tant que professeur, j'apprends les modifications de programmes au dernier moment. Toutes ces réformes visent à faire baisser le nombre de professeurs alors que démographiquement, on sait que dans très peu de temps, on va avoir plus d'élèves. »

Ajouté au fait que beaucoup de ses élèves lui semblent perdus et inscrits là presque par erreur, pour rassurer leurs parents, ils choisissent une voie par défaut, mais les professeurs ne peuvent pas y changer grand chose. Déjà débordés, Germain ne voit pas comment ils pourraient aider les lycéens à prendre conscience de la multitudes de métiers possibles à moins « de laisser plus de temps aux lycéens. De leur laisser une année pour se renseigner, enquêter et choisir... mais,cela coûterait trop cher... »

Pour Germain, les réformes depuis 10 ans annoncent clairement l'avènement d'un système éducatif plus injuste, basé sur la capacité des familles à payer voire à s'endetter pour de bonnes écoles privées. Concernant un changement de voie collectif, Germain aimerait « que la société s'interroge collectivement et sans tarder sur l'enseignement que l'on souhaite proposer aux futures générations avant de changer de voie. »

 

Entretien réalisé à Poitiers (été 2010) par Marine Sentin et Sébastien Gaudronneau

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