Portraits pictaviens "Changer de voie" (3/15)

A l'occasion des débats organisés à Poitiers sur le thème "Changer de voie" du 27 au 30 septembre à l'Espace Mendès France, L'université d'été 2010, est allé à la rencontre de quinze personnes habitant Poitiers pour leur demander ce que leur inspirait l'expression "Changer de voie"Portraits pictaviens "Changer de voie" (3/15) : Virginie, 30 ans

A l'occasion des débats organisés à Poitiers sur le thème "Changer de voie" du 27 au 30 septembre à l'Espace Mendès France, L'université d'été 2010, est allé à la rencontre de quinze personnes habitant Poitiers pour leur demander ce que leur inspirait l'expression "Changer de voie"

Portraits pictaviens "Changer de voie" (3/15) : Virginie, 30 ans

 

Virginie, 30 ans

 

Virginiea obtenu sa maîtrise d'Histoire de l'art, spécialité Moyen-âge etEsthétique du film à Tours et est revenue sur Poitiers pour passerson DEA, portant sur la représentation de l’image historique médiévale à travers l’image contemporaine cinématographique. Elle a ensuite suivi à Angers pendant deux ans une formation d’enlumineur/relieur/calligraphe à l'Institut Supérieur Européen de l'Enluminure et du Manuscrit. De retour à Poitiers elle pense d'abord créer son entreprise d'artisanat d'art mais réalise que le contexte économique ne s'y prête guère. Elle trouve alors du travail au sein d'une association culturelle dont l'ambition est de développer, transmettre et diffuser la philosophie et les esthétiques contemporaines en milieu rural, en organisant des séminaires, en invitant des philosophes et des artistes contemporains.

 

A la question du changement de voie, elle répond immédiatement : « Pour moi, changer de voie c'est remettre du sens « Faire sens », gratter le vernis des choses qui falsifie leur réalité et leur vérité, pour une meilleure compréhension du monde. Lorsque l'on change de voie,,on expérimente une nouvelle voie. Changer de voie, c'est être « au seuil », devant un carrefour, et choisir librement et en toute conscience une des voies qui se présente à soi. Changer de voie est la seule façon d'acquérir un esprit critique ».

Et si cette définition peut sembler un peu trop conceptuelle à certains, pour Virginie son application concrète et pragmatique n'est pas compliquée « C'est ce que je fais à travers mon travail et dans ma vie personnelle ! Professionnellement, l'association et moi-même, refusons de prendre les gens pour des imbéciles, nous sommes convaincus que le choix ne peut exister que si l'on propose des alternatives exigeantes, alors c'est ce que nous faisons en nous proposant d’être un relais culturel en zone rurale. Une fois l'alternative présentée, chacun est libre de préférer ne pas changer, mais ce non-changement devient alors un choix réel ».

 

Virginie pense qu'au cours d'une vie, de nombreuses occasions de changer devoie se présentent et qu’il faut les saisir : « Changer de métier est un très bon moyen de changer de voie. Nous ne resterons plus toute une vie dans la même entreprise ou au même poste. Pour payer mes études, j'ai été caissière pendant trois ans et demi et guide-conférencière pendant les saisons. A chaque fois, ces expériences m'ont apporté énormément de connaissances. Alors que pour moi, changer de lieu n'a aucune importance. Ce n'est pas le lieu qui crée les événements et les circonstances, c'est soi et les autres. »

 

Virginie est convaincue que nous sommes enfermés en France dans un catastrophisme constant, relayé par un système d'informations réducteur qui génère une peur permanente, l'impression de ne plus avoir le choix ; que tout est « déterminisme ».

Pour elle, la priorité pour changer de voie collectivement, est de revenir à un « langage commun » : « il faudrait très simplement que nous réapprenions à parler la même langue, que l'exigence du mot adéquat redevienne l'occasion de sefaire comprendre (mettre les bonnes définitions derrière les bonsmots pour une meilleure compréhension). Nous employons tous des mots dont nous ne maîtrisons pas le sens : l'"environnement", le "développement durable", la "créativité", l’"innovation" (mots très à la mode, qui pourtant ne renvoient parfois à aucune réalité tangible). Nous sommes inondés d'expressions récurrentes, vidées de leur sens, qui ne renvoient en fait à aucune connaissance dans nos esprits et qui entretiennent un sentiment de peur. La priorité c'est l'éducation ! L'éducation des enfants, des adultes et des anciens. Apprendre les définitions des mots pour pouvoir échanger et se comprendre. L'exigence que l'on a pour soi-même est contagieuse, elle se transmet d'elle-même. Changer de voie dans l'éducation c'est être transdisciplinaire, c'est montrer à des enfants de quatre ans des grands films, en s'adaptant à chaque public. C'est les emmener en forêt et leur proposer d'essayer d'exprimer et departager ce que leur provoque le bruit du vent dans les arbres, partager avec eux les grandes découvertes scientifiques. Changer de voie c'est réfléchir avec des regards croisés. Programmer à l'école très tôt une éducation à l'image et aux médias. Lorsque les enfants voient une image, leur demander quand cette image a étéprise, dans quel contexte, avec quelle intention. Il faut« ré-enchanter » la connaissance ! ». Et pour cela, pour Virginie, il est possible de mettre en place des structures simples et concrètes, d'organiser l'accès à la complexité en somme pour que chacun trouve sa voie et ne suive pas, par peur, celle d'un autre.

Pour Virginie, il est toutefois une condition sine qua non à cet apprentissage « Apprendre l'humilité car on ne fait que penser et repenser des idées déjà pensées des milliers de fois par des milliers d'autres avant nous. »

 

Entretien réalisé à Poitiers (été 2010) par Marine Sentin et Sébastien Gaudronneau

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.