Portraits pictaviens "Changer de voie" (1/15)

A l'occasion des débats organisés à Poitiers sur le thème "Changer de voie" du 27 au 30 septembre à l'Espace Mendès France, L'université d'été 2010, est allé à la rencontre de quinze personnes habitant Poitiers pour leur demander ce que leur inspirait l'expression "Changer de voie"Portraits pictaviens "Changer de voie" (1/15) : Christine, 52 ans 

A l'occasion des débats organisés à Poitiers sur le thème "Changer de voie" du 27 au 30 septembre à l'Espace Mendès France, L'université d'été 2010, est allé à la rencontre de quinze personnes habitant Poitiers pour leur demander ce que leur inspirait l'expression "Changer de voie"

Portraits pictaviens "Changer de voie" (1/15) : Christine, 52 ans

 

Christine,52 ans

Responsable du service éducation à l'image d'une MJC, Christine coordonne, entre mille autres choses, le dispositif Ecole et cinéma pour le département qui est un dispositif d'éducation artistique, avec unaccompagnement vers la salle de cinéma d'enfants de cinq ans à onzeans. Elle est aussi en charge du dispositif Passeurs d'Images, né dans les années 80, en réponse aux violences dans les quartiers, avec l'idée qu'en plus du sport on pourrait aussi proposer de tenir une caméra à cette jeunesse en colère."Ces dispositifs font partie de la politique volontariste du CNC, c'est une politique intelligente qu'il faut à tout prix pérenniser".

Si Christine n'a pas réellement changé de voie elle a bifurqué de nombreuses fois "heureusement, sinon je me serais lassée. J'ai presque fait toute ma carrière professionnelle ici mais je n'ai pas toujours fait la même chose. J'ai démarré tout à fait par hasard, ce qui aurait été impossible dix ans après, comme responsable du secteur enfance de cette association, à créer des centres de loisirs, les développer, à travailler sur une politique éducative. Ce qui m'intéressait particulièrement c'était l'action culturelle en direction des enfants et progressivement j'ai orienté mon poste. Je me suis investie dès l'origine dans l'opération picto-poitevine qui s'appelle Les Petits Devant, les Grands Derrière, qui repose sur une programmation culturelle pluridisciplinaire proposée aux enfants sur temps scolaire et en sorties familiales, montée à la fin des années 80."

Christine raconte comment grâce au Ciné-club de l'association d'origine elle a découvert que le cinéma pour enfants pouvait être autre chose que des Walt Disney et a trouvé le chemin qu'elle voulait suivre.

Pas de changement de voie radicale certes, mais des années d'entraînement aux chemins de traverse car Christine est justement au croisement de deux voies, au carrefour où se croisent la culture et le social. "Ici, sur le terrain, nous sommes loin de la théorie. J'ai des collègues en charge de questions purement sociales, qui travaillent sur l'aide aux devoirs, sur la question du vestiaire au Secours populaire, sur la Banque alimentaire, avec des gens qui sont parfois en très grande difficulté sociale. Cela nous force à toujours réinventer et à ne jamais être sûrs de ce que l'on fait. Quand on se trouve face à des enfants submergés par des problèmes sociaux ou familiaux il faut trouver d'autres moyens pour qu'ils aient envie de découvrir un film, de se laisser aller à des émotions, de réfléchir, d'en parler, parce qu'ils ont comme tous les enfants des choses à dire sauf que cela vient moins facilement."

Al'expression changer de voie, Christine répond en riant "Cela me fait penser à Tintin, au Lotus Bleu : Lao Tseu a dit il faut trouver sa voie. Je ne comprenais pas cette phrase enfant, bien sûr. Avoir une voie ? Pour aller où ? De toutes façons nous allons tous au même endroit, ce qui est intéressant, c'est la voie en elle-même, ce n'est pas le bout de la voie ! Ce qui me plait ce sont les chemins de traverse, les étapes, c'est de bifurquer, de trouver d'autres chemins. Dans mon cas, avoir plus de quarante et être unefemme sont des obstacles pour changer de voie professionnelle. Pour ma part un changement de voie serait radical et un vrai choix, pas du à un constat d'échec."

Un changement de voie collective Christine le voit plus dans ce qu'elle appelle "lesmicro-choses"que "dansdes grandes déclarations d'intention perpétuellement invalidées par les déclarations suivantes". Le changement par une décision venue d'en haut elle n'y croit pas beaucoup. "Ce sont les petites actions sur le terrain qui font bouger progressivement les choses. Ce qui m'intéresse c'est ce que l'on fait ensemble et comment on le fait. Donc je poursuis ma voie."

Entretien réalisé à Poitiers (été 2010) par Marine Sentin et Sébastien Gaudronneau

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