Portraits pictaviens "Changer de voie" (5/15)

A l'occasion des débats organisés à Poitiers sur le thème "Changer de voie" du 27 au 30 septembre à l'Espace Mendès France, L'université d'été 2010, est allé à la rencontre de quinze personnes habitant Poitiers pour leur demander ce que leur inspirait l'expression "Changer de voie"Portraits pictaviens "Changer de voie" (5/15) : Sébastien, 34 ans

A l'occasion des débats organisés à Poitiers sur le thème "Changer de voie" du 27 au 30 septembre à l'Espace Mendès France, L'université d'été 2010, est allé à la rencontre de quinze personnes habitant Poitiers pour leur demander ce que leur inspirait l'expression "Changer de voie"

Portraits pictaviens "Changer de voie" (5/15) : Sébastien, 34 ans

Sébastien, 34 ans

 

 

Sébastien est médecin généraliste, actuellement il effectue des remplacements dans des cabinets médicaux, principalement en campagne. « Pour ma part, je n'ai pas le sentiment d'avoir changé de voie. Pousser des réflexions certes, mais pas changé de voie. J'ai un travail qui me plaît. Je peux réfléchir à la manière dont je le fais, mais la voie, je ne pense pas en changer.»

 

Mais l'expression renvoie Sébastien vers un autre domaine,

« c'est un terme utilisé en escalade, sport qui est ma passion actuelle. Changer de voie en escalade signifie ouvrir une nouvelle voie. Il y a des voies tracées par des professionnels et certaines personnes sont devenues célèbres justement en ne suivant pas ces voies déjà tracées, en en ouvrant une nouvelle. Une montagne est nue au départ, puis une personne décide de la travailler et de mettre des points de sécurité pourque d'autres puisse passer. Lorsqu'une voie a été tracée, cela signifie que tu dois passer par là, que tu ne peux pas la faire autrement. Si tu veux modifier la voie, ou la référencer différemment, tu dois au préalable demander l'accord de celui qui l'a tracée. » Mais bien entendu, le respect de ces héritages n'empêche en rien l'ambition et le défi « tu cherches bien sûr à faire des voies de plus en plus dures. Tu changes de voie parce que tu progresses. »

 

Cette idée de voie tracée, au sein de laquelle nous pourrions tester nos progrès et nous mettre à l'épreuve n'est pas si éloignée de la formation médicale. Il faut d'abord franchir certaines épreuves qui font le tri entre les étudiants, comme la dissection en seconde année de médecine qui permet de tester radicalement sa capacité à exercer, qui serait un peu comme de découvrir que l'on est victime du vertige après avoir commencé à grimper. Puis au sein de ce qui peut sembler de l'extérieur, compact et sans aspérités, apparaissent des bifurcations :

« La voie est tracée dans le sens où nous sommes tous formés de la même manière, à l'hôpital. Mais en tant que médecin généraliste, on te forme dans un milieu dans lequel tu ne vas pas travailler après. C'est à toi, par la suite d'acquérir l'expérience. Ta voie se dessine progressivement au sein d'une voie principale. Moi, une fois en médecine j'ai été attiré d'abord par la recherche. A l'hôpital j'ai réalisé que je ne voulais pas y travailler, que le niveau de stress n'était pas compatible avec ma personnalité et enfin que la médecine générale était ce qui meconvenait. Sans changer de voie on peut bifurquer un peu, passer de la médecine générale au salariat dans un centre hospitalier, ou partir deux ans en mission humanitaire ».

 

A échelle plus globale, pour changer de voie en tendant vers le mieux Sébastien pense « qu'en médecine s'il y a des choses à faire, il y a surtout des choses à ne pas faire ! La première idée qui me vient, due à une émission que je viens d'écouter, c'est la fermeture des petites maternités. Après, sur le plan économique je me dis que je n'y connais rien, mais pour les patients c'est forcément un moins-bien, une perte. C'est juste un exemple. Autour de Poitiers, vis-à-vis de l'accès à la santé, nous ne sommes pas trop mal lotis. En France plus globalement, quand on compare avec d'autres pays, nous nous en sortons bien, mais il faudrait veiller à ne pas détruire ce qui fonctionne bien. Dérembourser des médicaments qui ne servent à rien, cela ne me pose aucun problème, par contre, je trouve dommage de se servir des failles d'un système globalement efficace pour le détruire au lieu d'essayer de combler les failles. Nous sommes dans un contexte économique compliqué, certes, mais aussi dans un changement de philosophie collectif, et il faudrait simplement bien penser aux conséquences à moyen et à long terme, avant de changer de voie. »

 

Entretien réalisé à Poitiers (été 2010) par Marine Sentin et Sébastien Gaudronneau

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