Portraits pictaviens "Changer de voie" (7/15)

A l'occasion des débats organisés à Poitiers sur le thème "Changer de voie" du 27 au 30 septembre à l'Espace Mendès France, L'université d'été 2010, est allé à la rencontre de quinze personnes habitant Poitiers pour leur demander ce que leur inspirait l'expression "Changer de voie"Portraits pictaviens "Changer de voie" (7/15) : Juliette, 34 ans

A l'occasion des débats organisés à Poitiers sur le thème "Changer de voie" du 27 au 30 septembre à l'Espace Mendès France, L'université d'été 2010, est allé à la rencontre de quinze personnes habitant Poitiers pour leur demander ce que leur inspirait l'expression "Changer de voie"

Portraits pictaviens "Changer de voie" (7/15) : Juliette, 34 ans

 

Juliette, 34 ans

 

Juliette vient de passer avec succès le concours de professeur des écoles et fait sa première rentrée dans un établissement des Deux-Sèvres. Juliette travaillait avant dans le domaine de l'environnement pour des collectivités, cinq années en emploi jeune puis en effectuant des remplacements, « changer de voie... je pense que cela a lieu plusieurs fois au cours d'une carrière. J'ai déjà vécu cette expérience et j'imagine que je changerai à nouveau de voie. »

Pour financer cette reprise d'études, Juliette a cumulé des « petits boulots. C'est une forme de retour en arrière, de se retrouver, passé la trentaine, à la fois étudiante et ayant des petits boulots alors que je recherchais un vrai emploi jusqu'alors. Ces périodes de transition peuvent parfois donner le sentiment d'une régression, mais c'est une impression faussée : on vit cette transition avec l'âge que l'on a, l'expérience qu'on a acquise, une maturité autre et au-delà des difficultés matérielles que cela implique, c'est une période très agréable ! Le paradoxe de ces changements de voie réside dans le fait qu'on les provoque pour trouver une stabilité et que de fait, on s'affronte quelques temps à une grande instabilité. »

Malgré ce tournant professionnel Juliette a choisi de rester dans la fonction publique, parce qu'elle ne s'imagine pas exercer dans un autre contexte : « je ne veux pas travailler seulement pour gagner de l'argent. Il me faut de l'argent pour vivre ma vie bien entendu, mais ce n'est pas une ambition en soi. Je veux, avant tout, un travail qui soit utile à la société, à la collectivité. J'ai changé de voie tout en gardant cet impératif en vue : avoir un rôle social. »

 

Juliette pense que dorénavant de très nombreuse personnes vont devoir changer de voie, par la force des choses, « on ne pourra pas agir comme nos parents. Si certains sont rassurés d'obtenir un CDI, d'autres sont aussi satisfaits d'avoir des CDD et de découvrir à chaque fois de nouvelles choses, de pouvoir se dire je ne suis pas coincé ici, je peux bouger. J'ai plusieurs amis, qui sont actuellement dans une situation stable, qui sont fonctionnaires, mais qui savent déjà qu'ils ne feront pas le même travail toute leur vie, qui ont déjà prévu de se lancer un jour dans un autre projet. »

Etudiante Juliette voulait devenir professeur de physique mais « finalement cela ne m'a plus convenu, et en rencontrant du monde, en faisant des stages, je me suis lancé dans autre chose. Je pense vraiment, qu'il y a toujours une possibilité de rebondir professionnellement malgré les difficultés actuelles. Pour ma part, en changeant de voie, je suis presque revenu, 10 ans après, à mon premier projet qui était d'enseigner, mais entretemps j'ai acquis de nombreuses expériences, eu le temps de voir ce qui me plaisait ou pas. C'est un peu un système d'élimination par la négative, mais quand tu es jeune, tu ne peux pas choisir autrement puisque tu ne sais pas encore concrètement ce qu'est le monde du travail. »

 

Juliette croit à la possibilité de transformer l'instabilité en force : « Entre les différentes collectivités où j'ai travaillé, et cette année en ayant eu deux emplois, en passant de l'un à l'autre dans la même journée, tout en suivant les cours à l'IUFM, j'ai développé mes capacités d'adaptation. Bien entendu, maintenant j'ai besoin d'avoir une place, car jusqu'à présent je n'en jamais eu réellement. Mais toutes ces expériences m'ont appris à prendre de la distance et à profiter du moment présent. J'ai une vison très positive et très optimiste du changement professionnel ! »

Reste cependant la question de la mise en valeur par la collectivité de ces expériences multiples, « si une personne a envie de changer de voie cela devrait être mieux valorisé, et devrait être accueilli aussi comme une chance par les employeurs, comme une qualité, la preuve que cette personne peut non seulement s'adapter mais aussi sera capable de gérer des missions un peu différentes de celles, initialement pensées, pour des gens ayant un parcours classique et linéaire. Mais cela ne s'applique que si le changement est voulu par l'individu et n'est pas subi. »


 

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