Portraits pictaviens "Changer de voie" (8/15)

A l'occasion des débats organisés à Poitiers sur le thème "Changer de voie" du 27 au 30 septembre à l'Espace Mendès France, L'université d'été 2010, est allé à la rencontre de quinze personnes habitant Poitiers pour leur demander ce que leur inspirait l'expression "Changer de voie"Portraits pictaviens "Changer de voie" (8/15) : Mounir, 32 ans

A l'occasion des débats organisés à Poitiers sur le thème "Changer de voie" du 27 au 30 septembre à l'Espace Mendès France, L'université d'été 2010, est allé à la rencontre de quinze personnes habitant Poitiers pour leur demander ce que leur inspirait l'expression "Changer de voie"

Portraits pictaviens "Changer de voie" (8/15) : Mounir, 32 ans

 

 

Mounir, 32 ans

 

Mounir a changé de voie professionnelle récemment, « j'étais musicien et comédien professionnel et j'ai trouvé que c'était un métier très compliqué, plein de concessions qui me demandait beaucoup trop. J'ai donc décidé de changer de voie mais sans nécessairement avoir en tête un nouvel objectif pensé et déterminé. » Mounir avait rejoint Paris pour se professionnaliser et son retour àPoitiers a été de pair avec sa décision de trouver un nouveau domaine d'activité.

 

Il a entendu parler d'un poste dans le social et l'idée de travailler dans un domaine inconnu, de rencontrer des personnes venant d'univers très différents du sien a fait son chemin, il a donc postulé et a obtenu un poste de surveillant en CDD.

Mounir a commencé directement, sans formation et s'est beaucoup questionné sur son rôle « au début tu te sens responsable de tout ! » mais a trouvé que cet apprentissage sur place a été paradoxalementtrès fertile.

Mounir travaillemaintenant dans l'accueil d'urgence de personnes signalées par le CCAS ou le Samu social, « soit des gens qui n'ont plus de maison, ou qui ont un problème d'alcool ou de drogue, ou encore qui sortent du milieu carcéral et qui ne savent simplement pas où aller. »

Le changement de voie pour les personnes avec qui il travaille, Mounir a du mal à le concevoir :

« tout reste possible bien entendu, mais ce sont des personnes avec un passif extrêmement lourd. Sans être fataliste, la plupart du temps ce sont des gens coincés, piégés par leurs difficultés et vivant une réalité très éloignée de celle que l'on peut connaître lorsqu'on est socialement intégré ».

Bien entendu, la tentation est grande de vouloir que ces personnes rejoignent une norme rassurante,

« personnellement, c'est toujours tentant d'essayer de les motiver, de leur donner des conseils. Mais on ne peut pas être intrusif et l'idée est d'essayer de les aider à changer de voie mais que la démarche soit la leur, sinon c'est voué à l'échec. Je suis là seulement pour les accompagner vers une autonomie. »

 

Dans le domaine social, Mounir a le sentiment que les conditions de travail ne vont pas en s'améliorant « il va falloir que l'on se serre la ceinture. Là où je travaille nous avons par exemple deux bureaux pour neuf personnes : trois éducateurs, quatre surveillants, un responsable et une maîtresse de maison, parfois ce n'est pas évident... »

 

Mais Mounir se sent bien dans ce nouvel univers et imagine y rester longtemps, cependant il n'exclut pas l'idée de changer une seconde fois de voie plus tard. Cette expérience lui a apporté une vision positive du changement « je n'avais ni diplôme ni expérience, mais à l'entretien la responsable m'a écouté, j'ai eu la chance de me pouvoir me recycler dans un nouveau domaine sans grande difficulté. Du coup je vois le changement professionnel comme une opportunité d'apprendre. Si on laisse aux gens la possibilité de changer, cela ne peut-être que bénéfique. Pour moi cela aura été une chance mais d'un point de vue collectif c'est très dur ! Collectivement on ne peut pas poser la question de la même manière. En théorie on nous encourage au changement mais dans les faits il faut se battre tout seul. »

 

Mounir a le sentiment qu'un changement de voie collectif est déjà bien amorcé mais ne le ressent pas comme une évolution positive, « on se croit moderne, mais on est en train de régresser, sur la question des acquis sociaux par exemple. J'ai le sentiment que l'être humain a régulièrement besoin de se vautrer pour réaliser ensuite ce qu'il a perdu... et lorsqu'on vit à la fin d'un cycle... il faut croire que les suivants seront plus intelligents...»


 

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