Portraits pictaviens "Changer de voie" (10/15)

A l'occasion des débats organisés à Poitiers sur le thème "Changer de voie" du 27 au 30 septembre à l'Espace Mendès France, L'université d'été 2010, est allé à la rencontre de quinze personnes habitant Poitiers pour leur demander ce que leur inspirait l'expression "Changer de voie"Portraits pictaviens "Changer de voie" (10/15) : Jean, 60 ans

A l'occasion des débats organisés à Poitiers sur le thème "Changer de voie" du 27 au 30 septembre à l'Espace Mendès France, L'université d'été 2010, est allé à la rencontre de quinze personnes habitant Poitiers pour leur demander ce que leur inspirait l'expression "Changer de voie"

Portraits pictaviens "Changer de voie" (10/15) : Jean, 60 ans

Jean, 60 ans

 

 

Jeanest ingénieur au service de l'équipement à Poitiers où il vit depuis presque dix ans. De par sa profession il a souvent changé de voie tant sur le plan domaines d'activité que géographique, ce qu'il a apprécié dès le début,

« je l'ai vécu très bien, d'autant qu'après avoir quitté ma Picardie natale cela a été pour rencontrer mon épouse ! Comme elle est originaire des Deux-Sèvres, je suis allé me promener dans les Deux-Sèvres ! » Ils sont tout d'abord restés sept ans dans la Vienne puis « nous avons fait tout un périple en France, en passant par Niort, par Limoges, un petit retour en Picardie à savoir Beauvais puis Amiens et nous sommes revenus à Poitiers après vingt ans d'absence ».

Lafonction publique n'était pas un but en soi, mais simplement une suite logique des études et des concours, « c'était surtout par intérêt pour le travail, j'exerce le métier dont je rêvais petit quand je passais devant le bureau des Ponts et Chaussées. »

Jeana donc trouvé très tôt sa vocation « mais j'ai changé de voie tout de même, dans ma vie professionnelle j'ai fait des choses très différentes : je me suis occupé de routes, d'habitat social, d'urbanisme (permis de construire, et planification, prospective), de politique de la ville, voire maintenant de voies ferrées. » s'accompagnant sur le plan personnel de changement géographique

 

Changer de voie lorsque l'on bâtit des routes, est une expression qui inspire. Jean reste passionné par cet univers « les voies, les routes sont un moyen de communication, de rencontres entre les gens ». Il est un témoin direct des évolutions dans la pratique et la transmission de son métier « ne serait-ce que dans la construction des routes, la question de l'environnement est beaucoup plus prégnante. »

Les règlementations ont changé tout au long de sa carrière et Jean pense qu'il faudrait améliorer encore le travail de repérages en amont.

La communication avec les usagers sur un projet reste très importante pour le faire accepter car l'impact sur l'espace est une forme de "changer de voie". En l'occurrence pour construire une nouvelle voie « souvent, la première réaction c'est de ne voir que les côtés négatifs et les inconvénients que cela va générer. Plus on va à leur contact, plus on leur explique mieux c'est. Le temps long qu'il faut pour réunir tous les éléments inquiète parfois les publics, qui se demandent ce que l'on fait, pourquoi ça n'avance pas, etc. Mais le jour où l'on est suffisamment avancé pour répondre et que l'on expose les résultats et les motifs, généralement tout se passe mieux. »

Les usagers des routes écrivent beaucoup aux différents services, « actuellement dans le Poitou-Charente, j'ai la chance d'avoir des gens qui écrivent plutôt par impatience pour savoir quand le projet va commencer. On est aussi souvent pris à partie par des personnes qui ne sont pas celles qui vont emprunter la route, à savoir les propriétaires des terrains ou riverains qui sont inquiets. La difficulté est alors d'être confrontés à des logiques très différentes, qui peuvent s'opposer»

Face au phénomène d'urbanisation actuel, la problématique change d'échelle «changer de voie c'est une question que l'on doit se poser dans la gestion des transports, car la réponse peut être de densifier un peu plus la ville où il y a des possibilités de liaisons avec les transports en commun plutôt que de voir la population s'éparpiller à vingt ou trente kilomètres et chercher à répondre vainement aux besoins. »

 

Jean sera à la retraite dans deux ans et bien que toujours aussi intéressé par son métier de bâtisseur de voies, il dit attendre avec sérénité ce changement qui sera l'occasion d'avoir enfin le temps de faire « tout ce que j'essaye de faire le week-end et que je n'ai jamais le temps de faire vraiment. Ce changement de voie sera l'occasion d'avoir une meilleure disponibilité pour aller au fond des choses et de m'engager dans d'autres voies, comme par exemple la vie associative. »

Entretien réalisé à Poitiers (été 2010) par Marine Sentin et Sébastien Gaudronneau

 

 

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