Portraits pictaviens "Changer de voie" (11/15)

A l'occasion des débats organisés à Poitiers sur le thème "Changer de voie" du 27 au 30 septembre à l'Espace Mendès France, L'université d'été 2010, est allé à la rencontre de quinze personnes habitant Poitiers pour leur demander ce que leur inspirait l'expression "Changer de voie"Portraits pictaviens "Changer de voie" (11/15) : Lilyan, 28 ans

A l'occasion des débats organisés à Poitiers sur le thème "Changer de voie" du 27 au 30 septembre à l'Espace Mendès France, L'université d'été 2010, est allé à la rencontre de quinze personnes habitant Poitiers pour leur demander ce que leur inspirait l'expression "Changer de voie"

Portraits pictaviens "Changer de voie" (11/15) : Lilyan, 28 ans

 

Lilyan, 28 ans

 

Changer de voie ? La question parle à Lilyan : à 15 ans il obtient un CAP-BEP de pâtissier, mais le métier ne le passionne guère. Il passe alors deux bacs pro en informatique à défaut de trouver un BTS dans ce domaine, mais ne trouve pas d'emploi. Par l'intermédiaire de sa famille il « atterrit un peu par hasard » dans ce magasin rare de fabrication de parapluies artisanaux situé dans la Grand rue de Poitiers (il n'en n'existe plus que deux autres en France à Auriac et Cherbourg). Lilyan commence par la vente, et peu à peu se faufile dans l'atelier. La boutique, fondée par une femme, Angelina, en 1882 s'est transmise sur 4 générations de mère en fils et de fils en fils. Les enfants des actuels dirigeants ne sont pas vraiment passionnés par la métier. Lilyan reprendra donc peut-être la boutique, comme cinquième génération d'adoption « C'est un honneur ! C'est un privilège de pouvoir apprendre un beau métier artisanal, qui a de l'avenir ».

 

Fabricant de parapluie artisanaux, un métier qui a de l'avenir ? Il semble bien que oui. Car la boutique âgée de 128 ans se porte bien,

« les gens changent de voie, ils reviennent vers les produits de qualité, comme les produits bio. Ici, ils recherchent l'originalité, et la solidité surtout. Maintenant, ils préfèrent mettre un petit peu plus d'argent et avoir un parapluie qui va durer plusieurs années. S'ils ont un souci, ils reviennent le faire réparer chez nous. »

Pour Lilyan les artisans ont à nouveau de beaux jours devant eux, les consommateurs reviennent vers eux, lassés par les produits de mauvaise qualité et surtout motivés par les problématiques écologiques, pour consommer localement et générer moins de déchets : « dans mon entourage, de plus en plus de jeunes recommencent à faire leurs courses au marché par exemple ».

Lilyan est très reconnaissant à ses patrons de bien vouloir lui transmettre leurs savoirs, de prendre le temps de l'accompagner avec conviction dans cette nouvelle voie.

Il imagine son avenir dans cette boutique et les responsabilités liées à l'indépendance de l'artisan ne l'inquiètent pas plus que cela « il y a une qualité de métier, le fait de travailler dans une bonne ambiance ,certes il y a des charges, mais c'est comme partout, tout le monde paye ! Bien sûr, si il y en avait un tout petit peu moins ce serait encore mieux. »

Grâce aux connaissances acquises dans ses « vies précédentes », Lilian est en train de mettre en place un site Internet car une partie non négligeable de la clientèle est composée de touristes et ce site sera aussi une façon de relayer leur bouche-à-oreille au-delà des murs en pierre de la vieille ville.

« Plus de changement de voie en perspective pour moi, j'ai trouvé la mienne et j'en suis heureux ». Quant aux changements collectifs, ce métier qu'il apprend avec passion a une place particulière, atypique qu'il lui est difficile de mettre en perspective avec une situation générale.

Lilyan espère que ses futurs enfants voudront bien composer la sixième génération defabricants de parapluies à Poitiers et suivre la voie tracée, « mais on va déjà commencer par s'occuper de la cinquième génération ! »


Entretien réalisé à Poitiers (été 2010) par Marine Sentin et Sébastien Gaudronneau

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