Vlad Troitskyi, un théâtre de vie

Viï - le roi terre © X, DR Viï - le roi terre © X, DR












Qu’il s’appuie sur Shakespeare ou Gogol, ce metteur en scène qui a fait flamboyer le théâtre ukrainien nous raconte son pays, nous en fait découvrir les complexités et contradictions.

Né en Russie, Vlad Troitskyi grandit en Ukraine. À Kiev, où il suit l’École polytechnique, tout en fréquentant la scène. Après s’être perfectionné au GITIS de Moscou, il revient et fonde le Théâtre Dakh. Autrement dit « le Théâtre sur le toit » puisque c’est à l’air libre sur le toit d’un immeuble de la capitale ukrainienne que tout commence. Puis il s’installe en périphérie, dans une salle vraiment petite (60 places). En 2004, vient se joindre le Groupe DakhaBrakha, qui mêle folklore et musiques d’aujourd’hui. En 2007 Vlad Troitskyi lance le Festival Gogol, qui chaque année pendant un mois, entraîne spectateurs et acteurs dans sa fête.


UN GRAND VOYAGE
Gogol, mais aussi Shakespeare, ont inspiré les deux oeuvres qu’il nous présente. Avec Le Roi Lear - prologue, il s’agit d’un spectacle purement visuel et musical, autour d’un thème essentiel de la pièce : famille, amour et trahison, avec ses personnages centraux: les trois filles du roi. Ici, un trio de femmes en robes de mariée, chantant au coeur d’un étrange rituel païen, patchwork d’influences diverses. Sur fond de musiques non moins diverses jouées live par « l’ethno-chaos-band », le DakhaBrakha, on pense aux marionnettes japonaises du Bunraku, manipulées à vue… Manipulation, mélange qui reflètent la situation aujourd’hui en Ukraine. C’est encore autour d’une jeune fille que tourne l’histoire de Viï-le roi terre. Elle est mourante, demande à être veillée par un jeune philosophe élève d’un séminaire, lequel bientôt se rend compte qu’en fait, elle est la sorcière qu’il croyait avoir tuée. Et c’est là qu’il rencontre une créature abominable, venue à la demande de la jeune morte : Viï, le chef des gnomes…

Selon vous, de quoi parle Viï?


VLAD TROITSKYI: Il ne s’agit pas seulement d’un conte d’épouvante, mais avant tout d’une histoire qui porte à la réflexion, et que depuis longtemps, je voulais aborder. Cela dit, je ne mets pas en scène le texte littéral de Gogol, je m’appuie sur le travail du dramaturge Klim, autour de quelques thèmes. Tout d’abord: la femme. Qu’est-ce que la femme, principalement en Ukraine ? Et puis je veux insister sur les rapports, les liens entre les individus d’une même culture ou de cultures différentes, y compris traditionnelles. Je ne tiens pas à mettre en avant les traditions, je voudrais dire d’où nous venons, qui nous sommes. Ce n’est pas le folklore qui m’intéresse, c’est la vie. Dans sa réalité. Je voudrais montrer une Ukraine inconnue. Une Ukraine différente de l’image que l’Europe peut s’en faire. Pour moi, ce pays n’est pas compris. Tout au moins il est mal compris. À travers cette création, je souhaite éclairer le côté mystique de la culture ukrainienne, mais pas seulement. C’est-à-dire que je souhaite m’appuyer sur le conflit entre la tendance européenne – que je perçois comme raffinée, délicate – et quelque chose d’autre, pas encore entaché par une « pseudo civilisation ». Une culture proche de la terre.

Vous montez Vïi avec deux comédiens francophones, pourquoi?

V. T. : C’est l’histoire d’un voyage, celui de deux étrangers en Ukraine. Les deux comédiens francophones incarnent parfaitement ces personnages. Pour les préparer, je les ai emmenés dans les Carpates, et je les ai laissés, seuls, dans des conditions assez sévères. Se trouver là-bas, sans connaître la langue ni personne, c’est un peu comme se perdre dans la jungle. À mon avis, pour eux comme pour le spectacle il est essentiel d’avoir vécu cette expérience, loin de la civilisation, proche de la terre, du peuple. Proche du rite.


D’après le dossier presse de Vidy-Lausanne


Viï - le roi terre

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