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Illustration 1

UN PALIMPSESTE
Rencontre au sommet entre Akram Khan et Israel Galván, deux artistes de haute intensité qui puisent à la racine du kathak et du flamenco la vitalité d’un échange organique.
L’alliance entre Akram Khan et Israel Galván, à la forge d’un spectacle commun, scelle d’emblée la promesse d’une « rencontre au sommet » entre deux artistes de haute intensité. Parfois les sommets se souviennent qu’ils ont des racines. La chose semble évidente avec Israel Galván, et lui-même parle d’un « respect presque religieux » pour le flamenco qui coule dans ses veines sévillanes, quand bien même son « baile » ne ressemble à aucun autre. Akram Khan, pour sa part, s’est affirmé comme chorégraphe dans le champ de la danse contemporaine. Mais s’il est né à Londres, il est issu d’une famille bangladaise et a d’abord fourbi son corps, très jeune, à l’exigeante rigueur du kathak, cette danse originaire du nord de l’Inde. Encore aujourd’hui, nous indique-t-il : « Le kathak est une source d’inspiration. Cela ne signifie pas que tout ce que je fais, en tant que chorégraphe, soit basé sur le kathak mais, à titre personnel, cela reste mon entraînement quotidien. » Au-delà de leurs personnalités, la rencontre entre Akram Khan et Israel Galván vient mêler des géographies corporelles qu’une lointaine origine réunit peut-être. « La première fois que j’ai vu, en vidéo, un solo d’Akram Khan, j’ai eu l’impression de voir un ancien bailaor de flamenco ; je me suis dit que le flamenco venait de ces racines-là », confie Israel Galván. Plus circonspect, Akram Khan évoque de précédentes tentatives pour fusionner sur scène danse indienne et flamenco, qui ne lui étaient guère apparues très probantes. Et ce fonds commun, s’il a jadis existé, s’est ensuite ramifié de façon très distincte. Pour Israel Galván, il y a chez le danseur de flamenco une « agressivité » corporelle, une volonté de terrasser le public, ainsi qu’un dépassement de soi (« il faut laisser un peu de sa vie, sinon ce n’est pas du flamenco, ça ne se transmet pas », dit-il) ; quand le kathak, plus « spirituel », selon Akram Khan, tiendrait de l’offrande. Différence de cultures, différence d’intentions, qui n’empêchent pas qu’existent des « similarités » dans le vocabulaire physique où s’expriment kathak et flamenco. De toute façon, TOROBAKA n’est pas simple lecture-démonstration des affinités et divergences de chaque style de danse. Trouvant une forme de synchronicité dans le sens du rythme davantage que dans leurs mouvements respectifs, Akram Khan et Israel Galván partagent (dans une sorte d’arène dessinée par un cercle de lumière qui passe du rouge au bleu) ce qui fonde une même quête d’expressivité. Sans souci d’authenticité quant à ce qu’aurait été une forme « originelle », ils mènent à l’instinct une quête organique où le corps semble se souvenir de figures archaïques autant qu’il invente de nouvelles parades. Dialogue à l’unisson, en miroir ou en écho, profondément attisé par des scansions rythmiques (Bobote et B C Manjunath) et par le chant prodigieusement atemporel qui s’incarne dans les voix de Christine Leboutte et de David Azurza, conférant une dimension rituelle, voire sacrée, au palimpseste dansé par Akram Khan et Israel Galván. Un duo comme un libre apprivoisement d’énergies et de lignes dont la vigueur excède tout académisme.
Jean-Marc Adolphe
TOROBAKA AKRAM KHAN & ISRAEL GALVAN du 16 décembre au 5 janvier

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