UN RÉPERTOIRE STYLÉ

 © Michel cavalca © Michel cavalca
Au fil des années, le Ballet de l’Opéra national de Lyon est devenu un ambassadeur de choix de l’univers de William Forsythe, alias « Bill ». Entre « classique » et contemporain, le chorégraphe a souhaité partager le programme qui lui est consacré avec Benjamin Millepied.

ENTRETIEN AVEC YORGOS LOUKOS
Directeur artistique, depuis 1991, du Ballet de l’Opéra national de Lyon, Yorgos Loukos a su déployer un répertoire d’une extrême variété interprété par une compagnie de personnalités hors pair. Zoom sur un programme de choc qui croise William Forsythe et Benjamin Millepied.

Comment s’est construite cette soirée de danse composée de différentes pièces de William Forsythe et d’un ballet signé Benjamin Millepied?
YORGOS LOUKOS: Au départ, ce programme devait être uniquement consacré à William Forsythe. Mais il a souhaité que certains chorégraphes soient associés au portrait que lui consacre le Festival d’Automne à Paris; je lui ai alors proposé d’inclure Sarabande de Benjamin Millepied dans le programme présenté au Théâtre de la Ville. La pièce est suffisamment classique, très dansée aussi, pour aller avec les pièces de Forsythe qui aime aussi valoriser et soutenir de jeunes chorégraphes.

Quelles sont les caractéristiques des pièces choisies par Forsythe : Workwithinwork (1998) et One Flat Thing, Reproduced (2000), toutes les deux déjà inscrites au répertoire du Ballet de Lyon?
Y. L. : Voir les deux permet de mesurer l’évolution du vocabulaire et de l’écriture de Forsythe. Workwithinwork (1998), pour quinze danseurs, joue sur une certaine douceur et montre le nouveau mélange des techniques que William Forsythe a peu à peu mis au point. Il n’a jamais eu peur de rien, en particulier d’intégrer à son style tout ce qu’il a découvert au cours de sa vie et de son parcours, comme par exemple le jazz, le « release » de l’Américaine Trisha Brown, cette façon de laisser tomber le corps comme si le vent soufflait dessus. Ce qui donne chez lui cet aspect incroyablement déhanché et disloqué. Tandis que One Flat Thing, Reproduced (2000), avec ses quatorze interprètes et ses vingt tables sur scène, contient une certaine violence, une force qui déménage dans tous les sens du terme. C’est un coup de poing, une pièce unique en son genre dans le parcours de Forsythe. Entre ces deux extrêmes, Sarabande, pour quatre interprètes, introduit une sorte d’équilibre.

Comment s’est bâti le répertoire Forsythe que le Ballet de l’Opéra de Lyon est l’une des rares troupes de danse à interpréter depuis 1985?
Y. L. : Cela fait maintenant trente ans que je collabore avec Bill (William). Nous avons une relation amicale et de nombreux points communs. Nous avons été danseurs classiques tous les deux, sommes passionnés par le contemporain et n’avons jamais pensé que les deux techniques étaient contradictoires, bien au contraire. Je pense que William Forsythe est le « classique » le plus ouvert au contemporain et inversement. La compagnie, qui a même dansé Forsythe à New York au début des années 1980 et est devenue une sorte d’ambassadeur du chorégraphe, peut interpréter actuellement une dizaine de pièces de différentes époques, dont Limb’s Theorem, créé en 1990, qui se danse sur pointes pour les filles. Ce programme permet d’évaluer la compagnie, son niveau technique, son évolution.

Entretien réalisé par Jeanne Liger

Workwithinwork I One Flat Thing, Reproduced I Sarabande du 17 au 26 novembre

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