Souffle éternel, riz d'aujourd'hui

En faisant d’une rizière son champ chorégraphique, le "Cloud Gate Dance Theatre of Taiwan" capte la grâce de l’instant par une respiration immémoriale. Par Thomas Hahn. Au Théâtre de la Ville, du 21 au 24 avril.

cloud-gate-aff-web
Lin Hwai-min n’est autre que l’ambassadeur véritable de Taïwan, île-État qui mise sur la culture pour affirmer son autonomie visà- vis de la Chine continentale. Depuis ses débuts en 1973, le Cloud Gate Dance Theatre, première compagnie de danse contemporaine de culture chinoise, est devenu un symbole comme Anne Teresa De Keersmaeker l’est pour Bruxelles, comme Cunningham le fut pour New York et Pina Bausch pour l’Allemagne.

La danse du Cloud Gate, où fusionnent techniques traditionnelles et modernes, n’est pas seulement l’expression de l’âme taïwanaise. Elle a aussi forgé une part importante de l’identité actuelle de l’île, jusqu’à la création de Rice, pièce maîtresse imaginée pour fêter les quarante ans de la compagnie. Lin Hwaimin, qui a rencontré la danse moderne à New York à la fin des années 1960, figure aujourd’hui dans les manuels scolaires taïwanais et une comète découverte en 2010 par l’observatoire national de Taipei porte le nom de sa compagnie.

« Aux portes des cieux »: le parcours artistique du Cloud Gate n’a cessé de révéler la dimension philosophique et spirituelle de ce terme. En effet, les créations de Lin Hwai-min n’ont cessé de gratter les nuages tout en restant sensibles au lien entre l’homme et le sol ainsi qu’au rythme de la nature et de la vie. En découvrant Rice, on ne peut s’empêcher d’y voir une oeuvre qui résume un cycle de créations et l’ouvre vers de nouvelles aventures. En janvier 2015, le Cloud Gate a emménagé – enfin! – dans son propre théâtre, construit à Taipei au sommet d’une colline pour accueillir Lin et ses 120 collaborateurs.

Tout au long de Rice, les quatre décennies du Cloud Gate se reflètent dans les quatre temps de la culture du riz. En amont, Lin et ses danseurs sont allés travailler dans les champs aux côtés des paysans pour s’imprégner de leurs gestes ancestraux. Ils les ont ensuite croisés avec ceux de la danse contemporaine pour en tirer une pièce qui, plus que jamais, permet au spectateur occidental d’adopter à son tour cette respiration asiatique profonde. Aussi les danseurs incarnent-ils les pousses de riz, le vent, l’eau et le feu. Emplie de la grâce de la nature, leur danse sobre et poétique irrigue les images sublimes filmées par Chang Hao-jan, dit Howell. Le cinéaste a passé deux ans à suivre l’évolution d’un même champ de riz, à Chihshang dans le sud-est de l’île, endroit choisi parce que les paysans y sont passés d’une agriculture industrielle aux méthodes douces et durables. Aussi Rice résume-t-il tout l’engagement de Lin pour les arts et pour la vie.

Thomas Hahn

Rice par le Cloud Gate Dance Theatre de Taïwan du 21 au 24 avril au Théâtre de la Ville

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.