QUAND LA DANSE SE FAIT OFFRANDE

Pour le 40e anniversaire de sa compagnie Sankai Juku, Ushio Amagatsu compose un paysage en mouvement, et cultive une symbolique qui mêle terre, eau, vent et feu dans un même élan.

sankai-aff-web
Comme à son habitude, Ushio Amagatsu a trouvé le titre de sa dernière création quelques heures avant la première au Performing Arts Center de Kitakyushu (Japon) en mars 2015 : ce sera MEGURI. Bientôt complété d’un sous-titre des plus évocateurs : Teeming Sea, Tranquil Land (exubérance marine, tranquillité terrestre). Ushio Amagatsu offre au regard une de ses plus belles pièces célébrant en beauté le quarantième anniversaire de sa compagnie Sankai Juku (« l’atelier de la montagne et de la mer »). L’une des plus dansée également. « J’ai osé mettre plus de mouvements. Comme si une force extérieure animait les interprètes », résume-t-il. Fidèle à sa méthode de travail, le chorégraphe alterne sur le plateau découpé de lumières les solos et les ensembles, le tout formant un paysage en mouvement. Son regard sur la nature enrichit MEGURI d’une palette d’influences autant que de couleurs. Ushio Amagatsu revendique une symbolique qui mêle terre, eau et vent, feu dans un même élan. Le sable ici est d’un bleu profond, les parois murales semblent vivantes, comme irriguées de sang. Ushio Amagatsu parle d’ailleurs de crinoïdes pour évoquer le décor : des animaux marins ressemblant à des plantes. Questionné sur ses références il aime ainsi citer le peintre Vermeer pour ses nuances ou le philosophe Gaston Bachelard dont il apprécie les écrits, preuve de son éclectisme. Il fait bon alors se perdre dans les mondes intérieurs de Sankai Juku. Le rituel à l’oeuvre dans MEGURI qui emprunte au butô, tout en s’autorisant des échappées belles inédites, voit les interprètes pris dans un entrelacs de transes, sauts ou gestes comme suspendus. Il faut dès lors être attentif à cette lenteur étudiée qui dialogue avec la virtuosité de l’écriture chorégraphique. Ushio Amagatsu est à sa façon un artiste peintre qui manie le subjectif comme l’universel : « Je suis japonais mais je crois qu’en art l’universalité existe. Je pense mes créations à partir de cet aspect commun à tout homme. » MEGURI - Teeming Sea, Tranquil Land est un témoignage précieux de l’un des plus grands artistes de notre époque. Une réflexion sur le temps et sur notre environnement.
La danse ici se fait offrande. « Une fois donnée, mes créations appartiennent au public », dit-il encore. Parole d’un sage devenu chorégraphe. Sankai Juku porte haut les mots d’Ushio Amagatsu.

Philippe Noisette

 

Meguri par Sankai Juku création du 23 juin au 2 juillet au Théâtre de la Ville

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.