Hofesh Shechter offre à huit jeunes danseurs une création mondiale et la reprise de deux de ses premières pièces, et retrouve le jus et la saveur des débuts.
Pour la cinquième fois à l’affiche du Théâtre de la Ville, le chorégraphe Hofesh Shechter présente une soirée historique et spéciale pour huit jeunes danseurs. Au programme: deux pièces de ses débuts et une création taillée dans la même veine juvénile et fonceuse.
Dans quel contexte avez-vous décidé de remonter vos premiers spectacles créés au début des années 2000? Constituent- ils des pièces d’identité de votre écriture?
HOFESH SHECHTER: En intégrant dans la compagnie des danseurs juniors, il m’a semblé pertinent de leur donner des clés de mon travail et de mon style en leur apprenant mes premières pièces. Ils ont pu ainsi avoir un aperçu de la manière de sentir les mouvements, savoir d’où ils viennent. J’ai souhaité ensuite leur offrir quelque chose de neuf et entreprendre une véritable recherche avec eux, sachant que les fondations étaient là et que nous pouvions construire par-dessus. Ces trois pièces leur permettent de faire des expériences variées.
Quels sont les points communs entre vos premières pièces et la création?
H. S. : Fragments (2003) met en scène une relation intime. Cult (2004) a pour thème les jeux de pouvoir dans la société et les luttes qu’ils entraînent. Toutes les deux évoquent le fait de se protéger, de se cacher, de s’abriter. Elles suggèrent qu’un événement terrible est arrivé quelque part à l’extérieur et que les individus se replient sur eux-mêmes ou en petits groupes pour se sécuriser. D’une certaine façon, la soirée dans sa globalité met en jeu le sentiment d’être perdu, que l’on soit à l’intérieur ou à l’extérieur d’un groupe ou d’une structure. La création tente d’ailleurs de montrer un groupe de personnes s’évertuant à faire corps pour donner du sens à leur vie et accéder à une certaine harmonie sociale.
Pour quelles raisons avez-vous décidé de collaborer avec de jeunes interprètes?
H. S. : J’ai commencé la danse très jeune. J’ai alors entraperçu une issue dans une vie dont je ne savais pas vraiment ce que j’allais en faire. Montrer cette porte à d’autres est quelque chose que j’aime beaucoup. Depuis que nous avons commencé ce processus, j’ai été submergé par l’appétit et l’esprit de compétition de cette nouvelle génération alors que je ne pouvais malheureusement offrir que quelques places. Pendant les auditions, je me suis senti incroyablement inspiré et impressionné par leur habileté et leur talent. Frustré aussi par le manque d’opportunités qui s’offrent à eux. Ce serait pour moi un honneur de travailler avec d’autres de ces jeunes, de les entraîner, de les payer, pour leur donner la possibilité de développer tout leur potentiel de danseur et en retour, profiter de leur intense énergie au travail.
Comment ces rencontres ont-elles nourri la création?
H. S.: Je désirais revenir à quelque chose de plus simple, retrouver en quelque sorte le jus et la saveur des débuts en travaillant d’une façon plus resserrée et calme. Collaborer avec un petit nombre de jeunes danseurs m’a ramené à cette époque-là.
Propos recueillis par Jeanne Liger
deGeneration d’Hofesh Shechter du 4 au 20 mai au Théâtre des Abbesses