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Illustration 1

En trois pièces-tableaux, Dave St-Pierre chorégraphie l’humain, l’amour, la vie et la mort.

LA PORNOGRAPHIE DES ÂMES
Petites histoires de gens simples vivant des petits drames prenants. Scrutées à la loupe, elles passent d’une ampleur démesurée à l’infiniment petites. Mais finissent toujours par nous toucher. Des hommes et des femmes décharnés, enjoués, faibles, beaux, heureux, déchirés, sacrifiés, désarticulés et indubitablement vivants. La scène est une fenêtre grande ouverte au voyeurisme de toutes sortes. C’est un hymne au genre humain, elle célèbre autant sa beauté que sa laideur, sa profondeur et sa superficialité. Un cadavre exquis. Un alphabet d’histoires de courses effrénées, de voix rauques, de 26 « mini-teasers », de spasmes interminables, de messages incessants, d’un cri aspiré, dont vous êtes les putes vulgaires, de fesses qui se balancent, de je-t’imite-une-dinde-tu-me-trouves-tu-bonne, de beauté de la chair qui ballotte, du couple qui se quitte, de crânes qui se fracassent au sol, de peur de mourir, de tours qui s’effondrent, de la perte d’un être cher, de grandes gambades, de cunnilingus, de danse en ligne, de feux de Bengale, de vêtements qu’on enlève, de gestes frénétiques, de lignes épurées.


UN PEU DE TENDRESSE BORDEL DE MERDE!
Sabrina vous le dira : « Je suis un humain beaucoup plus intelligent, beaucoup plus ceci, beaucoup plus cela, depuis que j’ai laissé toute cette merde de taureau de tendresse loin derrière moi. » Sinon, le reste du monde, lui, subit les assauts de l’amour. Ils suent, ils se fracassent les uns contre les autres, ils s’éclatent la gueule à coups de refus, ils hurlent, se demandent incessamment de bien vouloir les toucher, même du bout des doigts. T’as rien compris, je vais me péter la face si tu ne fais rien. On demande cette tendresse comme on peut, comme on nous l’a appris, à coup de fellations, de sperme qui déborde de notre bouche, le cul bien dans les airs et qui quémande, l’oeil un peu vide, mais toujours souriant pour ne pas faire fuir les prétendants. À force de se faire cracher dessus, de se masturber dans une forêt noire, de « wanna see my big fat pussy ? », ils finiront par comprendre que… j’avais tort et que merde, j’ai juste envie d’un dodo collé.


FOUDRES
La pire de cette rencontre inévitable entre deux êtres serait de vivre la violence subite d’un coup de foudre et de tomber éperdument
amoureux… et en mourir d’envie à vouloir en crever.
Comment faire pour survivre à ces multiples détonations que son corps me fait subir ? Pourquoi ce corps me pousse-t-il à me détruire sans que je puisse m’en rendre compte ?
Je suis dans sa peau, dans son corps, son sexe, son désir, sa pudeur, sa vie. Je ne peux en sortir. Il devra m’y sortir à force de frappes militaires, à coups de canon dans le ventre plein à craquer d’amour absolu, en me lançant ce regard qui me dit : « Ceci est sans appel, meurs et va ton chemin. » Laisse-moi pleurer en espérant que tu ne me laisseras pas tomber, que tu m’attraperas, que tu seras là pour saisir ma tête, me laisser choir dans le vide de ton ventre.
Pourquoi j’ai l’irrésistible envie de me lancer contre toi ? Pourquoi je sens cette attirance comme une faiblesse, une faiblesse qui me donne à sourire. Je déteste sentir cette euphorie, elle est comme un présage d’une tristesse qui s’amène. Tu me donnes cette envie de me lancer, les poings fermés, tête baissée, dans cette impudeur, cette façon de laisser le corps mou dans une chute qui n’a pas de fin.
Et sois certain que je me lancerai jusqu’à ce que mort s’ensuive. Que la mort me prenne en premier car je ne survivrai jamais à la tienne. Je t’aime.


Dave St-Pierre

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