Un livre d'économie comme outil politique : Le capital au XXIe siècle

Essayons de résumer le livre magistral de Thomas Piketty en quelques phrases. Aux risques de masquer sa richesse et sa subtilité : enfin un économiste qui s’exprime dans un bon français et fait un usage raisonné et raisonnable des chiffres.

Essayons de résumer le livre magistral de Thomas Piketty en quelques phrases. Aux risques de masquer sa richesse et sa subtilité : enfin un économiste qui s’exprime dans un bon français et fait un usage raisonné et raisonnable des chiffres. Mais aussi pour éviter la récupération par la médiocrité si courante chez les « experts » de l’économie,  comme dans ce billet désolant, publié il y a quelques jours,  prônant l’imposition sur le loyer « fictif » des propriétaires de leur logement au nom de l’imposition du capital. Billet entretenant, par imbécilité, idéologie, ou les deux, la confusion entre ceux qui vivent des revenus de leur seul travail et ceux qui s’enrichissent, et c’est la seule voie efficace actuellement, du « travail » de leur capital, résultant pour une part croissante, comme à l’époque de Balzac et Jane Austen, de l’héritage.

 © Thomas Piketty © Thomas Piketty
La différence observée historiquement entre le taux de rendement du capital et la croissance, en faveur du premier, conduit inéluctablement, en l’absence de mécanismes de régulation, à une concentration extrême des patrimoines et à la transformation des entrepreneurs, tant célébrés, en rentiers. Selon la belle expression de Piketty, le « passé » dévore « l’avenir ».

Au XXe siècle ce sont les deux guerres mondiales qui ont fortement réduit les patrimoines (réduction visible dans celle du rapport capital/revenu) et redonné ainsi sa place à l’avenir, mais à quel prix.

Une classe moyenne a émergé et là où le patrimoine était concentré, en 1910, dans les mains des 10% et surtout des 1% les plus riches, ne laissant rien aux 50% les plus pauvres, et pratiquement rien aux 40% en situation intermédiaire, le patrimoine s’est reconstitué, mais de façon moins inégalitaire avec une classe moyenne de 40% des personnes possédant 25 à 30% du patrimoine total, les 10% les plus riches en possédant 65 à 70% et les 50% les plus pauvres 0 à 5%.

Cet effet des deux guerres mondiales est aujourd’hui quasiment effacé, suite à la révolution conservatrice des années 1980,  et la concentration du patrimoine se rapproche dangereusement de ce qu’elle était en 1910. La quasi-totalité des richesses est par ailleurs privée, le patrimoine public étant proche de zéro si on tient compte de la dette.

La question est alors, au moins, double. Un tel système peut-il survivre sans conduire à la misère généralisée et à la fin de la démocratie ? Ou faut-il en sortir ?

Piketty propose, ce qu’il qualifie lui-même d’utopie, de réguler ce système par un impôt mondial sur le capital, dont la mise en place pourrait d’abord se faire sur des espaces régionaux, comme, par exemple, celui de l’Europe.  Cela permettrait de contrer ce qu’il a identifié, avec beaucoup de données, comme la contradiction inhérente du capitalisme : un taux de rendement du capital toujours supérieur au taux de croissance. J’avoue avoir du mal à croire à cette hypothèse qui suppose un sens de l’intérêt général et même une intelligence des faits qui semblent manquer aux oligarchies qui nous dirigent et à celles qui y aspirent.

La voie de la sortie me parait plus réaliste. Voie explorée par de plus en plus de monde et qui ne peut qu’être facilitée par l’apport des travaux de Thomas Piketty.

La lecture et le travail collectifs de ce livre sont indispensables et doivent permettre de renouveler des approches, trop basées sur des préjugés et insuffisamment étayées factuellement, qu’elles soient portées par des partis défendant des alternatives politiques ou des associations et groupes de citoyens en recherche. 

Lisez et faites lire ce livre !

 

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