Au sujet du livre Les Carnets de René Allio (1958-1975)
Les affres de la création, les doutes, la pluriactivités des cinéastes indépendants sont totalement méconnus derrière les films terminés qui traversent le temps en acquérant le statut d'œuvres clés de l'histoire du cinéma. René Allio occupe une place toute particulière à l'ombre de la Nouvelle Vague, avec une filmographie qui pense le politique à l'aune de l'histoire populaire jamais contée, qu'il s'agisse de la révolte paysanne des Camisards, de la folie criminelle de Moi Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère…, de la révolte sourde d'une épouse dans Rude journée pour la reine... Si ces films offrent encore maintenant une expérience rare de cinéma brechtien offrant la parole à ceux qui n'ont jamais eu l'opportunité de participer à l'élaboration de l'écriture de l'histoire des hommes, leur réalisation ne s'est pas faite sans souffrance pour René Allio. C'est ce que cette édition de la première partie des carnets du cinéaste rend compte, laissant peu à peu émerger la prise en considération d'une pensée créatrice en mouvement. La cinéphilie d'Allio qui ne manque pas de s'exprimer sur les films qu'il a vu, est aussi importante dans ses carnets que le cheminement de ses scénarios et ses préoccupations pour boucler le budget de la production d'un film. Même s'il est parfois question de son histoire personnelle, familiale, amoureuse, les carnets ne prennent jamais la dimension d'un journal intime, comme par pudeur et surtout l'enjeu même de ceux-ci qui se révèlent être l'outil de la réflexion de René Allio : il lui faut coucher ses idées par écrit pour que celles-ci s'élaborent, se rationnalisent. Cette lecture permet ainsi de lire entre les lignes la filmographie d'un cinéaste et de partager ses réflexions sur son époque. Ces carnets constituent un témoignage unique sur un certain cinéma de l'industrie française dans les années 1960 et la première moitié des années 1970 pour comprendre aussi comment s'élabore l'indépendance d'un regard et d'une réflexion.
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Les Carnets de René Allio (1958-1975)
édition présentée par Gérard-Denis Farcy avec la collaboration d'Annette Guillaumin, préface d'Arlette Farge
Nombre de pages : 384
Date de sortie (France) : 18 février 2016
Éditeur : éditions l'Entretemps
Collection : Horizons de Cinéma