Le zombie, témoin de la conquête du capitalisme

Quelle carte des relations humaines contemporaines dressent les films de zombies ? C'est la problématique inédite que propose d'interroger dans son essai Manouk Borzakian aux éditions Playlist Society.

Parution du livre Géographie zombie, les ruines du capitalisme de Manouk Borzakian

Sous la forme libre de l'essai, les films et séries télévisées de zombies qui ont connu depuis ces dernières décennies une nouvelle ampleur et un regain d'intérêt sans commune mesure, sont analysés avec perspicacité par le géographe Manouk Berzakian, également fondateur du blog « Géographie et cinéma ». Si la figure du zombie intéresse toujours plus de réalisateurs, de producteurs, de même que le public, c'est qu'elle constitue une parfaite illustration des dynamiques propres à notre monde moderne à travers ses processus de déshumanisation qu'entraîne cette bête immonde qui se nourrit de la cervelle de ses victimes : le capitalisme. Manouk Borzakian repose ses analyses sur la figure du zombie dans l'histoire du cinéma à travers un corpus de films loin d'être exhaustif. En effet, les plus analysés sont comme de bien entendu ceux du père tutélaire du zombie, à savoir Georges A. Romero, ainsi que le diptyque 28 jours plus tard (2002, Danny Boyle) et 28 semaines plus tard (2007, Juan Carlos Fresnadillo), World War Z (2013, Marc Forster) et les séries The Walking Dead et Z Nation. L'étude est surtout pour l'essentiel limitée à ces films récurrents, au détriment des productions audiovisuelles issues d'autres géographies du cinéma, notamment d'Amérique latine et plus particulièrement des Caraïbes où les cultes du vaudou constituent pourtant la matrice originelle du zombie moderne. Il aurait été intéressant pour élargir cette géographie de pouvoir bénéficier du regard de l'auteur sur le film cubain Juan de los Muertos (2012) d'Alejandro Brugués. Mais sous la contrainte de 128 pages, difficile d'avoir un corpus élargi de cette filmographie thématique.
L'auteur s'attache à son sujet à la fois avec le sérieux universitaire des analyses et avec la passion non dissimulée du cinéphile averti. Il vient ainsi rappeler qu'il n'y a rien d'anodin dans la création des figures fantastiques, d'autant plus lorsque celles-ci interagissent si vivement avec leur public. Chaque époque est caractérisée par ses propres croquemitaines et le zombie est un être qui occupe un espace pour interroger le sens de l'humanité de celui-ci. Car le zombie interroge la frontière et invoque comme scénario social, le repli sécuritaire sur soi ou l'ouverture vers de nouveaux horizons où prend place l'altérité affirmée comme telle. Le zombie est donc l'interrogation du lien social à l'heure où celui-ci est appréhendé comme une source potentielle d'une contagion. Un brillant essai qui ouvre de multiples portes sur de nouveaux mondes de réflexion.



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Géographie zombie, les ruines du capitalisme
de Manouk Borzakian

Nombre de pages : 128
Date de sortie (France) : 14 mai 2019
Éditeur : Playlist Society
Collection : essai / cinéma


 

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