Billet de blog 9 juil. 2022

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Sun-Ken Rock, sous les muscles la politique

Sun-Ken Rock, ou comment on peut trouver, dans un manga de baston et de postérieurs féminins, une lecture politique originale de la société coréenne et de ses travers patriarcaux, soumise à la corruption et aux trafics d'influence en tous genres.

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Sun-Ken Rock est un manga, ou peut-être un manhwa, ou une bande dessinée qui se situerait quelque part entre ces deux univers graphiques, à savoir les bandes dessinées japonaise et coréenne. C'est un manga, donc, qui appartient également à une catégorie spécifique qu'on pourrait appeler manga de baston, qui consiste à mettre en scène des affrontements, souvent à mains nues, quasi exclusivement entre hommes. C'est un très bon manga de baston, qui emprunte largement sa mise en scène au manhwa coréen, plus dynamique dans son cadrage et plus détaillé. C'est aussi un manga qui contient, assez largement pour que ça vaille la peine de l'évoquer, du fan-service. Autrement dit, des femmes dans des tenues plutôt légères et quelques scènes de sexe. Un manga de baston avec du fan-service, rien de très original jusque là, on pourrait en trouver un certain nombre sans trop d'efforts. Pour ceux qui ont passé cette présentation nécessaire, entrons maintenant dans le vif du sujet, à savoir le contexte et le sous-texte de Sun-Ken Rock.

Sun-Ken Rock © Boichi

L'action se situe de nos jours en Corée du Sud, pays natal de son auteur Boichi, maintenant installé au Japon.On y suit Kitano Ken, jeune homme japonais au passé tragique, qui décide de quitter son Japon natal pour essayer de retrouver Yumin Yoshizawa, son amour de jeunesse. Ken va vite se retrouver à Séoul dans une situation précaire, sans travail et logeant dans un goshiwon, sorte de chambre d'étudiant avec parties communes. Il se retrouve enrôlé dans un gang et propulsé à la tête de celui-ci, qui ne compte cela dit que quelques membres.

Park Tae-Soo, ancien leader du gang qui lui a confié sa place, propose une analyse cynique mais non dénuée d'intérêt des points communs qu'un gang et une nation entretiennent. Une nation ne serait autre qu'un gang qui a réussi (un peu comme une religion serait une secte qui a perduré), et serait soumise aux même jeux d'influence, de clientélisme et de corruption. Les deux entités n'hésitent pas non plus à se servir de la force pour protéger leurs intérêts et sauvegarder leur mode de fonctionnement.

C'est cette vision de la nation comme gang (et vice versa), qui va infuser le reste du manga. Ken va évidemment devoir affronter ses ennemis, mais également comprendre comment faire survivre son gang et faire tomber les autres. La société coréenne, vue par les yeux d'un geondal (membre de la mafia) ou gundal, apparaît corrompue à tous les niveaux. Les présidents d'entreprise obtiennent leur pouvoir par la corruption des politiques, qui leur retournent la faveur en faisant du clientélisme. Les groupes mafieux règnent en maître sur les casinos, qui sont seulement ouverts aux étrangers. Les groupes d'idols (constitués de plusieurs jeunes filles qui chantent et dansent) n'échappent pas à la dure loi du pouvoir et les filles doivent subir des managers et des présidents véreux, qui les utilisent autant pour leurs talents que comme monnaie d'échange. Kitano Ken sera confronté à tout ça et tracera sa propre voie au sein des entités séculaires et corrompues de la nation, à coups de poings et grâce à son maître en stratégie Park Tae-Soo. On verra aussi comment sont traités les travailleurs étrangers, souvent venus d'Asie du Sud-Est, comment l'argent et le meurtre ou l'intimidation sont utilisés pour maintenir la population sous le contrôle du gang dominant.

Ce sont tous ces aspects qui font de Sun-Ken Rock une oeuvre passionnante, même s'il s'agit avant tout d'un manga de baston avec des petites culottes.

Sun-Ken Rock, de Boichi est édité chez Doki Doki.

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