Billet de blog 20 juin 2017

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Cédric Lépine

Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux

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Un tueur en série sous le voile de l’État iranien

Entre 2000 et 2001 un tueur en série a assassiné 16 femmes dans la ville de Mashhad en Iran. Dans ce lieu considéré comme l’une des villes les plus saintes pour le chiisme, cet homme a été porté aux nues par une part de la population alors que ses victimes étaient des prostituées.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1

Parution du roman graphique L’Araignée de Mashhad de Mana Neyestani

Entre 2000 et 2001 un tueur en série a assassiné 16 femmes dans la ville de Mashhad en Iran. Dans ce lieu considéré comme l’une des villes les plus saintes pour le chiisme, cet homme a été porté aux nues par une part de la population alors que ses victimes étaient des prostituées. Le réalisateur Maziar Bahari et la journaliste Roya Karimi Majd ont mené leur enquête, enregistrant des entretiens avec le tueur en série lui-même et ses proches. Le documentaire And Along Came a Spider qui en a résulté est depuis accessible sur Internet mais interdit de diffusion en Iran. C’est en découvrant ce film que le dessinateur Mana Neyestani, à qui l’on doit déjà Une métamorphose iranienne (2012), Petit manuel du parfait réfugié politique (2015)… a voulu en proposer un nouveau témoignage sous son crayon. Ainsi, le roman graphique L’Araignée de Mashhad est une adaptation du documentaire Maziar Bahari où le tueur en série livre sans aucun état d’âme la justification de ses meurtres. Mana Neyestani décide de donner une large place dans son récit à plusieurs personnages gravitant autour du tueur en série : la journaliste qui l’interviewe, le juge chargé de l’affaire, le jeune fils du tueur, la jeune fille d’une des victimes. Ce choix permet de mettre en valeur comment les uns et les autres dans la société se positionnent face à ces crimes, qui va de l’opposition farouche à l’adhésion complice. C’est donc toute les contradictions d’un État islamique hypocrite qui sont ici mises en avant, permettant de comprendre qu’un tueur en série, au-delà du fait divers, sensé faire diversion par rapport à la réalité politique immédiate, est aussi le résultat concret engendré par l’état d’une société à un moment donné. Le roman graphique de Mana Neyestani permet, en plus du documentaire, d’entrevoir les cauchemars, les peurs qui font des individus les ennemis de l’humanité alors que d’autres deviennent ses ardents défenseurs. À l’instar du Challat de Tunis, brillant film réalisé par Kaouther Ben Hania (2012) où il était question d’un autre cas d’illuminé autodéclaré garant des mœurs islamiques en Tunisie, L’Araignée de Mashhad de Mana Neyestani libère une parole, celle d’une société, prise en otage d’abominables faits divers qui sont autant d’exercices de pression implicite du pouvoir politico-religieux.

Illustration 2

L’Araignée de Mashhad
de Mana Neyestani

Nombre de pages : 164
Date de sortie (France) : 12 mai 2017
Éditeur : ARTE ÉDITIONS / Çà et là

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