Billet de blog 28 févr. 2022

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

"Apocalypse show, quand l’Amérique s’effondre" d’Anne-Lise Melquiond

Depuis le traumatisme provoqué par le 11 septembre 2001, une foultitude de séries nord-américaines s’est engouffrée dans la thématique de l’apocalypse. Anne-Lise Melquiond en a fait son sujet de thèse, maintenant éditée en version synthétique pour Playlist Society.

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Au sujet du livre Apocalypse show, quand l’Amérique s’effondre d’Anne-Lise Melquiond

En deux décennies, l’imaginaire collectif s’est concentré sur certains thèmes, sans pour autant en inventer d’inédits. Ainsi, le cadre apocalyptique a effectivement une origine biblique comme l’explique Anne-Lise Melquiond mais sans l’effroi moderne d’une fin de l’humanité assez sombre, alors que l’Apocalypse proposait la révélation d’un Nouvel Ordre du monde et en l’occurrence le triomphe idéologique de la chrétienté et du monothéisme pour cette religion instituée. Les récits étudiés ici sont issus des séries américaines produites après le 11 septembre 2001 à l’exception de Buffy contre les vampires (Buffy, the Vampire Slayer, 1997-2003). Le succès de ces séries se juge alors à l’aune de la reconduction des saisons à l’instar de The Walking Dead ou Games of Throne et leur adéquation avec le public mondial.

Anne-Lise Melquiond saisit cette thématique pour démontrer aussi que les séries ont installé/imposé un nouveau rapport au monde à la différence des récits proposés par le cinéma. Elle inscrit cette remarque dans la thématique de l’Apocalypse développée par ces séries avec ce paradoxe que la série propose potentiellement un récit qui n’en finit jamais de finir avec ses épisodes et ses saisons alors que l’Apocalypse sous-entend une fin irrémédiable d’une histoire à l’instar d’un film de cinéma qui reposait sur le principe d’un début et d’une fin en dehors des sagas. En d’autres termes, les apocalypses développés dans ces séries sont aussi mises en scène comme une appréhension redoutée de fin de monde et la mise en scène de la nostalgie d’un monde passé. Ainsi, les épisodes post-apocalyptiques mettent en scène le fantasme du consommateur qui peut se servir comme bon lui semble sans payer et sans limite. Ces séries sont ainsi antirévolutionnaires et prônent dès lors un monde sans changement, se plaçant davantage dans des théories de fin de monde invraisemblables plutôt que des questionner les scénarios associés au réchauffement climatique et à la limite des ressources énergétiques sur terre. Ces séries sont le reflet de l’américanocentrisme des préoccupations d’un imaginaire collectif analysées avec perspicacité à l’aide d’un large corpus de série par Anne-Lise Melquiond.

Apocalypse show, quand l’Amérique s’effondre
d’Anne-Lise Melquiond

Nombre de pages : 160
Date de sortie (France) : 7 septembre 2021
Éditeur : Playlist Society
Collection : essai/séries

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte