Parution du livre La Vengeance des femmes. Entre réalité et fiction cinématographique de Dominique Memmi
Dominique Memmi prend ici en compte dans son étude quelques films de la production cinématographique française comme La Cérémonie (1995) de Claude Chabrol, Baise-moi (2000) de Virginie Despentes, Chanson douce (2019) de Lucie Borleteau, évoquant encore le phénomène de Rape and Revenge largement exploité dans le cinéma made in USA dans les années 1970 mais aussi plus timidement en France jusque dans les années 1980 comme l’illustre L’Été meurtrier (1983) de Jean Becker. Le cinéma est avant tout ici utilisé par la sociologue afin de comprendre la société mais ne constitue pas une fin en soi, même si le corpus filmique sollicité repose sur une connaissance pertinente de l’histoire du septième art.
Il ne s’agit pas d’attendre du cinéma de refléter la réalité instantanée, car souvent le cinéma offre un décalage comme le western qui glorifie une conquête et fait de l’Indien la figure du mal incarné selon une lecture raciste alors que celui-ci a été la victime d’un génocide et qu’au moment de la multiplication des westerns sur les écrans, la conquête de l’ouest s’est achevée en toute impunité. De même, Dominique Memmi rappelle que les liens de servilités domestiques à l’écran sont décalés avec le réel puisque dans les films ce sont avant tout des domestiques masculins qui dominent les représentations alors qu’ils sont minoritaires par rapport aux femmes dans la réalité, tandis que la société au milieu du XXe siècle a vu disparaître ce monde de la domesticité à domicile 24h sur 24.
C’est pourquoi les films sont plus à considérer comme les représentations des classes privilégiées quant à la révolte des personnes qu’elles continuent d’opprimer notamment dans les rapports de contraintes au travail. De la revanche des femmes domestiques incarnées à plusieurs reprises par l’adaptation sur grand écran du fait divers autour des sœurs Papin aux viols de femmes suivis d’une vengeance létale opérée par les victimes elles-mêmes au sein du Rape and Revenge, Dominique Memmi explore le dialogue qui s’opère de manière constante entre « réalité et fiction » pour comprendre la société contemporaine à travers ses propres peurs. Elle montre ainsi que ces scénarios de femmes violées qui se vengent n’ont rien de féministes, mis en scène dans la majorité des cas par des hommes en fonction de leurs propres fantasmes. La vague du Rape and Revenge se différencie dès lors du choix opéré par Yannick Bellon dans L’Amour violé (1978) où la reconstruction de la victime ne passe pas par une violence spontanée.
La Vengeance des femmes. Entre réalité et fiction cinématographique
de Dominique Memmi
Nombre de pages : 312
Format : 12,50 x 19,00 x 2,10 cm
Date de sortie (France) : 8 octobre 2025
Éditeur : PUF