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Billet de blog 7 juil. 2022

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Chemin vers la ferme en sobriété heureuse

Ce qui me réjouit dans cette nouvelle aventure c'est la diversité et la multiplicité de ces lieux : oasis en grande sobriété, bande d’anarchistes gérant une ressourcerie, collectif de paysans, association pour développer la monnaie locale, village d’alternatives... Nul doute que quiconque se met à oeuvrer pour l’alternatif trouvera le projet qui correspond à ses convictions.

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Née en 1992, j’ai eu une enfance privilégiée dans les montagnes, avec des parents ingénieurs aimant la nature (et donc écolos).

Étant bonne en maths et physique, j’ai fait une école d’ingénieur un peu « par défaut ». Mes 3 petits frères ont fait de même.

Dans le début de ma carrière j’ai cru à « la bonne volonté générale », c’est dans cette ambiance que j’ai été élevée.

Les sujets écologiques me touchaient depuis longtemps, j’avais envie de faire ma part. Je me suis particulièrement intéressée à la grande consommation sur un angle « comment la rendre durable ? ». 

J’ai enchainé 2 stages au groupe SEB, un boulot chez Shiseido et un boulot chez L’Oréal en développement de nouveaux produits. En faisant quelques concessions sur mes valeurs, en me satisfaisant de minuscules pas vers le « mieux » (plastique recyclé, réduction d’emballage),  en me disant que je pourrais avoir du poids + tard… et puis en vivant quelques chocs aussi : jeter des milliers de produits finis parce que le violet est un poil trop sombre, les arrêtes du coffret trop arrondi, une ligne de texte sortie italique… ça me semblait inconcevable/absurde/débile mais OUI ça se fait, pour satisfaire le marketing/client pour qui l'image de marque est prioritaire sur toute autre préoccupation. 

En 2019 je pars seule en Amérique du Sud pour 13 mois : alternance entre voyage et volontariats. Je rencontre des gens qui m’inspirent (ce n’était pas vraiment le cas de mon entourage professionnel avant), qui ont des projets de vie engagés, cohérents, joyeux ! 

C’est aussi un coup dur de rencontrer "pour de vrai" et à nombreuses reprises des témoins de l’exploitation occidentalocapitalistique de ces terres merveilleuses : installation de gaz de schistes en argentine, mines de lithium en Bolivie, mines d’or au Pérou, pollution de l'eau avec des métaux lourds dans le nord du Chili, pollution de l’océan et des plages à l’île de pâques avec le 7ème continent de plastique => Pollution, surexploitation des ressources naturelle et destruction des cultures locales, c’est ce qu’il se passe sur la grande majorité de ce continent-ressource.  

Je reviens en France pas moins motivée pour engager cette grande transition qui nous attend : je prends un poste chez L’Oréal (Garnier) qui consiste à faire voir le jour à des « innovations durables » : fontaine en magasin pour ré-utiliser le packaging, recharges, shampooing solide, … Ma position est déjà la suivante : si Garnier veut vraiment prendre un virage à la hauteur du problème, il faut supprimer les 3/4 de la pub et le 1/4 qui reste s’en servir pour expliquer aux gens que ce n’est pas toujours nécessaire de prendre une douche/jour. Autant dire que je dénote un petit peu et que le plastique recyclé ne me suffira plus. 

Petit à petit je prends mon poste et mon engagement enthousiaste se transforme en grosse désillusion : 
- pour les packs rechargeables on va prendre de l’aluminium plutôt que du plastique même si l’ACV (analyse du cycle de vie) nous dit bien que c’est pire parce que les consommateurs sont en plein #plasticbashing
- pour que le service qualité/hygiène valide le projet il faut forcément une machine électronique pour le remplissage et le client ne pourra pas changer de parfum en venant faire sa recharge de shampooing
- pas de remise en question du modèle de la machine de remplissage high-tech qui devra être dans tous les magasins de France (chaque marque aura la sienne d’ailleurs)…
- de toute façon ces projets sont motivés avant tout par la « tendance écolo » (donc un marché à attraper) et ne seront que des toutes petites initiatives sur lesquelles on sur-communiquera… mais ça n’ira jamais bien plus loin parce qu’ils remettent complètement en cause le modèle économique actuel (quand tu vends 4€ un produit qui a coûté 0,50€ à produire et que tu en fais 20 millions par an, c’est compliqué de passer à autre chose)
- hierarchie et marketing qui me semblent complètement « hors sol » en comparaison aux rencontres bien terre à terre avec lesquelles j’ai travaillé en Amérique du Sud
- crise du covid qui a accentué mon ressenti de décalage : je la prenais comme l’opportunité de remettre en question notre modèle (enfin) mais c’était plutôt vu comme un impact planning et budget. On nous parlait déjà de la reprise, qu’il faudrait revenir encore + fort, etc. 
- message de ma « n+2 » qui débriefe d'une réunion avec ses supérieurs et le marketing : « le dernier budget que l’on coupera, c’est la pub » 
- festival « ChangeNOW » : 2 populations distinctes entre ceux qui ont une réelle volonté d’inventer un monde différent et les aficionados de la croissance verte… et ça ne semble déranger personne de mélanger tout ce beau monde et laisser, par le flou, les idées qui empirent le problème se revêtir de l'engagement des autres. 

S’ajoute à cela le retour à Paris qui me gifle de plein fouet : j’ai l’impression d’être dans une ville de gens riches et malheureux… Quel gâchis ! 

Un évènement m’a particulièrement montré le décalage que j’avais avec mon activité. Peu de temps après mon retour d’Amérique du Sud, dans un amphi plein, on annonce que L’Oréal est reconnue AAA pour son engagement pour la lutte contre le changement climatique… C’est la seule entreprise à recevoir cette gratification pour la 4ème année consécutive.Tout le monde applaudit à bâton rompu. Je pleure à chaudes larmes. Vraiment ? Comment on peut se féliciter de quoique ce soit ? Se dire qu’on est sur la bonne voie ? Cette scène me parait sur-réaliste, j’en parle à d’autres collègues qui le pensent aussi mais bon « c’est toujours comme ça ». 

Ma révolte se transforme en crise existentielle. L’Oréal ne devrait pas exister, pas dans le monde que je souhaite. Si la raison d’être de L’Oréal était que les gens se sentent bien dans leur corps et leur tête, il faudrait commencer par arrêter les pubs et il y aurait moins de complexes dans le monde.
J’ai passé la plus belle année de ma vie avec pour seuls cosmétiques un pain de savon et un dentifrice fait maison. 
Je ne crois plus du tout à une « grande consommation verte » qui est en fait un leurre et repousse le moment de remettre en question son mode de vie et son confort (matériel, pas le confort psychologique que je trouve bien délaissé).

Mon compagnon étant cuisinier, l’alimentation nous importe beaucoup. Mais nous sommes nombreux à manger tous les jours, pourtant 1% seulement de la population travaille dans les champs qui nous nourrissent…

Bref, ciao, bye, démission : le RH me dit d’ailleurs que « on connaissait tes convictions et on reste un gros groupe industriel du CAC40 qui doit faire du profit et de la croissance ». Je prends cette phrase comme un aveu du bullshit qu’on essaie de nous mettre dans le crâne. 
Je pars à l’aventure du wwoofing, en France cette fois. Dans des collectifs principalement, car on pressent que ce mode de vie nous correspond plus que la classique maison individuelle à la campagne.
Ce qui me réjouit dans cette nouvelle aventure c'est la diversité et la multiplicité de ces lieux : oasis en grande sobriété, bande d’anarchistes gérant une ressourcerie, collectif de paysans, association pour développer la monnaie locale, village d’alternatives, …. Nul doute que quiconque se met à oeuvrer pour l’alternatif trouvera le projet qui correspond à ses convictions. 

Après une bonne année de vadrouille et de rencontres, nous nous avons finalement rejoins l’été dernier un colectif : une microferme qui est aussi un lieu d’accueil (gîtes, camping), un modèle économique qui fonctionne pour cultiver comme on l’entend (permaculture/biodynamie) et vivre en pleine nature. 

Je passe vite sur mes doutes et difficultés car ce choix de vie s’est finalement présenté comme « le seul possible », j’ai sentie être allée au bout du bout de la voie « changer le système de l’intérieur » et ça s’est terminé avec un bon burn-out qui était plutôt un grand désespoir quant à l’humain et à l'avenir. 
Ceci étant dit, c’était quand même flippant et déroutant.
J’ai eu de la tristesse à voir s’éloigner des amitiés, par manque d’intérêt commun et par écoeurement (de ma part) de toute sorte de superficialité.  
J’ai eu de la gêne à côtoyer des personnes de classes sociales invisibilisées et dénigrées dans mon monde d’avant et pourtant tellement + courageuses et méritantes qu’une grande majorité de mes précédentes connaissances. 
J’ai eu de la colère quand je me suis rendue compte de la difficulté de faire exister quelque chose de différent avec des règles du jeu existantes (la PAC, le prix des légumes fixés par les distributeurs, ...) 
Ce n’est pas facile de réaliser que mes compétences (principalement informatique/gestion de projet) ne sont plus des compétences que je reconnais comme bénéfique/utile et donc il faut que je recommence pas mal de choses de 0 pour apprendre des savoir-faire sous-reconnu aujourd’hui (cultiver ou reconnaitre les plantes communes par exemple). Un bon travail pour l’égo. 

J’ai du désespoir, encore, beaucoup (plus qu’avant) quand je me rends compte à quel point nous sommes marginaux (choc aux résultats du 1er tour des élections présidentielles par exemple) et que malgré tous ces beaux projets à contre courant, la majorité du fleuve humain va très vite droit dans le mur. Il fut un temps ou je me sentais pleine d’espoir parce que je n’avais pas du tout l’impression d’être unique (dans mes convictions et choix de vie), aujourd’hui même si de nombreux copains d’écoles se posent des questions je reste défaitiste en voyant le peu de gens qui choisissent de réellement changer leurs mode de vie et remettent en question leurs croyances... J’ai l’impression qu’il est facile de faire taire sa conscience et que l’urgence à changer est toute relative quand on est CSP+.

En espérant que ce témoignage puisse motiver d’autres personnes à passer le pas : non, nous ne savons pas où on va quand on l’emprunte, mais si on ne l’emprunte pas on peut être sur de là où on va et ce n’est pas joyeux ! Il faut réussir à trouver le courage du premier pas et ensuite à apprécier le lendemain inconnu : c’est ça la vie !   

Bonne bifurque à tous, on vous attend !!

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