Il se passe quelque chose à Bordeaux et ce n'est pas beau !

Je me plaignais dans un récent article qu'il ne se passait pas grand chose à Bordeaux. Je me trompais, lourdement. La campagne pour les municipales continue, mais au profit exclusif du maire actuel. Au prétexte de la gravité de la situation que nous vivons, la municipalité se drape dans la digité offusquée dès qu'une critique vient des oppositions : comment osent-elles faire de la politique politicienne en une telle période ? Avez-vous remarqué que c'est toujours la politique des autres qui est taxée de politicienne ?

Les communiqués pleuvent en provenance de la mairie, une cellule de crise est en place : on annonce des masques pour tous les bordelais, un port obligatoire dans l'espace public ; puis, on revient sur cette décision et les masques ne sont plus obligatoires que dans les transports publics et aux arrêts de bus et de tram ; les bordelais vont recevoir deux masques, par la poste, les adresses sont connues par le relevé de la taxe d'habitation - zut, ce n'est pas légal, vite, vite on obtient une dérogation de la CNIL - désordre tout ça. Et je ne parle pas de la gestion  de l'urgence qu'il y a à mettre des femmes victimes de violences conjugales à l'abri : un immeuble inoccupé qui aurait pu parfaitement convenir demeure toujours inoccupé.

Mais pendant ce temps, avec la complicité du groupe SudOuest, on prépare le document ci-joint tout à la gloire de l'actuel maire, distribué dans les boîtes à lettres des bordelais - 100 000 exemplaires, ce n'est pas rien, je veux dire, ça coûte des sous - qui reprend tous les codes éditoriaux du journal quotidien, ce qui ne peut qu'induire en erreur le lecteur non-averti, qui croira avoir affaire à une information objective alors qu'il ne s'agit que d'une feuille de propagande.

On ose espérer que cela laissera des traces - tant l'astuce est grossière -. Voici la lettre de Pierre Hurmic, le candidat écolo, à la tête d'une liste d'union de la gauche (mis à part la liste Poutou), qui a fait jeu égal avec le maire sortant lors du premier tour des élections de mars.

A la suite de la réception dans nos boites aux lettres de ce document publi promotionnel, Pierre Hurmic a adressé aujourd'hui une lettre ouverte a la mairie de Bordeaux et à la direction de Sud ouest, ainsi qu'à toute la presse locale. Les autres candidats en lice prévoient de critiquer également cette initiative.

Monsieur le Maire de Bordeaux, 

Monsieur le directeur de la publication Sud-Ouest,

Nous venons de prendre connaissance d’une édition spéciale de Sud-Ouest, diffusée dans toutes les boîtes à lettre de Bordeaux et réalisée en partenariat avec la ville. 

Il s’agit d’un journal de 8 pages, présenté sous la même forme que le quotidien ce qui entretient une confusion regrettable avec une édition habituelle du journal et, qui s’avère être, par son contenu, ni plus ni moins qu’un vrai journal municipal.

La priorité d’un journal n’est-elle pas de délivrer une information plurielle plutôt que se prêter à un tel exercice relayant les actions d’un maire ? 

Ce publi-reportage, dont on ne sait par qui il est rédigé, prenant l’apparence d’un journal habituel, répond plus à une opération déguisée de promotion du maire qu’au devoir d’information libre, éclairée et plurielle, s’imposant à tout organe de presse. 

On attend d’un maire qu’il utilise, dans la clarté, les canaux habituels de communication municipale nombreux, pour informer les concitoyens, et non qu’il cherche à glorifier ses actions en utilisant les apparences d’un organe de presse indépendant. 

Les finances municipales particulièrement sollicitées en ce temps de crise ne doivent-elles pas être orientées vers d’autres priorités ? 

Cette opération promotionnelle est d’autant plus grave que nous traversons la période inédite d’une campagne électorale momentanément suspendue, période pendant laquelle le débat démocratique a, plus que jamais, besoin d’être respecté.

Ce dernier est déjà amputé par la quasi absence de débat municipal public. Un seul conseil municipal avec un très léger ordre du jour, des réunions des seuls présidents de groupe et têtes de listes ou la tenue d’une commission réunie ne pouvant suppléer ce débat.

Nous voulons marquer notre désaccord profond avec ces pratiques d’un autre temps, qui ne peuvent que porter préjudice à la réputation de la rédaction de Sud-Ouest.

Nous nous tenons bien entendu à sa disposition pour envisager une couverture journalistique plurielle des initiatives prises par les uns et les autres et notamment les nombreuses associations et bénévoles particulièrement mobilisés auprès de tout ceux qui sont impactés dans cette période de crise économique, sociale et sanitaire. 

Nous vous prions de croire, Monsieur le Maire, Monsieur le directeur de la publication, à l’expression de nos salutations démocratiques. 

Pierre Hurmic, 
Pour la liste Bordeaux Respire !

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