Flâneries dans la ville

                                                                BORDEAUX, NOUVEAUX SECRETS
                                                                          ET HISTOIRES INEDITES

                                                             par Philippe Prévôt et Richard Zéboulon

                                                                        aux éditions Sud-Ouest

                         Les deux compères (Philippe Prévôt pour les textes, Richard Zéboulon pour les photos, tous les deux irréprochables dans leur style et leur regard) nous avaient régalé, il y a maintenant plus de vingt ans d'un Bordeaux insolite et secret. Il faut croire qu'il y avait encore plein de choses à découvrir en flânant dans les rues de Bordeaux car ce nouveau recueil renferme une encore belle moisson de trouvailles. C'est une jolie manière de visiter Bordeaux.

                         Il faut ne pas avoir peur de lever la tête pour admirer les « mirandes » qui surplombent certains immeubles d'où la vue est imprenable (belvédère renvoie à l'italien « bel vedere », beau à voir) sur la Garonne et les mouvements des bateaux ; de regarder où l'on met les pieds pour découvrir les traces de la première gare de Bordeaux qui reliait en 1841 Bordeaux à La Teste de Buch et qu'on peut voir au 118 de la rue de Pessac.

                         Il faut avoir l'audace de franchir quelques portes austères (après en avoir regarder les heurtoirs, ceux du moins qui ont résisté au vandalisme bête des générations précédentes) pour tomber sur ce qui reste de la maison d'éducation pour jeunes filles de la bourgeoisie fondée en 1919 par trois sœurs dominicaines , rue Thiac (et s'amuser de ce que les rues avoisinantes aient été jadis accueillantes aux filles de joie) ou s'enchanter des deux pavillons qui se trouvent au fond du jardin de l'hôtel des Quinconces, cours du Maréchal Foch.

                        Il faut s'approcher du portail sud de Saint Seurin pour y déchiffrer les graffitis qui, depuis les XIV° et XV° siècles, ont su profiter de la pierre tendre pour y graver leur prière ou une trace de leur passage. Mais pour le livre d'or de la Mairie, il convient de jouir d'une certaine notoriété pour y apposer sa signature et une phrase prête à braver l'éternité, du Prince Alphonse de Bourbon à Surya Bonaly.

                         On apprend, grâce à Prévôt et Zéboulon, quels illustres voyageurs sont venus visiter Bordeaux et y ont laissé les souvenirs de leur passage – Victor Hugo, on savait, Alexandre Dumas insupportable baratineur autosatisfait, on l'avait oublié ; mais il y a aussi Lanza del Vasto et Joseph Pujol, le pétomane, Buffalo Bill et Jules Verne. Je savais que Flora Tristan, féministe et socialiste, était enterrée au cimetière de la Chartreuse mais pas que son petite-fils, qui n'était ni l'un ni l'autre, s'appelait Paul Gauguin. La dynastie des Journu a fait fortune en partie grâce à la traite mais l'un de ses membres amateur comme il y eut tant de ce qu'on appelait alors des curiosités a constitué le fonds des collections du Museum d'histoire naturelle. Et, dans un autre ordre, Marat, en 1760/61, fut précepteur des enfants de l'armateur Paul de Nairac dont l'hôtel est sur les allées de Tourny, au 14.

                       Mille curiosités sont encore à découvrir dans ce livre. Et il y a fort à parier que mille autres attendent leurs auteurs pour un nouveau recueil. D'autant que les banlieues bordelaises où ils ont fait quelques incursions réservent encore bien des surprises.

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