Jean Harambat, prix René Goscinny pour Opération Copperhead

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Jean Harambat, dans le monde de la BD, tient un rôle à part. Chaque nouveau livre - et c'est volontairement que je n'emploie pas le terme attendu d'album - nous plonge dans un univers différent. Entre Les Invisibles (Futuropolis) qui racontait les révoltes contre la gabelle des paysans gascons, au XVIIème siècle, et En même temps que la jeunesse (Actes Sud) qui évoque les passions rugbystiques du jeune landais qu'il fut, il n'y a pas de continuité, pas de "personnages" dont on suivrait les aventures d'un ouvrage à l'autre. Pas de continuité non plus entre le si beau Ulysse, les chants du retour, (Actes Sud) où il mêle au récit du retour à Ithaque des interventions de spécialistes de la culture grecque antique comme Jean-Pierre Vernant ou Jacqueline de Romilly et Opération Copperhead (Dargaud) qui nous plonge dans un des épisodes les plus rocambolesques de la Seconde Guerre Mondiale - le piège tendu à Hitler par Churchill pour masquer les vraies intentions de l'Angleterre : lui faire croire qu'elle prépare un débarquement dans le Sud-Ouest de la France à partir de l'Afrique du Nord, en y envoyant un sosie du Général Montgomery cornaqué par David Niven et Peter Ustinov.

                       La diversité des centres d'intérêt d'Harambat est en soi passionnante. Il y a des moments où les qualités proprement littéraires de son écriture, de sa mise en récit, la variété des tons employés pourraient reléguer les qualités du dessinateur au second plan. Or, rien ne serait plus injuste parce que la qualité de son graphisme, qui ne cesse d'évoluer, de sa mise en page sont chaque fois adaptées au récit qu'il mène. L'image et le texte se renforcent mutuellement, Harambat est un "écrivaindessinateur" ou un "dessinateurécrivain".

                    L'Opération Copperhead qui vient de recevoir le Prix René Goscinny, est un hommage en abîme au cinéma d'aventures, une déclaration d'amour à ces acteurs qui nous ont fait rêver, qu'ils soient professionnels ou amateurs. Le pari de transformer en Montgomery un piètre acteur, Clifton James, porté sur la bouteille, n'est pas une mince affaire ; il y a des bagarres dans des bars, une chanteuse qui joue les Mata-Hari et dont Niven tombe amoureux, des films sur la guerre et de vrais débarquements, toute une série d'images, de clichés dont Harambat sait jouer avec virtuosité parce qu'à la fois il aime cet univers et n'en est pas totalement dupe, et que, dans cette histoire, l'imaginaire et la vérité historique se mêlent avec bonheur, comme les coupures de presse ou les affiches de cinéma qui authentifient ce subtile mélange, comme les personnages réels qui côtoient des personnages purement inventés.

         A lire pour ceux qui aiment ce mélange des genres et à être toujours surpris par l'auteur qu'ils ont commencé de suivre.

 

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