"Les tabous de Bordeaux"

Hubert Bonin est professeur d'histoire économique contemporaine à l'IEP de Bordeaux. Il vient de publier, aux éditions du Festin, un livre tout à fait stimulant intitulé "Les tabous de Bordeaux". Il fallait sans doute quelqu'un venu d'ailleurs pour jeter un regard iconoclaste sur une ville qui, pendant des lustres, a laissé une chape de plomb recouvrir les épisodes sombres de son histoire.

Hubert Bonin est professeur d'histoire économique contemporaine à l'IEP de Bordeaux. Il vient de publier, aux éditions du Festin, un livre tout à fait stimulant intitulé "Les tabous de Bordeaux". Il fallait sans doute quelqu'un venu d'ailleurs pour jeter un regard iconoclaste sur une ville qui, pendant des lustres, a laissé une chape de plomb recouvrir les épisodes sombres de son histoire.

Avec la complicité ou grâce à la lâcheté du monde universitaire et de la Presse régionale, on a tout simplement passé sous silence des événements aussi considérables que le passé négrier de Bordeaux et la part importante qu'il a eue dans la fortune des certaines grandes familes bordelaises ; que l'attitude très favorable à l'Occupant allemand de nombreux grands négociants et d'une partie non négligeable de la bourgeoisie ; que le comportement suicidaire du monde du vin qui n'a eu d'autre but qu'une spéculation éhontée sur des produits qui n'avaient pas toujours la qualité souhaitée.

D'où vient cette omerta pesante ? du système chabaniste qui a su 'blanchir' ceux qui auraient eu quelques soucis à se faire à la Libération et 'tenir' d'éventuels rivaux socialistes en les confortant dans leur propre fief pour qu'ils lui laissent les mains libres à Bordeaux ; qui a su flatter une partie de sa clientèle en donnant à Bordeaux une certaine aura culturelle, au prix d'un budget hors de proportion avec la richesse réelle de la ville. De la position monopolistique de Sud-Ouest qui avait, lui aussi, bien des reproches à se faire.

Le mythe de la grande métropole, du grand port, du vivier d'entreprises performantes en prend pour son grade - les héritiers n'ont pas le génie de leurs ancêtres - ce que Philippe Jullian savait depuis longtemps, lui qui définissait le bordelais comme un type qui a eu un grand-père intelligent !

La lecture du livre de Bonin est décapante et on ne saurait trop en conseiller la lecture à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de Bordeaux et à son présent, aussi, puisque Bonin décèle des signaux d'une évolution possible - si Bordeaux se défait de ses rêves d'une grandeur passée et s'ouvre plus courageusement à l'avenir.

D'autres villes ont été plus lucides que Bordeaux, d'autres, comme elles, ont enfoui dans l'oubli tout ce que leur histoire avait de trouble. Il est utile de faire un vrai travail de mémoire, loin des commémorations officielles.

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