Pas de petits profits pour la mairie de Bordeaux

Il se passe plein de choses graves, dans le monde, sans pour autant que cela soulève indignation ou mobilisation. On peut le déplorer, mais c'est comme ça. Il suffit pourtant d'un événement qui se déroule à quelques mètres de chez soi pour qu'une prise de conscience ait lieu, qui pourrait bien déboucher sur un véritable combat politique. Exemple : dans le quartier de la Gare, à Bordeaux, qui est en train (facile) de connaitre une restructuration importante, la municipalité vient de décider d'instaurer un stationnement payant. Raison officielle : le stationnement devient difficile, il n'y a pas suffisamment de parkings, des voitures-ventouses s'installent sans vergogne dans ces petites rues tranquilles où la police municipale passe rarement. Il faut rationaliser tout ça, au nom de la sacro-sainte égalité, tout d'un coup ressortie du placard, ailleurs on paie, pourquoi pas là ?. Pour ce genre de problème, une instance de concertation, voulue par le maire dans un souci touchant de proximité avec ses concitoyens, existe : on appelle ça, un conseil de quartier et il est dirigé par un conseiller municipal, baptisé maire de quartier (ou de canton, je ne sais plus, mais ça n'a strictement aucune importance). Là, les habitants du quartier sont gentiment prévenus que la décision est prise et qu'ils pourront toujours râler, rien ne fera revenir la mairie sur sa décision - tels ont été les propos du dit maire de quartier ou de canton, (je ne retrancris pas la vulgarité et la violence de ses propos - encore un qui prend pour modèle qui vous savez) devant les protestations des résidents assez fâchés d'être ainsi traités - comme les gens des quartiers riches, certes, mais pas avec les mêmes attentions de la part de la mairie. Le quartier de la Gare n'est pas un quartier rupin, quartier d'échoppes qui, à l'origine, étaient des petites maisons d'ouvriers, d'employés de la SNCF, il en reste encore mêlés à des retraités, à des jeunes qui ont trouvé là à acheter moins cher qu'ailleurs, pas des gens qui roulent sur l'or, de toute façon, et qui ne doit pas très bien voter, quand il vote. Tous ou presque, seraient prêts à admettre qu'il faut faire quelque chose pour empêcher le stationnement anarchique qui menace d'étouffer le quartier. Ils demandent simplement un stationnement gratuit pour les résidents - ce qui ne fait pas les affaires de la mairie qui leur propose un tarif résident pour 6 euros la semaine, ce qui fait, si je compte bien, entre 24 et 30 euros par mois - une somme qui n'est pas anodine pour bon nombre de gens (pour mémoire, à Paris, le tarif résident est de 2,50 euros par semaine) et qui ne garantit pas pour autant que les rues du quartier seront débarrassées des voitures-ventouses.

La mairie fait la sourde oreille, ignore les protestations, les pétitions et lance les travaux, sans plus tarder, pour l'installation d'horodateurs. Les associations du quartier se réveillent, de nouvelles se créent pour les booster un peu, des réunions ont lieu, elles sont un peu bordéliques, mais chaleureuses, elles retissent un tissu social qui avait tendance à s'effilocher et ont des projets plein la tête, qui dépassent la seule question du stationnement payant. Elles vont petit à petit prendre conscience de l'escroquerie de cette prétendue concertation, qui n'est qu'une manipulation, par la municipalité, des aspirations des Bordelais à plus de démocratie. Elles vont chercher à dépasser les limites du quartier pour fédérer d'autres mécontentements dans les quartiers voisins, à dépasser l'intérêt particulier pour commencer d'envisager l'intérêt général. Oui, bon, je rêve un peu, mais ça peut arriver....

Il n'est pas sûr que le calcul de la mairie finisse par se révéler aussi payant qu'elle l'avait cru. Je rappelle, pour mémoire, que la tristounnette fiesta dédiée à l'art contemporain sous le nom d'Evento a coûté la bagatelle de 4 millions d'euros. Ca fait un trou, çà, dans le budget, faut bien aller prendre l'argent ailleurs !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.