Toute honte bue

Les expulsions de réfugiés se multiplient depuis des années - sous des prétextes divers pour essayer de masquer ce qu'il y a d'inhumain  dans ce renvoi de familles qui avaient souvent entrepris un remarquable effort d'intégration dans notre pays, dans un pays qu'ils ont quitté parce que leur vie y était, la plupart du temps, en danger. Peu importe à notre administrations que des enfants aient commencé d'être scolarisés, on les renvoie dans un pays dont ils ne connaissent pas la langue/. Que des hommes ou des femmes malades qui avaient commencé, ici, à être traités soient renvoyés dans un pays où ils ne pourront pas être soignés.

Les occasions de s'indigner se multiplient et nombreux sont, ici, ceux qui s'en indignent et qui racontent les combats menés par des membres de la société civile pour tenter de s'opposer à ces expulsions. Quelque fois avec succès. Mais beaucoup trop souvent en pure perte. Le cas de Drita, une réfugiée albanaise, que relate Isabelle Castéra, dans un long article fort bien documenté de l'édition de Sud Ouest de ce jour, est une illustration de l'absurdité et de l'inhumanité de ces décisions prises par les autorités. Drita a 24 ans, elle est albanaise ; elle et sa famille sont en France depuis 2014, demandeurs d'asile qui accomplissent toutes les démarches nécessaires. Chaque demande a été repoussée ; la dernière, en appel, débouche sur une Obligation de quitter le territoire. Pour Drita, et sa famille.  L'ironie est que Drita, ayant très vite perfectionné son français, a servi pendant ces années d'interprète auprès de nombreuses associations humanitaires, auprès du CHU, auprès du Tribunal, auprès de l'OFPRA lui-même. Bénévolement. Les autorités n'ont même pas la reconnaissance du ventre ; nous ne lui devons rien ; nous l'avons logée, elle et sa famille, pendant tout ce temps, gratuitement (aucune générosité là derrière, c'est la simple application de la loi) ; nous avons fait ce que nous avions à faire, nous avons la conscience tranquille des serviteurs de l'Etat.

Est-ce qu'on reproche à Drita d'avoir manifesté, elle, sa solidarité avec les gens qui manquent de tout et vivent à la rue, en créant une organisation de secours, via Facebook, pour leur venir en aide et leur apporter les secours de première nécessité dont ils ont besoin ? Est-ce qu'on craint qu'elle représente un danger pour notre république si elle mène à leurs termes les études qu'elle a commencées à l'Institut de recherche et d'éducation permanente pour être assistante juridique ?

Visiblement, les autorités s'arcboutent sur une lecture au pied de la lettre de la loi. Et résistent aux demandes de RESF, de la Ligue des droits de l'homme. Il nous faut joindre nos voix aux leurs. Dans l'urgence. Ecrire à la Préfecture de la Gironde.

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