La force de la non-violence

Rencontre, hier soir, dans les salons Albert Mollat, avec Alain Richard. Une soixantaine de personnes étaient là pour écouter cet apôtre de la non-violence répondre aux questions de Joël Aubert sur son livre Une vie dans le refus de la violence, entretiens avec Christophe Henning, chez Albin Michel. Pour ceux qui ne le savent pas, ce franciscain de 85 ans est à l'initiative, avec ses frères de Toulouse, des cercles de silence - ces manifestations qui ont lieu chaque mois, dans plus de 150 villes, pour dénoncer les centres de rétention administrative et la politique menée par l'actuel gouvernement en matière d'immigration - contestable, dit-il, et il se reprend : détestable ! -

Il n'a pas froid aux yeux, le frère, et tout son parcours en témoigne, qu'il soit à Chicago, dans les quartiers les plus misérables, pauvre parmi les pauvres ou en Californie, manifestant contre les armements nucléaires, ou au Guatemala, à l'époque de la dictature. Souvent arrêté, menacé de mort quelque fois, plus encore expulsé, il continue avec une bonne dose d'humour, 4 heures de sommeil par nuit, mais une petite sieste quand la nécessité s'en fait sentir, à vivre en accord avec l'esprit de François d'Assise mâtiné de Gandhi et à rencontrer qui veut bien dialoguer avec lui.

Pas question de se laisser récupérer par les politiques ou même par l'institution écclesiale : tout le monde peut venir au cercle de silence, mais à titre individuel, pas en tant que député, maire ou évêque - pas de cirque ! dit-il. Il appelle ceux qui l'écoutent à rentrer en eux-mêmes et à y trouver la force de s'opposer à toutes les formes de violence et, selon les bons principes de Gandhi, il ajoute que si l'on n'est quelques uns seulement à dire non, on risque de se faire arrêter, molester etc., mais si l'on est mille, ça change les possibilités de réaction du pouvoir et ça commence à devenir intéressant !

Des vingt ans qu'il a passé aux USA, il a retiré un assez solide pragmatisme, mais aussi la certitude que ce qu'il appelle la "culture du marché" engendre la violence en ne considérant plus l'homme que comme un objet.

Un de ces bonshommes dont la rencontre redonne une vraie énergie. Un de ceux qui permettent de garder espoir en l'humanité.

 

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