Immigration, l'expérience espagnole

Un très beau livre que celui de Pierre Mora sur l'immigration espagnole en France et particulièrement dans le Sud-Ouest ( Leurs Voyages, collection "les merveilles, éd. Le Festin).

Un très beau livre que celui de Pierre Mora sur l'immigration espagnole en France et particulièrement dans le Sud-Ouest ( Leurs Voyages, collection "les merveilles, éd. Le Festin). Depuis le début du siècle dernier. Les raisons de l'immigration sont éternelles - économiques, si souvent : des villages qui meurent la domination d'un caste de propriétaires qui demandent leur dû sans se soucier de la dureté du travail des paysans , des récoltes aléatoires ; politiques aussi quand le franquisme met un terme aux espérances des Républicains Qu'elles paraissent difficiles à franchir, ces Pyrénées, pour parvenir à ce qui semble être une terre de liberté - et qui l'est, en réalité, par comparaison avec ce que les migrants  quittent, même si l'accueil qui leur est réservé n'est pas toujours des plus chaleureux.

Pierre Mora suit plusieurs familles, plus vagues de départ. L'originalité de son livre est qu'il ne se présente pas comme la continuité d' une saga. Mais le récit des destins des premiers arrivés s'interrompt pour laisser place à celui de leurs enfants ou de leurs petits-enfants. Admirable est la ténacité l'obstination même, de ces hommes et de ces femmes, peu enclins à l'expression de leurs sentiments, durs au travail, pour se faire une place dans une société où il est toujours difficile de s'insérer. Et leur volonté que leurs enfants puissent accéder au savoir, seule manière de s'élever à une autre strate sociale.

Beaucoup se sont arrêtés à Bordeaux où certains quartiers sont resté durablement marqués par une culture hispanique qu'entretenaient des institutions comme le Solar. On se réunit pour évoquer le pays, où l'on sait pourtant que l'on ne reviendra pas. Mais les petits-enfants de ces premiers émigrés, pour intégrés qu'ils soient en France, ont gardé de leurs ancêtres cette capacité de se libérer de tout ce qui pourrait les entraver - ainsi Lidia que l'on retrouve en Amérique du Sud : "Ouais, ils seraient fiers de toi, ceux de ta tribu, lui dit Nathan, un jeune géologue qu'elle y rencontre, touts, de te savoir là, à l'autre bout du monde, dans ces montagnes. C'est pour cela qu'il est important que tu traces ta route, Lidia."

Les personnages de Mora sont attachants, riches en épaisseur humaine. On n'oublie pas Evita et Josep, leur traversée des Pyrénées dans la neige et le froid ; pas plus que Mateo l'horloger. Et son écriture est d'une grande élégance, aussi bien dans les descriptions que dans les dialogues.

 

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