Le ciel est pour tous , au Théâtre de l'Est parisien

Je ne résiste pas au désir de transmettre quelques impressions et réflexions après avoir vu cette pièce hier soir. Résumons-nous : c’est une famille laïque, le père est d’origine musulmane, la mère d’origine catholique, la sœur de la mère, résolument athée. La fille et le fils sont deux jeunes d’une vingtaine d’années .Le père des deux femmes vient de mourir.A la grande surprise de ses proches, la mère souhaite organiser une cérémonie religieuse à l’église, elle rencontre alors un curé pour déterminer les modalités de cette dernière, ce qui provoque dans sa famille un très vif débat. Débat d’autant plus agité que la fille veut écrire un ouvrage sur l’affaire Calas, erreur judiciaire survenue en 1762, dans laquelle Jean Calas, huguenot, fut accusé à tort de meurtre et supplicié .Il fut défendu et réhabilité par Voltaire dans son « Traité sur la tolérance »Le frère cadet se moque de cette initiative, et nourrit en secret l’intention de se convertir au catholicisme. Le père, fortement ancré dans la tradition laïque (il est professeur de philosophie), est bouleversé par ces événements. Les trois actes de la pièce vont s’articuler autour de cette revanche a posteriori, de la place de la religion dans l’espace privé, en l’occurrence celui d’une famille, dont les doutes et interrogations morales sont admirablement décrits : le caractère de la foi religieuse, illumination ou source d’intolérance, l’athéisme, véritable conviction ou habit intellectuel artificiel, le caractère public ou privé de la pratique religieuse. L’auteure de la pièce n’apporte pas de réponses toutes faites ou trop évidentes, compte tenu d’une actualité récente qui nous ramènerait (trop ?) facilement aux thèmes d’actualité des récentes semaines : le « débat » sur l’identité nationale, le voile, la burqa .Bien au contraire, elle nous fait entrevoir au cours du dernier acte une situation où la religion catholique exerce à nouveau un pouvoir normatif sur la vie publique : censure, ordre moral, rétablissement de l’Index.On en frémit d’horreur d’autant plus que certains signes , émis notamment par le pouvoir politique , sur le caractère supposé « supérieur » de l’autorité des prêtres sur les instituteurs dans l’accomplissement d’une bonne éducation , confèrent à ce tableau un commencement de vraisemblance.Le danger ne vient pas donc forcément des épouvantails très complaisamment médiatisés, il viendrait bien davantage de notre proche relâchement moral, d’un niveau de civisme amoindri.Ce n’est pas la moindre leçon de cette pièce, dont la dernière a lieu au TEP ce soir, mais qui continue quelques représentations dans les régions. http://www.theatre-estparisien.netTexte de la pièce : Le ciel est pour tous de Catherine Anne chez Actes Sud-Papiers

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