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Billet de blog 4 oct. 2012

Le mormonisme de Mitt Romney

Pour la première fois de l’histoire électorale américaine, il n’y a pas de candidat protestant sur le ticket présidentiel républicain. Paul Ryan est catholique et Mitt Romney, mormon.

Vincent Dozol
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Pour la première fois de l’histoire électorale américaine, il n’y a pas de candidat protestant sur le ticket présidentiel républicain. Paul Ryan est catholique et Mitt Romney, mormon.

Mitt Romney s’est rapidement élevé dans la hiérarchie interne au culte. A 19 ans, il passe 30 mois en France en tant que missionnaire, à faire du porte à porte pour convertir les habitants au mormonisme. Il est diplômé de la Brigham Young University, université privé mormone de l’Utah. Il débute comme conseiller et adjoint au dirigeant de Boston, Gordon Williams, en 1977. Il devient évêque de la section de Cambridge (MA), puis président du territoire de Boston en 1986, soit l’équivalent d’un diocèse. Il quitte ses responsabilités lorsqu’il se lance dans la campagne pour le Sénat en 1994, contre l’inamovible Ted Kennedy.

Les personnes ayant côtoyé Romney au cours de ces années se souviennent d’un homme constamment au service de la communauté, très investi dans ses tâches, mais aussi doctrinaire et parfois intransigeant, notamment sur l’avortement ou les relations sexuelles prémaritales. [1] Romney a aussi permis l’ouverture de nouvelles responsabilités aux femmes, sans aller jusqu’à la fonction de prêtre.

La famille forte et hétérosexuelle symbolise la valeur suprême du code de conduite de l’Eglise mormone. L’ancien président du mouvement David O. McKay avait ainsi pour credo qu’ »aucun autre succès ne peut compenser l’échec au sein du foyer. » Les notions de leadership, de famille étendue et d’éthique communautaire sont cruciales dans le mormonisme. Pendant ses années à la direction de Bain Capital, Mitt Romney consacre une trentaine d’heures par semaine aux affaires religieuses.

Au cours de sa carrière politique, Romney a répété à plusieurs reprises que son engagement religieux n’avait rien à voir avec la politique, que cela relevait de sa vie privée. Romney était entièrement dévoué à l’éthique mormone du sacrifice pour le bien commun du groupe en tant que dirigeant religieux. Une fois candidat, sa philosophie hautement individualiste et élitiste semble lointaine de son engagement passé.

Mais lorsque le candidat Romney utilise l’argument mormon pour justifier de ne pas dévoiler ses avis d’impositions, la séparation entre vie à l’Eglise et vie publique s’évapore. Romney faisait valoir que les dons religieux devaient rester secrets. Chaque membre consacre environ 10 % de ses revenus au culte, soit 4.1 millions de dollars sur les 40 millions que Romney a gagné l’an passé (il a finalement dévoilé ses deux derniers avis d’imposition). La tradition de dévoiler ses relevés d’imposition est née lorsque George Romney, leader mormon et accessoirement père de Mitt, alors candidat républicain pour la Maison Blanche, a rendu public douze années d’imposition en 1968.

Le candidat républicain a d’abord eu peur que son appartenance religieuse et très minoritaire pourrait avoir un impact négatif sur son éligibilité. Puis il a récemment choisi de s’ouvrir sur ses croyances, en invitant des journalistes à assister à un office, ou en évoquant directement l’Eglise de Jésus Christ des Saints des Derniers Jours lors de son discours à la convention républicaine de Tampa.

Nous avions des congrégations remarquablement diverses et vibrantes de tous milieux et accueillant de nombreuses personnes nouvelles en Amérique. Nous priions ensemble, nos enfant jouaient ensemble et nous nous tenions prêts à aider notre prochain de différentes manières. C’est ainsi en Amérique. Nous attendons de nos communautés, de nos fois, de nos familles qu’elles nous fournissent joies, support, en période heureuse comme difficile.[2]

Romney se place ici dans une tradition de conservatisme compatissant (compassionate conservatism), qui considère les institutions religieuses, les charités, les compagnies privées comme les plus à même de résoudre les problèmes sociaux, bien plus effectives que l’Etat et les administrations publiques.
Parler ouvertement de sa religion expose à des attaques de la part des démocrates. Harry Reid, chef de la majorité au Sénat, lui-même mormon, accuse le candidat républicain de ne pas être le « visage du mormonisme » et d’avoir « souillé sa foi ».

Certains commentateurs politiques tentent de lire l’ensemble des positions de Romney à la lumière de sa religion. Ils font fausse route. Tous les mormons ne votent pas unanimement pour le Parti Républicain et le corpus doctrinaire de l’Eglise ne saurait fournir un programme politique. L’historien Mathew Bowman rappelle de l’idée même que la religion soit à l’origine d’une certaine vision du monde est une idée évangélique et pas nécessairement une idée mormone.

  1. Mitt’s Stake, New York Magazine, 23 septembre 2012.
  2. Discours de Mitt Romney à la Convention Républicaine, 30 aout 2012, Tampa, Floride.

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