L’opportunité écologique manquée de Barack Obama

Au cours des trois débats qui ont opposé Barack Obama et Mitt Romney, aucune question n’a été posée sur le réchauffement climatique, pas plus que celui-ci ne fut évoqué par l’un des candidats.Pourtant, alors que l’ouragan Sandy vient de frapper les côtes américaines, l’élection américaine était pour le président sortant un moment de choix pour évoquer les questions environnementales.

Au cours des trois débats qui ont opposé Barack Obama et Mitt Romney, aucune question n’a été posée sur le réchauffement climatique, pas plus que celui-ci ne fut évoqué par l’un des candidats.
Pourtant, alors que l’ouragan Sandy vient de frapper les côtes américaines, l’élection américaine était pour le président sortant un moment de choix pour évoquer les questions environnementales.

Curieux moment, pourraient objecter certains, pour un président qui tente de stopper l’hémorragie de sa côte de popularité. L’opposition a remporté une victoire historique lors des élections de mi-mandat de 2010 et se voyait déjà à la Maison Blanche en 2012.  Six des huit candidats aux primaires républicaines affirmaient ne pas « croire » en la réalité du réchauffement climatique pas plus qu’à la responsabilité de l’homme dans celui-ci, flattant la fibre anti-État du Tea Party. Mitt Romney, le nominé, n’était pas de ceux-ci, mais il ne dénonce pas moins un surréaliste «  manque de consensus scientifique »[1] en la matière et demeure un grand pourfendeur des normes environnementales.

Si celui-ci était élu le 6 novembre prochain, il serait le représentant d’un parti coupable d’avoir organisé un déni et une politisation du réchauffement climatique dans le but d’éviter toute remise en cause du système capitaliste en place. Un camp qui a harcelé judiciairement des scientifiques pour avoir fait leur travail comme le climatologue Michael Mann en Virginie[2], tenté d’interdire la modélisation de la montée des eaux comme en Caroline du Nord[3] ou financé pléthore de contre-études farfelues auprès de think-tanks écrans comme le Hearthland Institute. 

L’obscurantisme de ce Parti victorieux dans les urnes est-il pour autant représentatif de la société américaine ? 

Cette posture de déni, qualifiée « d’anti-réflexivité »[4] par les sociologues de l’environnement Aaron M. McCright et Riley E. Dunlap, est loin de concerner l’ensemble de l’électorat. La polarisation croissante de la vie politique américaine a mené à une stricte division partisane entre élus démocrates et élus républicains autour de cette question. Si les élites politiques sont le reflet de leurs militants, les militants du Parti Républicain sont bien plus radicaux  que le reste de la population.

Il est vrai que reconnaître l’existence du réchauffement climatique et appréhender sa mitigation sont loin d’être évidents et nécessitent de repenser notre rapport à la consommation, la production voire à notre mode de vie.

Bien plus que les discours politiques, ce retour à la réalité s’opère par nombre d’épreuves sensibles qu’ont connu les Américains ces dernières années : sécheresses dans les Grandes Plaines et le mid-ouest cet été, ouragans, feux de forêt dans le Colorado…

Autant d’événements qui, selon une enquête de l’Université de Yale[5], ont contribué à matérialiser la réalité du changement climatique auprès du grand public.

Ce groupe de chercheurs note[6] qu’une écrasante majorité des électeurs, représentant une coalition de démocrates et de centristes, « croit » au réchauffement climatique et accorde de l’importance à la position des candidats sur la question. Les électeurs proches de Mitt Romney quant à eux, sont partagés et n’en font pas une priorité.

Barack Obama, qui n’a pas hésité à prendre le contre-pied de l’opinion conservatrice sur la question des droits homosexuels ou sur la question de la santé, aurait donc eu tout à gagner de se saisir des questions écologiques, alors que l’actualité les rappelle durement au bon souvenir du corps électoral.

 Son silence est d’autant plus étonnant que son bilan environnemental demeure toutefois honorable : plan de relance dans l’économie verte et dans les énergies renouvelables à hauteur de 90 milliards de dollars, soutien à la recherche scientifique, nouvelles régulations imposées à l’industrie automobile en matière de production de véhicules moins polluants…  

Il est vrai qu’en matière de réduction des gaz à effet de serre, sa réussite est plus que mitigée, faute d’avoir pu ou voulu faire adopter des mesures contraignantes tant au niveau fédéral qu’international.

En juin 2008, lorsque le sénateur Obama remportait les longues primaires démocrates, il déclarait, grandiloquent, que grâce à sa victoire était enfin venu le moment où « la montée des océans commencerait à ralentir et [où] notre planète commencerait à guérir »[7]. Quatre ans plus tard, les eaux continuent de monter et les candidats regardent ailleurs.

 


[1] « The Top American Science Questions: 2012 »  Science Debate, 4 septembre 2012 http://www.sciencedebate.org/debate12/

[2]« Get the anti-science bent out of politics », The Washington Post, 8 octobre 2010 http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/10/07/AR2010100705484.html

[3] « Interdira-t-on les prévisions climatiques ? » LeMonde.fr, 31 mai 2012 http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2012/05/31/interdira-t-on-les-previsions-climatiques/

[4] McCright, Dunlap « Anti-reflexivity The American Conservative Movement’s Success in Undermining Climate Science and Policy »Theory, Culture & Society 2010 Vol. 27(2–3): 100–133

[5] Leiserowitz, A., Maibach, E., Roser-Renouf, C., Feinberg, G., & Howe, P. Extreme Weather and Climate Change in the American Mind. Yale University and George Mason University. New Haven, CT: Yale Project on Climate Change Communication, 2012

[6] The Potential Impact of Global Warming on the 2012 Presidential Election. Yale University and George Mason University. New Haven, CT: Yale Project on Climate Change Communication, septembre 2012

[7] « Obama's Nomination Victory Speech In St. Paul », The Huffington Post, 03 juin 2008 http://www.huffingtonpost.com/2008/06/03/obamas-nomination-victory_n_105028.html

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