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Billet de blog 10 oct. 2012

47% vraiment, gouverneur Romney ?

Vous avez déjà dû avoir vent de la dernière « gaffe » de Mitt Romney.  Dans un discours prononcé devant de (riches) donateurs, il a avancé l’idée selon laquelle 47% des électeurs seraient acquis à Barack Obama, car dépendant de l’aide sociale, ne payant pas d’impôts et se « posant en victime ».

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Vous avez déjà dû avoir vent de la dernière « gaffe » de Mitt Romney.  Dans un discours prononcé devant de (riches) donateurs, il a avancé l’idée selon laquelle 47% des électeurs seraient acquis à Barack Obama, car dépendant de l’aide sociale, ne payant pas d’impôts et se « posant en victime ».

La politiste Suzanne Mettler note dans le New York Times que non seulement une bonne partie de ces citoyens payent des impôts, mais que presque tous les américains ont eu recours à une aide sociale quelconque. Selon une étude de l’Université de Cornell en 2008,  96% des américains ont bénéficié d’une des 21 aides fédérales, des prêts étudiants au Medicare.

Je suis d’ailleurs plutôt d’accord avec Andrew Gellman, il ne s’agit pas vraiment d’une « gaffe » ni d’une « bourde ». Il s’agit d’une position anti-assistanat tout ce qu’il y a de plus classique pour un candidat républicain, proférée devant une foule partisane.

Pourtant, face à ces chiffres, on pourrait se dire que le recours à l’assistance social ne devrait pas diviser l’opinion publique…

La stigmatisation de la dépendance forme néanmoins un consensus  politique de longue date. Les Etats-Unis sont pourtant loin d’avoir un système de redistribution universel. C’est une logique  d’impôt négatif (22 millions de personnes concernées) et d’assistance, reposant sur le workfare, qui préside à la distribution des aides sociales.
C’est Bill Clinton en 1996 qui a introduit le Personal Responsibility and Work Opportunity Act.  L’idée est d’inciter les personnes touchant des aides sociales à réintégrer le marché du travail, opposant le workfare au welfare, l’aide sociale. Cette loi marque une victoire idéologique pour la Droite, désireuse de faire de ce dernier un terme péjoratif.

Cette loi  mettait ainsi fin au programme d’aide né du New Deal, Aid to Families with Dependent Children , assurant un revenu aux familles les plus pauvres.

Ainsi, Démocrates et Républicains ont petit à petit réduit le système d’aide social systématique américain. Mais dans le même temps, l’explosion de la pauvreté a fait que les aides sociales d’urgence, comme le programme de bons alimentaires ont explosé. Aujourd’hui, plus de 40 millions d’américains dépendent des « foodstamps » pour se nourrir décemment.

La sortie de Romney fait écho à celle d’Obama, quelques semaines plutôt,  sur la place de l’État dans la société américaine. Obama a choqué ses adversaires en écornant le mythe du self made man : si votre business prospère, c’est grâce aux routes, au système éducatif, à la sécurité, que permet la collectivité.

Plus qu’un débat sur le prétendu assistanat, c’est un débat sur la place que doit prendre l’intervention publique dans la société américaine.

Sans avoir un État assurantiel et universaliste,  les États-Unis se retrouve tout de même à devoir assurer des mesures d’assistance urgence de plus en plus coûteuses pour faire face à l’appauvrissement de sa population. Plutôt que de s’étrangler en hurlant que « trop d’impôts tue l’impôt » Romney et Ryan feraient mieux d’entamer en cœur « pas assez d’assistance crée de l’assistanat, pas assez d’assistance entretien la pauvreté ».

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