Des primaires sur les rails ?

Après l’Etat de New York la semaine dernière et la "primaire Acela" le 26 avril, du nom du train express qui relie Boston à Washington D.C., Hillary Clinton et Donald Trump renforcent leur avance.

Donald Trump remporte les cinq Etats de la journée : Rhode Island, Connecticut, Pennsylvania, Delaware et Maryland. Le mouvement #NeverTrump, lancé sans force et trop tard, n’a pas d’effet sur les électeurs républicains. La primaire de l'Indiana le 3 mai sera une séquence « make-or-break » (ça passe ou ça casse) pour #NeverTrump, selon les commentateurs américains. Les marges du candidat milliardaire sont assez conséquentes pour lui permettre de remporter l’ensemble des délégués dans chaque Etat, à l’exception de Rhode Island qui dispose d’une répartition proportionnelle.

Ted Cruz, le sénateur du Texas, est mathématiquement exclu de la course, il ne pourra prétendre réunir les 1237 délégués avant la convention républicaine cet été à Cleveland (Ohio). Comme John Kasich, avec qui il a passé une alliance informelle, il vise une « convention contestée » en empêchant Trump de remporter le nombre magique de délégués. Kasich devrait laisser Cruz faire campagne seul dans l’Indiana. Cruz devrait céder sa place dans l’Oregon (17 mai) et au Nouveau Mexique (7 juin).

Les délégués républicains sont sélectionnés au niveau local et étatique. Trump n'est pas soutenu par tous les délégués qu’il a pourtant remportés dans chaque Etat. Le candidat a dénoncé des "agents doubles" parmi ses propres délégués, qui supportent en réalité Ted Cruz. Ces délégués sont obligés de voter pour Trump lors du premier tour de vote à la convention du parti. Mais dans le cas où la majorité de 1237 votes n’est pas atteinte par le candidat, un second tour est alors organisé et les délégués peuvent changer d’allégeance. Un candidat au teint moins orange peut donc théoriquement être investi par le parti républicain lors de la convention.

S’éclipsant du gala Time 100 à New York, Donald Trump s’est à nouveau présenté contre le "système". "Je me considère le nominé présumé. C’est fini", a-t-il déclaré. Il a aussi lancé une remarque misogyne contre Hillary Clinton : "si elle était un homme, elle n’aurait même pas 5% des votes." Le magnat de l'immobilier marque surtout des points dans sa campagne marketing face à l’establishment républicain. Il sera extrêmement délicat pour la direction du parti de l’écarter à la dernière minute de l’investiture, humiliant les millions d’électeurs qui l’ont supporté ces derniers mois,surtout s’il bénéficie d’un nombre de délégués très proche de 1237.

Hillary Clinton remporte quatre Etats sur cinq. Elle est arrivée sur scène à Philadelphie sur la musique de Eye of the Tiger de Survivor, le tube des films Rocky, boxeur, emblème de la ville et porte-drapeau du cinéma reaganien. Dans son discours, elle a salué la campagne de Sanders, son attachement aux réformes du financement électorale et à la réduction des inégalités de revenus. Elle a préféré attaquer les républicains et imaginer une Amérique où "love trumps hate". En nombre de délégués, Clinton a une avance plus conséquente qu’Obama sur elle à la même période en 2008. En ce qui concerne les super-délégués, l’avance de Hillary Clinton est encore plus conséquente : 519 contre 39 pour Sanders.

Bernie Sanders remporte un seul Etat, le Rhode Island. A l’exception de ce dernier, tous les Etats qui ont voté hier soir ont un système fermé, où seuls les électeurs inscrits comme démocrates peuvent voter, système au détriment de Bernie Sanders. Le sénateur du Vermont critique cette règle car il réalise de meilleurs résultats dans les primaires ouvertes, quand les sympathisants du parti démocrate peuvent aussi participer au vote. Le sénateur socialiste ne se considère démocrate que depuis le début de sa campagne et dispose de plus de soutiens auprès des électeurs plus à gauche, les jeunes, les blancs et les hommes. Pour remporter l’investiture (2383 délégués), Sanders doit gagner l’ensemble des Etats restants avec une marge de 30 points. Il n’a obtenu qu’une seule fois une telle avance, lors de la primaire de son Etat, le Vermont.

Sanders a répété qu’il irait jusqu’au bout du processus des primaires, afin de faire avancer ses idées et d’orienter le programme du parti démocrate dans sa direction : salaire minimum à $15 dollars de l’heure (proposition reprise par Hillary Clinton), réforme drastique des banques de Wall street, couverture santé plus performante et étendue, fin des accords commerciaux "désastreux" et de l’exploitation par fracking du gaz de schiste. Le camp Clinton ne le pousse pas officiellement à abandonner la course. En 2008, Hillary Clinton est restée candidate jusqu’au mois de juin face à Barack Obama, malgré son retard impossible à rattraper.

Article publié le 26 avril 2016 sur le site BullyPulpit.fr

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